VOIX QUI REVENEZ
Voix qui revenez, bercez-nous, berceuses voix : Refrains exténués de choses en allées.
Et sonnailles de mule au détour des allées,
— Voix qui revenez^ bercez-nous, berceuses voix.
Flacons, et vous, g-risez-nous, flacons d'autrefois :
Senteurs en des moissons de toisons recelées,
Chairs d*ambre, chairs de musc, bouches de giroflées.
— Flacons, ô vous, grisez-nous, flacons d'autrefois.
En ce matin d'hiver et d'ombre, l'alouette, En ce matin d'hiver, l'alouette est muette.
— Voix qui revenez, bercez-nous, berceuses voix.
Les lys sont coupés dans le jardin, et les roses, Et les iris au bord des eaux, des eaux moroses.
— Flacons, ô vous, grisez-nous, flacons d'autrefois.
[Les Cantilènes,)
220 POiTES d'aujourd'hui
LE RUFHAN
Je ne suis pas laide et je suis riche ; je saurai vous aimer et me montrer reconnaissante.
Dans le,splendide écrin de sa bouche écarlate
De ses trente-deux dents l'émail luisant éclate.
Ses cheveux, pour lesquels uneAbbesse l'aima
Jadis très follement, calamistrés en boucles,
Tombent jusqu'à ses yeux — féeriques escarbouclcs —
Et ses ciks recourbés semblent peints de çurma.
Sa main de noir gantée à la hanche campée,
Avec sa toque à plume, avec sa long-ue épée,
Il passe sous les hauts balcons indolemment.
Son pourpoint est de soie, et ses poignards superbes
Portent sur leurs pommeaux, parmi l'argent en gerbes,
La viride émeraude et le clair diamant.
Dans son alcôve où l'on respire les haleines Des bouquets effeuillés, les fières châtelaines, Sous leur voile le front de volupté chargé.
Entassent les joyaux, les doublons et les piastres Pour baiser ses yeux noirs vivants comme des astres Et sa lèvre pareille au bétail égorgé.
Ainsi, beau comme un dieu, brave comme sa dag'ue. Ayant en duel occis le comte de Montagne,
JEAN UOKàXB 217
Quatre neveax du pape et vingpt condottieri, Calme et la tête haute il marche par les villes, Traînant à ses talons des amantes serviles Oont l'âme s'est blessée à son regard fleuri.
(Les Cantîlènes,)
NOCTURNE
Wisst ihr warum der Sarg wohl So oross und schwer maq sein ?
Ich LegV auch meine Liehe Und meinen Schmerz hinein.
Heiniuch Hbinb.
. Toc toc, toc toc, — il cloue à coups pressés, Toc, toc, — le menuisier des trépassés.
ce Bon menuisier, bon menuisier.
Dans le sapin, dans le noyer.
Taille un cercueil très grand, très lourd, Pourquej y couche mon amour. »
Toc toc, toc toc, — il cloue à coups pressés, Toc, toc, — le menuisier des trépassés.
c< Qu'il soit tendu de satin blanc Comme ses dents, comme ses dents ; Et mets aussi des rubans bleus Comme ses yeux, comme ses yeux. »
Toc toc, toc toc, — il cloue à coups pressés, Toc, toc, — le menuisier des trépassés.
aa8 POÈTES d'aujourd'hui
c Là-bas, là-bas, près du ruisseau, Sous les ormeaux, sous les ormeaux, i rheure où chante le coucou Ja autre Ta baisée au cou. ]»
)6 toc, — il cloue à coups pressés, — le menuisier des trépassés.
( Bon menuisier, bon menuisier, )ans le sapin, dans le noyer, Taille un cercueil très grand, très lourd, Pour que j'y couche mon amour. »
[Les Qantilènes ,)