CLÉOPATRE
Je maudirais les dieux s'ils me rendaient le jour. Qu'on m'emporte d'ici : je me meurs. Laonice, Si tu veux m'obliger par un dernier service, Après les vains efforts de mes inimitiés, Sauve-moi de l'affront de tomber à leurs pieds (1).
Malgré ces beautés, la tragédie, on ne saurait trop le redire, n'est pas faite pour représenter des monstres. Ce sont nos semblables que nous y cherchons, avec les défauts, les faiblesses, les qualités qui appartiennent à l'homme, non des êtres qui n'ont d'humain que la face. Voyez lady Macbeth : toute révoltante qu'elle est, elle s'arrête au moment de porter la main surDuncan endormi, parce que, «avec ses che- « veux blancs, il ressemble à son père (2 . » C'est la touche de l'humanité. On la cherche en vain chez Cléopâtre; ce n'est pas de la terreur qu'elle inspire, c'est de l'horreur. Ici, d'ailleurs, nous sommes constamment aux prises avec le réel, tandis que l'idéal
(0 Acle V, scène IV. (2 Shakespeare, Macbeth, acte II, «cène IL
OÙ Shakespeare transporte la redoutable épouse du thane écossais adoucit l'impression qu'elle produit. Le drame de Macbeth, ne des intimes profondeurs de l'âme, a le caractère d'une vision terrible, mais grandiose.
Le dénoûment même de la tragédie de Corneille ne satisfait le sens moral qu'à demi. Voici un bon naturel, un excellent jeune homme; eh bien! il va devenir l'époux de cette Rodogune qui n'est guère moins odieuse que sa rivale. Deux femmes de cette trempe, c'est trop dans une même pièce.