‹ Poètes chrétiens du XVIe siècle: textes choisisChapitre 76 sur 123 · JEAN PASSERAT · texte numérisé non relu

JEAN PASSERAT

Jean Passerai naquit h Troyea le 18 octobre 1534, de parents champenois. Ses études terminées, il professa les humanités au collège du Plessis et Téloquence au collège de Boncourt où il compta parmi ses auditeurs, Pierre de Ronsard, Antoine de Balf et quelques uns de ceux qui renouvelèrent notre art poétique. Par la suite, s'étant pénétré des anciens jurisconsultes, il remplaça Ramus dans sa chaire du Collège de France. Ce fut un honnête homme et un homme d'esprit, au sens où Ton entendait autrefois ces mots.

Resté fidôle au Roi pendant les troubles de la Ligue, il contribua ainsi que Nicolas Rapin, Gilles Durand, Pierre Pithou, et d'autres dont les noms n'importent, à cette œuvre de courage et de cinglante ironie que fut La Sa^ tire Ménippée. il en composa les vers les plus piquants. Le succès- qu'obtint cet ouvrage fut si grand qu'on a été jusqu'à dire qu'il servit mieux la cause du Béarnais que les batailles d'Arqués et d'ivry. Depuis Tannée 1569, jusqu'à sa mort, Jean Passerai vécut dans l'Hôtel de Mesme. Lorsqu'il eut le malheur de perdre son protecteur et son ami, Henri de Mesme, Jacques, fils de ce dernier, revendiqua comme une part d'héritage le droit d'héberger le vieux poète.

La fortune qui ne lui avait guère souri, mais dont il ne s'était jamais soucié, ne fut pas clémente à ses derniers moments. Atteint d'une attaque de goutte, il resta paralysé de la moitié du corps et devint aveugle. II succomba, en pleine lucidité d'esprit, le 14 septembre 1602, ftgé de soixante-huit ans, après cinq années de torture stoïquement supportées.

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Jean de Rougevalet, son neveu, greffier de Télectlon de Troyes, fat son héritier, et, grâce à la libéralité inaccoutumée de Sully, se fit Téditeur de ses ouvrages. Ainsi parut le Reciéeil des Œuvres poétiques (Paris, L*Ânge1ier, 1606, in-8o) (1) dont un tiers seulement avait été imprimé du vivant de l'auteur en 1597 et en 1602.

Le talent de Passerat est infiniment varié. Bien qu'il fût d'humeur satirique, il passa volontiers du genre burlesque au genre délicat et sentimental. La VUlanelle qui commence par ces vers : J'ai perdu ma tourterelle^ est digne de célébrité autant que La Métamorphose de Vhomme en coucou, que les critiques s'obstinent à comparer sottement aux productions de la Fontcûne. Notre auteur a parfois l'aisance du fabuliste, il n'en a jamais la fausse bonhommie. Jean Passerat fut bien de ce siècle qui avait produit Pierre Gringore, Clément Marot et Rabelais. Il n'a laissé qu'un très petit nombre de pièces religieuses. Elles surprendraient dans son léger bagage si elles ne complétaient ea physionomie, décelant, chez cet incorrigible railleur, une &me profondément éprise du mystère divin.

(1) C'est sur cette édition qu*ont été exécutées les réimpressions suivantes : Les Poésies françaises de Jean Passeraff publiées avec Notice et Notes par Prosper Jilanchemain. Paris, A. I^emerre, 1880, 2 vol. in 12. Le Chien courant, etc-, suivi de quelques poésies du même auteur et précédé d'une introduction par Henri Chevreul. Paris, A. Aubry, 1864, in-8o.

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LE CilUCinx PARLE AU PECHEUR

SONNET

Du plus hault ciel pour loy j'ay descendu,

Où je regnois, (ils égal de mon Père :

J'ay enduré tout mal et vitupère,

M'eslant pour l'homme homme mortel rendu.

J*ay de mon gré vie et sanjg respandu, Pour délivrer ton ame prisonnière :

Je me suis veu, pour ta faute première, Entre larrons comme un larron pendu.

Cœur endurci, que j'ay seul destaché, A si grand prix des liens du péché :

Veus-lu rentrer en mesme servitude?

A tout le moins, si en ton Dieu tu crois, Levé les yeux pour voir en ceste croix Et ma bonté, et ton ingratitude.

SONNET

Ciel d'astres couronné, qui as voulu reprendre Un esprit si parfait, pource qu'il esloit tien Ne tarde davantage à reprendre le mien.

Il est venu de toy, à toy je le doy rendre.

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Terre qui n*as voulu plus longuement allendre A reprendre son corp« pour le réduire ea rieo« Reprens mon corps aussi* et me fay tant de bien Qu'à la fin soient mesiés mes os parmy sa cendre.

Je veux pour mon repos sur la terre gésir, Toutefois de la terre est bien loing mon désir, Il tire droit au ciel, qui mon bon heur enserre.

Une amoureuse haine entre l'ame et le corps Esmeut ce différent, qui tourne en bons accords : Car pour monter au ciel, il faut descendre en terre.

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