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d'autriii, surtout si l'on regarde à la vraisemblance- Pris en eux-mêmes, quelques-uns de ces sujets sont l)ien peu de chose; témoin le Loup et le Chien maigre [^i], dont tout l'intérêt se réduit à l'art de narrer; témoin encore le Chat-IIuant{^). Dans cette dernière fable, l'auteur, entraîné par cette passion pour les animaux qui l'a rendu fabuliste, a seulement cherché à raconter une des singularités de cet instinct devant lequel souvent notre raison reste confondue. Quelques fables sont mal conçues; à un petit nombre même on pourrait appliquer le bonus dormilat Homerus. Celle du Singe (3) est très mauvaise, incompréhensible, sans conclusion. Était-ce la satire de cjnelque personnage alors connu? Cela ne la rendrait pas meilleure; mais cela pourrait en cjuelque mesure expliquer sa présence dans le recueil.
Mais combien ces taches sont rares et légères à côté du reste! Et parmi tant d'œuvres charmantes, combien de chefs-d'œuvre ! Le Chêne et le Roseau (4), le Vieillard et les trois jeunes Hommes [^), V Homme et la Couleuvre (6), la Mort et le Mourant (7), le Chat, la Belette et le Lapin (8), la Laitière et le Pot au lait (9), les Animaux malades de la peste (40), les deux Pigeons (J 1), les deux Atnis (12), et que sais-je encore? On est embarrassé de les tous nommer.
Lessing, qui envisage la fable plutôt comme un
(i) Livre IX, fable X. (2) Livre XI, fable IX.
(3) Livre XU, fable XIX. (4) Livre 1, fable XXll.
(5) Livre XI, fable VRI. (G) Livre X, fable U.
(7) Livre VIII, fable I. (8) Livre VII, fable XVI.
.9^ Livre Vil, fable X. Cio) Livre VU, fable 1.
(Il) Livre IX, fable 11. (vi) Livre Vlll, fable XI.
.IKAN ItK LA FUNTAI^'^:. 5V1.
artifice de rhétorique que comme un genre déterminé, qui la veut en prose et dénuée d'ornemenis, blâme La Fontaine d'avoir, dit-il, dénaturé cette forme. L'idée mère de la fable étant, selon lui, de faire servir tous les objels de la nature à Tinstruchou de l'homme, Ésope et Phèdre, qui se sont bornés à ce Imt, sont, au gré du critique allemand, les modèles du genre. Leur fable est une sorte d'énigme ou d'image dont ils vous donnent le mot ou le sens. Mais La Fontaine procède autrement; avec lui la fable devient une petite épopée; lui-même l'appelle :
Une ample comédie, à cent actes divers, Et dont la scène est l'univers (1).
Il attache autant d'intérêt à l'image même qu'à l'instruction qu'il en tire. Il en fait môme un principe :
En ces sortes de feinte il faut inslruiro et plaire (2).
Et pourquoi le second nuirait-il au premier? Empêcherait-il la moralité de se graver dans l'esprit? Ce qui est évident, du reste, c'est que si la manière de La Fontaine n'est pas tout à fait la manière normale du genre, son immense talent a pleinement réussi quant à l'œuvre exquise dont il a enrichi la littérature. L'abus serait d'étendre à tous les fabulistes l'obligation de reproduire La Fontaine. Marmontel y est arrivé. Selon kii la fable n'a ([u'une manière et c'est celle de La Fontaine. Il fait ainsi du caractère individuel d'un poëte le caractère d'un genre tout entier; il oublie que cette admirable poésie foriuc un
(1) Livre V, faille I. (■j) Livre VI, lahlr 1.
5'l-2 Jl'AN lit: LA FUiSTAliNl':.
tout dont on no peut rien détacher. Il pousse ainsi d'autres poètes dans une voie erronée en les portant à imiter ce qui restera toujours inaccessil^le à leurs efforts. Ce n'est pas expressément le fabuliste (pi'il faut chercher en La Fontaine, c'est le poëte.
Et ce poëte est peut-être de tous les poètes français le plus inimitable, le plus parfaitement français an travers de sa couleur antique, celui que les littératures étrangères pourraient le plus envier à la littérature française; mais en même temps celui dont les étrangers sont le moins capables d'apprécier les originales, délicates et fortes beautés.