‹ Poètes et névrosésChapitre 48 sur 119 · Id. : Graduai estrangement from Wordsworth · texte numérisé non relu

Id. : Graduai estrangement from Wordsworth

sans sa femme. Elle est trop bète. Ma cuisinière avait fait des commérages, avait été malhonnête, soi-disant par mon ordre. Devait-on la croire, me connaissant? On la crut, et ce fut le copiinencement de la brouille; mais on ne l'aurait pas crue qu'il en eût été exactement de même : on ne peut pas vivre avec Wordsworth. Sa sœur était une charmante personne, qui m'a rendu beaucoup de services. Il est dommage qu'elle soit devenue folle. — Ce que je viens de vous conter vous a peut-être étonnés? On a tant poétisé l'histoire des lakistes vivant harmonieusement en face de la nature.... La vérité vraie, c'est qu'ils étaient tous mal ensemble. »* — Quelques lecteurs conclurent de ces articles que Thomas de Quinçey était méchant. « Petit misérable! criait Southey. Il faut le cravacher. » Southey avait tort. Quincey n'était pas méchant. Il n'était qu'intempérant dans son langage, trop communicatif à ses lieures et volens nolens, comme le sont les ivrognes ; il disait alors tout haut ce que beaucoup de braves gens, qui ne se croient pas féroces pour cela, pensent tout bas de leurs meilleurs amis.

En tout cas, ses confidences sur le caractère ou les jambes de ses anciens dieux ne l'entraînèrent jamais à se montrer ingrat envers leur génie. Ce n'est pas ici le lieu de refaire l'histoire de l'école romantique anglaise. Il suffira de dire qu'elle a été la glorification des idées de Quincey sur la nécessité de remonter aux sources nationales, de rompre avec le vocabulaire « livresque >, d'entrer en communion avec la nature, et de faire en poésie une hirge part aux sensations. Et Quincey ne demeura point passif dans la grande Ijataille romantique. Il mit au service des siens tout ce qu'il possédait d'éloquence et diniluence, et fut l'uti des artisans de la victoire finale de Coleridge et

de Wordsworth ^ sur les délenseurs de l'esprit classique.

La passion des vers était dans sa pensée un simple retour à la nature. Il soutenait que la poésie avait é'.é aux origines le langage « naturel » de l'humanité dans toutes les occasions solennelles ou seulement importantes, tandis que la prose avait été « l'invention », la < découverte » de quelques hommes de génie : « Quoi? direz -vous, les hommes parlaient en vers? — Dans les temps primitifs, il leur aurait paru contre nature, et absurde qui plus est, de parler en prose. Il fallait alors des raisons passionnantes pour motiver une harangue publique... et, dans les sociétés encore simples,... les sentiments violents revêtent nécessairement la forme du mètre, qui autorise les termes emphatiques, les antithèses, et autres effets de rhétorique.... Nous sommes convaincus qu'il a fallu plus d'efforts, un siècle avant Hérodote, pour amener les esprits à renoncer au diapason poétique avec lequel ils s'étaient accordés de longue date, qu'il n'en faudrait à un journaliste moderne pour revenir brusquement au vers lyrique ^. »

Voilà des renseignements assez complets sur les richesses intellectuelles dilapidées par Ouincey. La nature généreuse avait réuni en sa faveur les dons du poète à ceux du penseur. Elle l'avait doté, dans sa munificence, d'une grande imagination pleine de fantaisie et d'un esprit aigu, fécond' en idées hautes et neuves. Après qu'il eut irrémédiablement gâché ces beaux présents, il ne lui resta guère, sa magnifique langue mise à part, que le pouvoir de jeter le trouble et le désarroi dans l'esprit du lecteur en lui ôtant les

1. On the genius of Thomas de Quincey, par Shadworlh H. ITodgâon.

2 SLijle (1840). — Philosophy of Herodotus (1842).

lisières de la convention et du lieu commun. Mais il a exercé ce pouvoir avec génie, et riea n'a pu le lui ôter, car il tenait à la constitution intime de son esprit.

Quincey était de ceux qui sont plus frappés, en toute chose, des différences que des ressemblances. 11 existe une autre famille d'esprits pour lesquels c'est l'opposé. Les premiers s'amusent beaucoup plus dans la vie ; ils ont une vision pittoresque du monde qui leur est un perpétuel divertissement. Quincey ne pouvait pas s'expliquer la fortune du mot de VEcclésiaste : « Il n'y a rien de nouveau sous le soleil ». Rien ne lui paraissait plus contraire à la vérité. C'est, disait-il, la plainte d'un blasé, qui ne peut pas découvrir des jouissances nouvelles, puisqu'il ne peut plus jouir de rien. « La pénurie dont il gémit comme étant inséparable de la condition humaine n'est pas objective, dans son cas; elle est subjective.... Ce n'est pas le prenable qui est en défaut; c'est le prenant... La vérité est qu'il n'y a rien de vieux sous le soleil. » De même qu'il n'existe pas deux feuilles pareilles dans toute la terre, il n'existe pas non plus deux actions humaines parfaitement semblables, deux sentiments tout à fait identiques. Objets matériels ou passions, événements ou esprits sont « individualisés » à l'infini par la nature, au moyen d'un fonds inépuisable de variantes, de détails ajoutés ou supprimés, de circonstances extérieures, de nuances dans les idées et les impressions, qui lui permettent de ne jamais se répéter. « II n'y a rien de nouveau sous le soleil » est un de ces lieux communs faux et menteurs qui courent le inonde parce que personne ne prend la peine de les considérer et de les réfuter'. »

A partir de 1845, Quincey entremêla ses articles de

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