‹ Poètes d'aujourd-hui, 1880-1900Chapitre 21 sur 202 · DES « BALLADES DE LA NUIT · texte numérisé non relu

DES « BALLADES DE LA NUIT

A Stuart Merrill,

L'ombre, comme un parfum, s'exhale des montag-nes, et le silence est tel que Ton croirait mourir. On entendrait, ce soir, le rayon d'une étoile, remonter en tremblant le courant du zéphyr.

Contemple. Sous ton front que tes yeux soient lasource qui charme de reflets ses rives dans sa course... Sur la terre éloilée surprends le ciel, écoute lé chant bleu des étoiles en la rosée des mousses.

Respire, et rends à l'air, fleur de l'air, ton haleine, et

que ton' souffle chaud fasse embaumer des fleurs, respire pieusement en regardant le ciel, et que ton souffle humide étoile encore les herbes.

Laisse nager le ciel entier dans tes yeux sombres, et mêle ton sileuce à l'ombre de la terre : si ta vie ne fait pas une ombre sur son ombre, tes yeux et sa rosée sont les miroirs des sphères.

Sens ton âme monter sur sa tige éternelle : Témotion divine, et parvenir aux cieux, suis des yeux ton étoile, ou ton âme éternelle, entr'ouvrant sa corolle et parfumant les cieux. ^

A l'espalier des nuits aux branches invisibles, vois briller ces fleurs d'or, espoir de notre vie, vois scintiller sur nous, — scels d'or des vies futures, — nos étoiles visibles aux arbres de la nuit.

Écoute ton regard se mêler aux étoiles, leurs reflets se heurter doucement dans tes yeux, et mêlant ton regard aux fleurs de ton haleine, laisse éclore à tes yeux dés étoiles nouvelles.

Contemple, sois ta chose, laisse penser tes sens, éprends-toi de toi-même épars dans cette vie. Laisse ordonner le ciel à tes yeux^ sans comprendre, et crée de ton silence la musique des nuits.

(Ballades françaises. à

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