‹ Poètes d'aujourd-hui, 1880-1900Chapitre 51 sur 202 · IL VA NEIGER · texte numérisé non relu

IL VA NEIGER

A Léopold Banby,

n va neiger dans quelques jours. Je me souviens de Tan dernier. Je me souviens de mes tristesses au coin du feu . Si l'on m'avait demandé : qu'est-ce î J'aurais dit : laissez-moi tranquille. Ce n'est rien.

J'ai bien réfléchi, l'année avant, dans ma chambre, pendant que la neige lourde tombait dehors.

J'ai réfléchi pour rien. A présent comme alors je fume une pipe en bois avec un bout d'ambre.

Ma vieille commode en chêne sent toujours bon. Mais moi j'étais bête parce que ces choses ne pouvaient pas changer et que c'est une pose de vouloir chasser les choses que nous savons.

Pourquoi donc pensons-nous et parlons-nous ? C'est drôle ; nos larmes et nos baisers, eux, ne parlent pas et cependant nous les comprenons, et les pas d'un ami sont plus doux que de douces paroles.

On a baptisé les étoiles sans penser qu'elles n'avaient pas besoin de nom et les nombreij qui prouvent que les belles comètes dans lombre passeront, ne les forceront pas à passer.

POÈTES D'AUJOURD*nUI

môme, où sont mes vieilles tristesses ? A peine si je m'en souviens.

5sez-moi tranquille, ce n'est rien,' imbre on venait me demander : qu'est-ce ?

{De i' Angélus de l'Aube à l'Angelus du Soir.)

GUSTAVE KAHN i859

Né à Metz le 21 décembre 1869, M. Gustave Kahn, tout en suivant les cours de FEcole des Charles et de TEcole des langues orientales, commença, en 1880, à publier quelques articles dans des revues dont on n'a point même retenu les noms telles : La Revue Moderne et Naturaliste, rHydropathe^ le Tout- Paris. Ensuite, il partit pour l'Afrique, où il séjourna quatre années. De retour à Paris en i885, il ne tarda point, riche sans doute de tous les mirages rapportés des pays expliques, à reprendre ses essais. Il fonda, le 11 avril 1886, une petite revue hebdomadaire, La Vogue, dont les numéros, rarissimes aujourd'hui, eurent une éclatante publicité. Il y publia, outre la traduction d'une tragédie-comédie en 3 actes de Casanova de Seingalt, Le Polemoscope ou la Calomnie démasquée par la Présence d'Esprit, la plupart des poèmes qui constituèrent sa première œuvre. Les Palais Nomades, Ils révélèrent, selon les termes de son biographe, M. Félix Fénéon « un poète libre de toutes traditions, manifestant sans préambule et sans atténuations d'inédites manières de voir et de sentir, et capable de les imposer ».

Le le' octobre 1886, M. Gustavec Kahn fit paraître, en collaboration avec MM. Jean Moréas et Paul Adam, un journal littéraire et politique : Le Symboliste, dont la destinée fut éphémère, et en 1888, il prit une part laborieuse à la direc-

