RENTRÉE DES MOINES
On dirait que le site entier sous un lissoir Se lustre et dans les lacs voisins se réverbère ; C'est l'heure où la clarté du jour d*ombres s'obère, Où le soleil descend les escaliers du soir.
Une étoile d'argent lointaînement tremblante, Lumière d'or dont on n'aperçoit le flambeau.
Se reflète mobile et fixe au fond de l'eau Où le courant la lave avec une onde lente.
A travers les champs verts s'en va se déroulant La route dont l'averse a lamé les ornières ; Elle longe les noirs massifs des sapinières Et monte au carrefour couper le pavé blanc.
Au loin scintille encore une lucarne ronde Qui s'ouvre ainsi qu'un œil dans un pignon rongé : Là, le dernier reflet du couchant s'est plongé, Comme, en un trou profond et ténébreux, la sonde.
Et rien ne s'entend plus dans ce mystique adieu, Rien — le site vêtu d'une paix métallique
36o POÈTES d'aujourd'aui
Semble enfermer en lui, comme utie basilique, La présence muette et nocturne de Dieu.
Alors les moines blancs rentrent aux monastères.
Après secours portés aux malades des bourgs.
Aux remueurs cassés de sols et de labours,
Aux gueux chrétiens qui vont mourir, aux grabataires,
A ceux qui crèvent seuls, mornes, sales, pouilleux Et que nul de regrets ni de pleurs n'accompagne Et qui pourriront nus dans un coin de campagne. Sans qu'on lave leur corps ni qu'on ferme leurs yeux,
Aux mendiants mordus de misères avides.
Qui, le ventre troué de faim, ne peuvent plus Se béquiller là-bas vers les enclos feuillus Et qui se noient, la nuit, dans les étangs livides.
Et tels les moines blancs traversent les champs noirs, Faisant songer aux temps des jeunesses bibliques Où l'on voyait errer des géants angéliques, En longs manteaux de lin, dans Tor pâli des soirs.
Brusque, résonne au loin un tintement de cloche. Qui casse du silence à coups de battant clair Par-dessus les hameaux, et jette à travers l'air Un long appel, qui long, parmi l'écho, ricoche.
Il proclame que c'est l'instant justicier
Où les moines s'en vont en chœur chanter Ténèbres
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