LE SACRE
Notre-Dame annonçait l'apothéose prête Av«c la voix d'airain de ses beffrois jumeaux; Au loin les grands canons grondaient, et les drap( Se gonflaient, frisonnants, sous l'orgueil de la fèt<
L'Empereur s'inclina, les mains jointes, nu-tête. Et le Pape apparut dans l'éclat des flambeaux, Tenant entre ses doigts étincelants d'anneaux La couronne portant la croix latine au faîte.
3l6 P0Â1BS D*AUJOUI\D*HUI
Mon fils! dît le pontife... Alors Tordue se tut. Sur tous les fronts baissés un seul frisson courut, Comme le baMement soudain d'une aile immense;
Et Ton n'entendit plus, 6 César triomphant, Dans la nef où planait un auguste silence, Qu'une vieille à genoux qui pleurait son enfant.
(Au Jardin de l'Infante (i.)
XANTfflS
Au vent frais du matin frissonne l'herbe fine; Une vapeur légère aux flancs de la colline Flotte ; et dans les taillis d'arbre en arbre croisés Brillent, encore intacts, de longs fils irisés. Près d'une onde ridée aux brises matinales Xanthis, ayant quitté sa robe et ses sandales, D'un bras s'appuie au tronc flexible d'un bouleau, Et, penchée à demi, se regarde dans l'eau.
Le flot de ses cheveux d'un seul côté s'épanche. Et, blanche, elle sourit à son image blanche... Elle admire sa taille étroite, ses beaux bras, Et sa hanche polie, et ses seins délicats, Et d'une main, que guide une exquise décence, Fait un voile pudique à sa jeune innocence.
Mais un grand cri soudain retentit dans les bois, Et Xanthis tremble ainsi que la biche aux abois, Car elle a vu surgir, dans l'onde trop fidèle. Les cornes du méchant satyre amoureux d'elle.
(Aux Flancs du Vase.)
(i) Nouvelle édition augmentée.
3i8 po^.TES d'aujourd'hui
Je veux revoir au lonff d'une calme journée
Tes eaux glauques que jonche un feuillage roussi.
Et respirer encore, un soir d*or aid^utiT^
Ta beauté plus touchante au déclin de Tannée.
Voici tes ifs en cône et tes tritons joufflus, Tes jardins composés où Louis ne vient plus.
Et ta pompe arborant les plumes et les casques.
Comme un grand Ijstu meurs, npble et tri^te^sans bruit: Et ton onde épuisée au bord moisi des vasqu^iMT"'''^'^^^ S'écoule, douce ainsi qu'un sanglot dans la nuit.
Grand air. Urbanité des façons anciennes.
Haut cérémonial* Révérences sans fin.
Créqui, Fronsac, beaux noms chatoyants de satin. Mains ducales dans les vieilles valenciennes,
Main» royales sur les épmettes. Antiennes Des évoques devant Monseigneur le Dauphin.
Gestes de menuet et cœurs de biscuit Sn ; Et Ces grâces que l'on disait Autrichiennes..*
Princesses de sang bleu, dont l'âme d'apparat, Des siècles, au plus pur des castes macéra?^^^ Grands seigneurs pailletés d'esprit. Marquis de sèvres.
Tout un monde galant, vif,, brave, exquis et fou,
Avec sa fine épée en verrouil, et surtout
Ce mépris de la mort, comme une fleur, aux lèvres!
ALBERT SAMAIN
Mes pas ont suscité les prestiges enfuis.
psyché de vieux saxe où le Passé se mire...
C'est ici que la reine, en écoutant Zémire, Rêveuse, s'éventait dans la tiédeur des nuits.
O|visîons : paniers, poudre et mouches ; et puis Léger comme un parfum, joli comme un sourire, C'est cet air vieille France ici que tout respire ; Et toujours cette odeur pénétrante des buis...*^^^ - '
Mais ce qui prend mon cœur d'une étreinte ini^nie. Aux rayons d'un long soir dorant son agonie, C'est ce Grand-Trianon solitaire et royal.
Et son perron désert où l'automne, si douce, • Laisse pendre, en rêvant, sa chevelure rousse Sur l'eau divinement triste du grand canal.
Le bosquet de Vertumne est délaissé des Grâces. Cette ombre, qui, de marbre en marbre gémissant. Se traîne et se retient d'un beau bras languissant, Hélas, c'est le Génie en deuil des vieilles races 1
Palais, horizon suprême des terrasses, Un peu de vos beautés coule dans notre sang ; Et c'est ce qui vous donne un indicible accent. Quand un couchant sublime illumine vos glaces!
Gloires dont tant de jours vous fûtes le décor. Ames étincelant sous les lustres. Soirs d*or. Versailles... Mais déjà s'amasse la nuit sombre.
Et mon cœur tout à coup se serre, car j'entends. Gomme un bélier sinistre aux murailles du temps, Toujours, le grand bruit sourd de ces flots noirs daos l'onibn
(Octobre j8g4')