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lion de la Reoae Indépendante, où il doDoa une suite très remarquée d'études critiques. Après une nouvelle série de La Vogae, tentée en 1889, nous le voyons délaisser le rôle actif qn'il avait accepté dans des publications dont l'attitude exclusivement combattive devait nuire à son tempérament de créateur, et réunir les diverses pages qu'il avait semées çà et là. L'œuvre de M. Gustave Kahn est aujourd'hui fort diverse et pour écarter tout ce qui n'appartient pas à son labeur de poète, il est encore difficile, sinon impossible, d'esquisser en lignes hâtives ce qui fait le caractère particulier de sa physionomie. D'ailleurs, une page consacrée à des recueils tels que Chansons diamant, Domaine de Fée, La Pluie et le Beau Temps, Le Livre d'Images, ne nous dispenserait pas d'une étude sur leprosodiste, celui qui, après Jules Laforgue, tenta de régénérer en faveur du vers libre, notre poétique si aflPaiblie aux mains des suprêmes parnassiens. Nous préférons clore cette déjà longue notice par quelques scrupuleuses indications bibliographiques, rappelant la collaboration de M. Gustave Kahn à La Jeune Belgique, au Décadent, La Basoche, La Gazette anecdotique, au Paris littéraire, La Vie Moderne, au Réveil de Gand, La Société Nouvelle , La Revue Encyclopédique, au Monde Moderne^ La Revue de Paris, Nouvelle Revue, au Livre d*Art, l'Epreuve, au Sup" plément du Pan, au Mercure de France, au Journal, à V Evénement, ann Droits de l* Homme, à la Presse^ à VAlmanach des Poètes (Mercure de France, 1896, 1897), aux Hommes d'aujourd'hui, et à la Revue Blanche où, indépendamment de différentes études consacrées à Rodenbach, Anatole France, Emile Zola, Arthur Rimbaud, etc., il signe depuis plusieurs années la chronique des poèmes.

£st-il utile pour conclure de rappeler que M. Gustave Kahn créa en 1897, avec M. Catulle Mendès, à l'Odéon — ensuite au théâtre Antoine et au théâtre Sarah Bernhardt — des matinées de poètes où il tenta de faire connaître les écrivains de la génération ascendante? — A. B.

OVSTATE KAHN lOI

Bibliographie :

Les oBavRES. — Les Palais Nomades, poèmes, Paris, Tresse et Stock, 1887. — Chansons d'amant^ poèmes, Bruxelles, Lacomblez, 1891. — Domaine de Fée, poèmes, Bruxelles, Vve Monnom, 1895. — La Pluie et le Beau Temps, poèmes, Paris, Vanier, iSgS. — Le Roi Fou, roman, Paris, Havard, 1895. — Limbes de Lumière, poèmes, Bnixelles, Deman, 1895. — Premiers poèmes {Les Palais nomades. Chansons d'amant. Domaine de Fée), précédés d'une étude sur le vers libre, Paris, Soc. du Mercure de France, 1897. — Le Livre d'Images, poèmes, Paris, Soc. du Mercure de France, 1897. — ^^ Conte de l'Or et du Silence, Paris, Soc. du Mercure de France, 1898. — Les Petites âmes pressées, illust. de H. Detouche, roman, Paris, Ollendorff, 1898. — Le Cirque Solaire, roman, Paris, Ed.de la « Revue Blanche »yi899. — Les Fleurs rfe ^a Passion, Paris, Ollendorff, 1 900.

En préparation. — L'Esthétique de la rue* — L'Adultère sentimental, roman. ^- La Vieillesse de Casanova, roman. — Une Etude sur Jules Laforgue, etc...

A CONSULTER. — R.deGourmout : Le Livre des Masques, Paris, Soc. du Mercure de France, 1896. — R. de Gourmont : Esthétique de la Langue française (le vers Iibre],Parîs, Soc. du Mercure de France, 1899. — J» Huret : Enquête sur l'Evolution littéraire, Paris, Charpentier, 1891. — B.Lazare : Figures Contemporaines, Pans,Perrin, 1 895 .— -J . Tellier : Nos poètes, Paris, Despret , 1888.

F. Fénéon : Kahn (Les Hommes d'aujourd'hui), Paris, Vanier. — C. Mauclair: 7V*o/s poètes morfcr/ies. Revue Encyclopédique, '26 avril 1896. — Ëdm. Pilon : Gustave Kahn, Ermitage, février i

Iconographie :

L. Hayet : Portrait, peinture à l'huile, Exposition des Portraits du Siècle, 1898 fOalerie Georges Petit). — M. Luce : Dessin, 1889 (Les Hommes d'aujourd'hui), Paris, Vanier. — F.Yaïïoilon: Masque, dans Le Livre des Masques de R, de Gourmont, Paris, Soc. du Mercure de France, 1896.

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