CURIACE
Eocor qu*à mon devoir je coure sans terreur,
Mon cœur s'en e£farouche, et j'en frémis d'horreur;
J'ai pitié de moi-même et jette un œil d'envie
Sur ceux dont notre guerre a consumé la vie,
Sans souhait toutefois de pouvoir reculer.
Ce triste et fier honneur m'émeut sans m'ébranler.
J'aime ce qu'il me donne, et je plains ce qu'il m'ôte ;
£t si Rome demande une vertu plus haute,
Je rends grâces aux dieux de n'être pas Romain
Pour conserver encor quelque chose d'humain.
IIURAGE.
Si vous n'êtes Romain » soyez digne de l'être ; Et si vous m'égalez, faites-le mieux paraître. I^ solide venu dont je fais vanité N'admet point de faiblesse avec la fermeté
(0 Acte H, scène II.
PIBRRB CORNEILLE. 85
Notre malheur est grand; U est au plus haut point;
Je l'envisage entier, mais Je n'en frémis point
Rome a choisi mon bras, je n'examine rien. Avec une allégresse aussi pleine et sincère Que J'épousai la sœur, Je combattrai le frère; Et pour trancher eniin ces discours superflus, Àlbe vous a nommé, je ne vous connais plus.
CDRIACE,
Je vous connais encore, et c*est ce qui me tue; Mais celte âpre vertu ne m'était pas connue (1).
Vous croyez la limite atteinte, et même dépassée; mais voici le vieil Horace, et une grandeur nouvelle et supérieure. Et remarquez que cette grandeur ne se présente pas comme proportionnée à l'âge, mais comme l'expression du caractère des individus :
Qu'est-ce ci, mes enfants P écoutez-vous vos flammes?
Et perdez-vous encor le temps avec des femmes?
Prêts à verser du sang, regardez-vous des pleurs ?
Fuyez, et laissez-les déplorer leurs malheurs.
Leurs plaintes ont pour vous trop d'art et de tendresse;
Elles vous feraient part enfin de leur faiblesse,
Et ce n'est qu'en fuyant qu'on pare de tels coups (2)...
GURiACE au vieil Horace.
Que] adieu vous dirai-jeP et par quels compliments