PERSPECTIVE
TETISTECTIVE
SONNET
SU R le Guadalquivir, eu sortant de Séville, Qj.iand l'œil à l'horizon se tourne avec regret, Les dômes, les clochers, font comme une forêt; A chaque tour de roue il surgit une aiguille.
D'abord la Girakia, dont l'ange d'or scintille. Rose dans le ciel bleu, darde son minaret; La cathédrale énorme à son tour apparaît Par-dessus les maisons, qui vont à sa cheville.
De près, l'on n'aperçoit que des fragments d'arceaux : Un pignon biscornu, l'angle d'un mur maussade, Cachent la flèche ouvrée et la riche façade.
Grands hommes, obstrués et masqués par les sots, Comme les hautes tours par les toits -de la ville. De loin vos fronts grandis montent dans l'air tranquille
Sur le Guadalquivir, 1844.
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LA lune de ses mains distraites A laissé choir, du haut de l'air, Son grand éventail à paillettes Sur le bleu tapis de la mer.
Pour le ravoir elle se penche Et tend son beau bras argenté.
Mais l'éventail fuit sa main blanche.
Par le flot qui passe emporté.
Au gouffre amer, pour te le rendre, Lune, j'irais bien me jeter.
Si tu voulais du ciel descendre, Au ciel si je pouvais monter!
MiUaga, 1841.
SAINT CHRISTOPHE DECIJA I57
S^I'K.T CHTIISTOTHE Ti'EClJ^
'ai vu dans Ecija, vieille ville moresque, Aux clochers de faïence, aux palais peints à fresque, Sous les rayons de plomb du soleil étouffant. Un colosse doré qui portait un enfant.
Un pilier de granit, d'ordre salomonique. Servait de piédestal au vieillard athlétique ; Sa colossale main sur un tronc de palmier S'appuyait largement et le taisait plier; Et tous ses nerfs roidis par un effort étrange. Comme ceux de Jacob dans sa lutte avec l'ange, Semblaient suffire à peine à soutenir le poids De ce petit enfant qui tenait une croix ! « Quoi ! géant aux bras forts, à la poitrine large, Tu te courbes vaincu par cette fliible charge, Et ta dorure, où tremble une fauve lueur. Semble fondre et couler sur ton corps en sueur!
— « Ne sois pas étonné si mes genoux chancellent, Si mes nerfs sont raidis, si mes tempes ruissellent. Certes, je suis de bronze et taillé de façon A passer les vigueurs d'Hercule et de Sanison !
Mon poignet vaut celui du vieux ("lotoni.itc ; Il n'est pas de taureau que d'un coup je n'abatte, Et je fends les lions avec mes doigts nerveux ; Car nulle Dalila n'a touché mes cheveux. Je pourrais, comme Atlas, poser sur mes épaules La corniche du ciel et les essieux des pôles; Mais je ne puis porter cet enfant de six mois Avec son globe bleu surmonté d'une croix; Car c'est le fruit divin de la Vierge féconde. L'enfant prédestiné, le rédempteur du monde; C'est riisprit triomphant, le \'crbe souverain: Un tel poids fait plier même un géant d'airain! »
Ikija, 1841.