LA NEIGE
Sur la vitre des mansardes Elle étale ses pâleurs, Et fait aux lunes blafardes Un teint de pâles couleurs.
Des Vénus trop court vêtues En cachant la nudité, La neige tisse aux statues Un voile de chasteté.
Bonne en ces heures maussades, En ces mortelles saisons.
Elle fournit des glissades Pour le jeu des polissons !
Elle coiffe la montagne D'un cimier fol et changeant, Et jette sur la campagne Son manteau de vif-argent.
Sous les pieds de la fillette Elle étend son blanc tapis, Et pour l'amant qui la guette Rend ses pas plus assoupis.
Elle attache la pituite Au nez transi des bourgeois ; Mais au rêveur qui médite Elle dit, trouvant la voix :
« C'est moi qui suis ta Giselle,
Ta vaporeuse willi ;
Je suis jeune, je suis belle.
J'ai froid ; — ouvre-moi ton lit !
208 rOLSIliS NOUVIiL LES
« Dépos.uit ni;i houppelande Et mes gants en peau de daim.
Je te dirai la légende Du grand paradis d'Odin. »
Or, un poète un peu tendre, Et qui chez lui fait du feu.
Ne peut jamais faire attendre Une fillette à l'œil bleu I
I" janvier 1850.
SONNET 209
SO'K'KET
PARFOIS uiK' Vénus, de notre sol b.irhare, Fait jaillir son beau corps des siècles respecté, Pur, comme s'il sortait, dans sa jeune beauté, De vos veines de neige, ô Paros, ô Carrare!
Parfois, quand le feuillage à propos se sépare. Dans la source des bois luit un dos argenté; De sa blancheur subite une divinité, Droite et nue, éblouit le chasseur qui s'égare.
A Stamboul la jalouse, un voile bien fermé Parfois s'ouvre, et trahit sous l'ombre diaphane La cadine aux longs yeux que brunit le surmé.
Mais toi, le même soir, sur ton lit parfumé. Tu m'as fait voir Vénus, Zoraïde et Diane, Corps de déesse grecque, à tête de sultane !