ORAISON D'UN AMI POUR S'AMIE MALADE
Dieu, qui voulus le très-haut ciel laisser Et ta haulesse en la terre abbaisser.
MBLIN DB SAINT OBLAlS 109
Là ou sanlé donnas à mainis et maintes.
Veuilles ouïr de toutes mes complaintes, Une sans plus ; veuilles donner santé A celle-là par qui suis tormenté.
Ta sainte voix en l'Kvangile crie, Que tout vivant pour son ennemi prie :
Guéris donc celle, ô médecin parfait, Qui m'est contraire et malade me fait 1 Helas ! Seigneur, il semble, tant elle est belle, Que plaisir prins à la composer telle.
Ne souffre pas à venir cet outrage I Son embonpoint commence à se passer ; Jà ce beau teint commence à s^effacer.
Et ces beaux yeux clairs et resplandissans, Qui m*ont navré, deviennent languissans.
Il est bien vray que cette grand'beauté A desservi, pour sa grand'cruauté, Punition ; mais, Sire, à Tavcnir Elle pourra plus douce devenir.
Pardonne luy, et fais que maladie N'ait point l'honneur de la rendre enlaidie.
Assez à temps viendra vieillesse pale, Qui de ce faire à charge principale.
Et cependant, si tu la maintiens saine.
Ceux qui voiront sa beauté souveraine, Béniront toy et ta fille nature D'avoir formé si belle créature.
Et de ma part feroy un beau cantique.
Qui chantera le miracle authentique Que fait auras admirable à chacun.
D'en guérir deux en n'en guérissant qu'un ; Non que pour moy je levé au ciel la face, Non que pour moy prière je te face ; Car je te dois supplier pour son bien, El je la dois requérir pour le mien.
{Œuvres de Melin de Sainct Gelays, éd. de 1873.)
HO P0ETB8 OHIliTlftlfS OU XVI* SliCLB
CHANT GENETHLIAQUE DE LA NAISSANCE DE N.-S. iHESUS-CHRIST, DIT A NOËL
D'OU vient resjouissance Qui mon cœur a surpris ?
Je n'ay pas Ja puissance D'arresler mes esprits.
Je n*aurois pas appris
De me veoir tel De chanter suis espris ;
Noël ! noëi !
Est-ce que je devine S'approcher Ja saison Que la honte divine Nous osta de prison.
Quand Dieu pris la maison
D'homme mortel ?
De chanter ay raison :
Noëi I Noël 1
Fuyez, sollicitude, Pensemens et ennuys !
Je ne veulx aultre estude Que d'esbats et deduicts.
A tous soit ouvert l'huis
De mon hostel, Chantans toutes ces nuicts ;
Noël I noël I
nuict, plus reluysanle Que jour qui ayt esté I
UMLîn im SAlNT'MLAW lli
Qui fustes prodaisanle L'éternelle clairté, Qui nous mist en esté
Perpétuel, A droict vous est chanté :
Noël I noël f
Bien fustes attendue Des siècles paravant, Et à peine entendue Du peupla lors vivant.
Or le nostre ensuyvant
Continuel, Dit, la voix eslevant :
Nbël ! noël I
Les clairs signes célestes Furent vos messagiers, Que veirent manifestes Trois sages eslrangiers ; Et les anges legiers
Du Supcrnel Viendrent dire aux bergiers :
Noël ! noël I
Lors cessa tout oracle, Et n'eust plus de crédit.
Le royal habitacle De Juda se perdit.
G'estoit le temps prédit
De Daniel.
Bien faict mal qui n*en dict :
Noël ! noël I
Autre oracle, autre sceptre, Autre bien promettant ; Et autre est le grand prestre Pour nous s*entremettant,
112 POÈTBS GHRBT1BN8 DU XVi^ SIÈCLE
Aullre offrande meltant Sur aultre aullel
Pour qui allons chantant :
Noël ! noël I
Nuict donc pleine de joye, D'où tout bien est venu, Quelque part que je soye, Franc ou serf détenu, De moy sera tenu
Tres-solennel Ce sainct temps revenu :
Noël ! noël !
{Extr. du Ms, français 885, Bibliothèque Nationale [Ed. de 1873].)
ANNE PICARDET
On ne sait de la vie de cette obscure poétesse qne ce qu'elle voulût bien nous en faire connaître dans ce rarissime petit recueil é*Odes spirituelles (1) qu'elle publia, h Paris, chez Sébastien Hnré, en 1619.
C'était une &me simple. Elle goûtait le charme de la solitude, après avoir aimé le monde et consenti à toutes ses vanités. Sa conversion, ou mieux son retour à la dévotion — car elle était d'origine catholique — datait de son Âge mûr.
Veuve de François Picardet, sieur de Meulières et d'Essartines, dont elle composa l'épitaphe, elle consacra toutes ses heures de spirituel loisir à célébrer les louanges de la foi et ses plus touchants souvenirs. On voit par la lecture de ses cantiques et de ses odes qu'elle était mère de deux enfants. Il faut avouer que l'idée qu'elle eut de composer des vers sur des airs profanes, tels : /'atmeray toujours ma Phillis^ Ce penser dont amour me nourrit y etc., est singulièrement naïve.
Néanmoins elle montre un style aisé et une élégance heureuse dans ses moindres rimes, et n'était la puérilité de son inspiration, on serait tenté de relire ses strophes d'un sentiment quasi-populaire
Son recueil dut avoir quelque succès, car on en fit une nouvelle édition en 1623.
(1) Odes spirituelles sur les chansons de ce temps. Par Anne Picardet, vefve du feu sieur de Mouliéres et d^^ssartines. Dédiées à Madame le Grande etc , in-12.
CHANSON Sur Tair : Ce penser dont amour nourrit.
Ce penser de Jésus, et de sa passion,
Il faut que de mon cœur je luy ouvre T& porte,
Et que je prenne aussi la resolution,
Qu'aux esprits plus contrits le repentir apporte.
Las 1 c'estoit fait de moy, ja mon mal esloit tel, Que je ne pensois plus d'y chercher du remède, Lors que la saincte voix de ce grand Kternel Fit voir que sa bonté mes malices excède.
Je ne veux plus aymer que mon Christ plein d'ardeuri Dont l'extrême douceur m'arrach« du supplice : Plustost que de régner par dessus la grandeur. Je voudrois mendier en luy faisant service.
Que ne luy dois-je pas, songeant à la douceur Dont il m'a tant de fois induite ii pénitence ? Hélas ! je ne puis rien luy donner que mon cœur; Que j'offre à sa pitié, et voire à sa vengencci
ANNC PlCAUDiT itS
Las ! je dy bien ainsi, Ion que de son bien-fait, Le jusle souvenir anime mon courage, Mais mon ame pourtant n'en produict nul effect, Le monde rart^eslAnl en60^e eti son dordage.
mou Dieu, si jamais Vous ouystes mes vœux.
Que voslre voionté en mon cœur prenne place ; Que voire saiuct amour le consomme en ses feux, Et qu'aux plaisirs mondains il soit tousjours de gluco,