‹ Poètes d'aujourd-hui, 1880-1900Chapitre 128 sur 202 · STANCES · texte numérisé non relu

STANCES

Les roses que j'aimais s'efifeuillent chaque jour, Toute saison n'est pas aux blondes pousses neuves; Le zéphir a soufflé trop longtemps ; c'est le tour Du cruel Aquilon qui condense les fleuves.

Vous faut-il. Allégresse, enfler ainsi la voix Et ne savez-vous point que c'est grande folie, Quand vous venez sans cause agacer sous mes doigts Une corde vouée à la Mélancolie?

P0ÈIE3 D*AUJOUI\D'flUI

la vie est un joyeux festin ; sprit sot ou c'est d'une âme basse îs point : elle est malheur sans fin, ivais courage et qui trop tôt se lasse.

Li printemps s'agitent les rameaux, e la bise ou le flot sur la grève, i plaisirs et souffrez tous les maux beaucoup et c'est l'ombre d'un rêve.

coûtent seuls, j'habite les tombeaux, je serai l'ennemi de moi-môme.

LUX ingrats, mon grain est aux corbeaux, amais je laboure «it je sème.

irai pas. Qu'importe l'Aquilon, 6 mépris, la face de l'injure !

l je te touche, ô Ijre d'ÀpoUon, }ue fois plus savante et plus pure?

ain le deuil de ces jours pluvieux, marronniers qui perdent leur couronne, le tardif parterre et dans mes yeux mceur, pâle soleil d'Automne.

s veux-tu ? Laisse tomber la fleur, pourrisse et que le vent l'emporte !

ssombrir, laisse-moi ma douleur 3L pensée et me fait l'âme forte.

-JEAN MORÉAS a33

Je song'e aux ciels marins, à leurs couchants si doux, A récumanle horreur d'une mer démontée, Au pêcheur dans sa barque, aux crabes dans leuirs trous, A Néere aux yeux bleus, à Glaucus, à Protée.

Je songe au vagabond supputant son chemin^ Au vieillard sur le seuil de la cabane ancienne, Au bûcheron courbé, sa cOgnée à la main, A la ville, à ses bruits, à mon âme, à sa peine.

Quand pourrai-je, quittant tous les soins inutiles Et le vulg-aire ennui de l'affreuse cité, Me reconnaître enfin, dans les bois, frais asiles, Et sur les calmes bords d'un lac plein de clarté I

Mais plutôt, je voudrais songer sur tes rivages, Mer, de mes premiers jours berceau délicieux : J'écouterai gémir tes mouettes sauvages.

L'écume de tes flots rafraîchira mes yeux.

Ah, le précoce hiver a-t-il rien qui m'étonne ? Tous les présents d'avril, je les ai dissipés. Et je n'ai pas cueilli la grappe de l'automne. Et mes riches épis d'autres les ont coupés.

Nuages qu'un beau jour à présent environne, Au-dessus de ces champs de jeune blé couverts,

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Vous qui m'apparaissez sur Tazur monotone Semblables aux voiliers sur le calme des mers ;

Vous qui devez bientôt ayant la sombre face De Forage prochain, passer sous le ciel bas, Mon cœur vous accompag^ne, 6 coureurs de l'espace Mon cœur qui vous ressemble et qu*on ne connaît pas.

(Les Stances, /" et II* Livres,

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PIERRE QUILLARD

Né à Paris le i4 juillet i864, M. Pierre Quillard fit ses étu» ' des au Lycée Coudorcet où il eut comme camarades Ephraïm Mikhaël, Stuart Merrill, Audré FontaiDas et René Ghil. Il suivit ensuite les cours de la Faculté des lettres, devint élève à TËcoIe des Chartes et à TEcole des Hautes-Etudes^ et fut charge par cette dernière, en i886,d'uae mission paléographique à Lisbomie. Sa carrière littéraire, à cette époque, était déjà commencée. Depuis i884« il collaborait à La Basoche de Bruxelles. Et en 1886^ avec Ephraïm Mikhaêl et Paul Roux, il avait fondé La PléCade, petite revue qui devait n'avoir que sept numéros, où collaborèrent également Camille Bloch, Rodolphe Darzens, Grégoire Le Roy, Maurice Maeterlinck, Charles VanLerberghe, etc., et dans laquelle il publia, outre des poèmes, La Fille aux mains coupées, mystère en deux tableaux et en vers, réimprimé plus tard en son volume La Gloire du Fer6e,paru en 1 891 , à la Librairie de TArl indépendant, et représenté en avril de la même année au Théâtre d^Art de M. Paul Fort. En 1891, M. Pierre Quillard commença sa collaboration au Mercure de France^ reparu depuis «n an, et où il devait donner tour à tour des poèmes, des pages de prose, et ces études de littérature et de critique qui vont de Stéphane Mallarmé à Georges Clemenceau, en passant par Laurent Tailhade, Bernard Lazare, Henri de Régnier,

