‹ Poètes du siècle de Louis XIVChapitre 8 sur 93 · CURIACE · texte numérisé non relu

CURIACE

Eocor qu*à mon devoir je coure sans terreur,

Mon cœur s'en e£farouche, et j'en frémis d'horreur;

J'ai pitié de moi-même et jette un œil d'envie

Sur ceux dont notre guerre a consumé la vie,

Sans souhait toutefois de pouvoir reculer.

Ce triste et fier honneur m'émeut sans m'ébranler.

J'aime ce qu'il me donne, et je plains ce qu'il m'ôte ;

£t si Rome demande une vertu plus haute,

Je rends grâces aux dieux de n'être pas Romain

Pour conserver encor quelque chose d'humain.

IIURAGE.

Si vous n'êtes Romain » soyez digne de l'être ; Et si vous m'égalez, faites-le mieux paraître. I^ solide venu dont je fais vanité N'admet point de faiblesse avec la fermeté

(0 Acte H, scène II.

PIBRRB CORNEILLE. 85

Notre malheur est grand; U est au plus haut point;

Je l'envisage entier, mais Je n'en frémis point

Rome a choisi mon bras, je n'examine rien. Avec une allégresse aussi pleine et sincère Que J'épousai la sœur, Je combattrai le frère; Et pour trancher eniin ces discours superflus, Àlbe vous a nommé, je ne vous connais plus.

CDRIACE,

Je vous connais encore, et c*est ce qui me tue; Mais celte âpre vertu ne m'était pas connue (1).

Vous croyez la limite atteinte, et même dépassée; mais voici le vieil Horace, et une grandeur nouvelle et supérieure. Et remarquez que cette grandeur ne se présente pas comme proportionnée à l'âge, mais comme l'expression du caractère des individus :

Qu'est-ce ci, mes enfants P écoutez-vous vos flammes?

Et perdez-vous encor le temps avec des femmes?

Prêts à verser du sang, regardez-vous des pleurs ?

Fuyez, et laissez-les déplorer leurs malheurs.

Leurs plaintes ont pour vous trop d'art et de tendresse;

Elles vous feraient part enfin de leur faiblesse,

Et ce n'est qu'en fuyant qu'on pare de tels coups (2)...

GURiACE au vieil Horace.

Que] adieu vous dirai-jeP et par quels compliments

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