‹ Poésies (volume 3)Chapitre 56 sur 140 · RONSARD · texte numérisé non relu

RONSARD

Aimée, aimée, hélas ! que j'ai grand'peur Qu'un autre amour par cet amour pipeur N'aille gravant pendant ta longue absence Quelque autre amant dedans ta souvenance ! PONTUS DE TYARD, Erreurs amourcuses.

MA charmante, depuis ta visite imprévue Deux mois se sont passés que je ne t'ai pas vue. Deux mois entiers ! Sais-tu que c'est bien long, deux mois ; Assez pour m'oublier? — J'y songe quelquefois: Pauvre fou que je suis d'avoir placé mon âme Dans la tienne, et risqué sur l'amour d'une femme Ma vie intérieure et mon contentement ! Et je dis à part moi : « Peut-être en ce moment, Pendant que je suis là, triste, m'occupant d'elle Et lui faisant ces vers, d'un sourire infidèle Accueille-t-elle un autre, et, tendant cette main Qu'on ne livrait qu'à moi, lui dit-elle : « A demain ! » J'ai beau me répéter que c'est une chimère, Cette pensée est là, sans cesse plus amère. Empoisonnant ma joie, et, malgré mes efforts, M'accompagnant partout comme l'ombre le corps. Car c'est ainsi que vont en ce monde les choses : Il se fait en un jour bien des métamorphoses ;

Page 1