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Anatole France, Paul Adam, José Maria de Heredia, Remy de Gourmont, Théodor de Wyzewa, Albert Samain, Rachilde, Leconte de Tlsle, André Fontainas, Henri Barbusse, Emile Zola et Gustave GefFroy, et qu'il n'a point encore réunies en volume. En iSgS, M. Pierre Quillard partit pour Constant!nopleoù il fut, jusqu'en 1896, professeur au Collège arménien catholique Saint-Grégoire-rillurainateur et à l'Ecole centrale de Galata. C'est pendant ce séjour en Orient, où il devait retourner en 1897, suivre, pour le compte du journal Villas^ iratioTiy les opérations de la guerre gréco-turque, qu'il écrivit V Errante, poème dialogué et qui fut représenté au Théâtre de VŒavre, en mai 1 896, et la plupart de ces pièces sous le titre général Les Vaines images, si pures, si harmonieuses, d'une beauté tout ensemble orgueilleuse et désabusée, et doDt nous donnons quelques-unes. Et c'est quand il revint à Paris, vers la fin de Tannée 1896, qu'il publia le volume La Lyre héroïque et dolente^ qui contient toute son œuvre de poète, et au sujet duquel M. Henri de Régnier, alors, écrivait : w M. Pierre Quillard est fortement nourri des belles-lettres antiques ; aussi a-t-il droit plus quetout autre d'intituler ainsi son livre... Il a pris à la fréquentation des Muses helléniques et latines une gravité harmonieuse et hautaine, un reflet lumineux et calme . Lisez ses belles Elégies héroïques : Le Dieu mort. Raines^ Les Vaines images ^ qui sont Psyché, Hymnis et Chrysarion, Le Jardin de Cassiopée, La Chambre d'amour, et goûtez-en la beauté amère et sereine, l'acre et doux parfum, la cadence sonore. Elles disent l'Amour, la Mort et le Temps ; elles exhalent une mélancolie stoïque et païenne ; elles sentent la ro9e et le cyprès ; il y rôde une odeur de Bois sacré . . . M. Pierre Quillard écrit durable... » On sait combien M. Pierre Quillard a contribué à la révélation, en France, des ennuis causés au peuple arménien par le gouvernement turc. On sait aussi la part très active et très militante qu'ila prise dans les récents événements politiques. Mais ce n'est guère le lieu ici d'écrire sur ces sujets et nous renverrons simplement à la li^te des

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œuvres où des titres d'ouvragesrenseîg'neront. Au reste, pour tout ce qu'il fit comme pour tout ce qu'il écrivitalors,il n'y a à blâmer ni à louer M. Pierre Quillard : lui seul reste le juge de celui qu'il fut dans ces circonstances ; et encore ne pourraiton que le saluer pour le beau courage que partout et souvent il montra. Il semble pourtant qu'il ait gardé de tous ces gestes quelque obscure fatigue, car le voici qui revient à ses travaux de savant et qui travaille, avec son fidèle ami, M. Marcel Collière, à plusieurs traductions d'auteurs grecs. Et si Ton peut être sûr à l'avance de la perfection de ces travaux où tous deux apporteront un esprit et une compétence remarquables, on pourrait aussi souhaiter que M . Pierre Quillard nous donnât, beautés que par les premières il nous fit aimer, quelque autre Chrysarion et quelque autre Psyché,

M. Pierre Quillard a collaboré: à Z^aP/^forfe, !'• série, 1886, et 2* série, 1889, — k La Wallonie, 1886, — aux Entretiens politiques et littéraires, 1890, — à Floréal, 1892, — k La Révolte, aux Temps nouveaux, aux Droits de Vhomme, et il collabore actuellement au Mercure de France^ kLa Revue de Paris, à la Revue Blanche et à V Aurore» — P. L.

Bibliographie:

Les œuvres. — La Fille aux mains coupées, poème dramatique, Paris^ édition de La Pléïade, 1886. — Etude phonétique et morphologique sur la lanjvte de Théocrite dans les SyracusaineSy en collaboration avec M. Marcel Collière, Paris, Croville, Morant et Foucart, i^H8, — La Gloire du Verbe, poème, 1 885-1890, Paris, Art Indépendant, 1890 (épuisé). — L'Antre des Nymphes y de Porphyre, traduit par Pierre Quillard» Paris, Art Indépendant, 1898. -^ La Fille aux mains coupées, poème dramatique, édition auto graphiée, Paris, Soc. du Mercure de France, 1898. — Z^es Lettres rustiques de Claudius JElianus Prénestin, traduites du grec en français, illustrées d'un Avant-propos et d*un Commentaire latin Paris» Soc. du Mercure de France, 1895. — Le Livre de Jambli^ que sur les Mystères, traduit par Pierre Quillard, Paris, Art Inde pendant, 1895. — Philoktêtês, de Sophocle, Paris, Fasquelle, 1896. — La Question d'Orient et la politique personnelle de M, Hanc

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taox, en colUboration avec le docteur L. Margery, Paris, Stock,

1897. — L'Assassinai du Père Saluatore^ en collaboration avec le chef Aghassi de Zeitoun, Paris, Soc. du Mercure de France, 1897. — La Lyre héroïque et dolente {De Sable et d'Or, La Gloire da Verbe. VErrante. La Fille aux mains coupées)^ poèmes, Paris, Soc. du Mercure de France, 1897. — Le Monument Henry, listes des Souscripteurs classés méthodiquement et selon l'ordre alphabétique, Paris, Stock, 1899.

En préparation : Loys^ drame en vers.

Traduction. — Pastels in Prose, translated by Stuart Merrill, New- York, Harper et Brothers, 1890.

A CONSULTER. — 'R. dc Gourmont : Le Livre des Masques, PsrlSf Soc. du Mercure de France, 1896. — J. Huret : Enquête sur l'Evolution littéraire, Paris, Charpentier, 1891.— E. Vigié-Lecocq : La Poésie contemporaine, Paris, Soc. du Mercure de France, 1897. Ch. Maurras : Revue littéraire. Revue Encyclopédique, aa janvier

1898. — L. Mulhfeld : Chroniquede la littérafure. Revue Blanche, !•' juin 1895. — Saint-Pol-Roux : La Gloire du Verbe, par Pierre Quillard, Mercure de .France, février 1891 •

Iconographie :

G. Darbour : Aquarelle ^ 1898 (Exposition dcsPortrait» du prochain siècle, 1893) reproduit dans la Revue Encyclopédique, i5 novembre 1893).

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