‹ PoésiesChapitre 5 sur 145 · A VIE DANS I, A .%[ O R T I · texte numérisé non relu

A VIE DANS I, A .%[ O R T I

« Femme, vous m'avez foit des promesses sans nombre ! Si vous oubliez, vous, dans ma demeure sombre,

Moi, je me ressouviens.

Vous avez dit, à l'heure où la mort me vint prendre, Qiie vous me suivriez bientôt; lassé d'attendre,

Pour vous chercher je viens ! »

Dans un repli de moi, cette pensée étrange

Est là comme un cancer qui m'use et qui me mange.

Mon œil en devient creux; Sur mon front nuager de nouveaux plis se fouillent. De cheveux et de chair mes tempes se dépouillent,

Car ce serait affreux !

La mort ne serait plus le remède suprême; L'homme, contre le sort, dans la tombe elle-même

N'aurait pas de recours.

Et l'on ne pourrait plus se consoler de vivre, Par l'espoir tant fêté du calme qui doit suivre

L'orage de nos jours.

Dans le fond de mon àme agitant ma pensée. Je restais là rêveur et la tête baissée

Debout contre un tombeau.

C'était un marbre neuf, et, sur la blanche épaule D'un génie éploré, les longs cheveux d'un saule

Tombaient comme un manteau.

14 i-A coMLDir ni ! a mort

I..1 bise, feuille à feuille, eniporMit l.i couri)une Dont les débris jonchaient le fût de l.i colonne;

On aurait dit les pleurs (iue sur la jeune fille, au printemps moissonnée, Pauvre fleur du matin, avant midi fanée,

N'ersaient les autres fleurs.

La lune entre les ifs faisait luire sa corne;

De grands nuages noirs couraient sur le ciel morne

Et passaient par devant; Les feux follets valsaient autour du cimetière, Ih le saule pleureur secouait sa crinière

Éparpillée au veut.

On entendait des bruits venu', de l'autre monde, Des soupirs de terreur et d'angoisse profonde.

Des voix qui demandaient duaiul donc à leurs tombeaux l'on mettrait des fleurs neuves, Comment allait la terre, et pourquoi donc leurs veuves

Aussi longtemps tardaient?

Tout à coup..., j'ose à peine en croire mon oreille, Sous le marbre entr'ouvcrt, ô terreur! ô merveille!

J'entendis qu'on parlait.

C'était un dialogue, et, du fond de la fosse, A la première voix une voix aigre et f;;ussc

Par instant se mêlait.

Le froid me prit. Mes dents d'épouvante claquèrent, Mes genoux chancelants sous moi s'entre-choquèrent :

Je compris que le ver Consommait son hymen avec la trépassée, Éveillée en sursaut dans sa couche glacée,

Par cette nuit d'hiver.

Page 1