Qnalitês et Tertos requises dans un bon critique
— ** La critique littéraire demande une réunion de qualités qui ne vont pas toujours ensemble : un grand fonds de raison et de bon sens, avec une délicatesse exquise de goût ; une connaissance très étendue des littératures de toutes les époques, mais qui n'ait pas émoussé le sentiment de l'originalité propre aux œuvres de chacune d'elles ; l'intelligence des règles et des conditions essentielles de l'art et l'indépendance entière de l'esprit à l'égard des procédés arbitraires et des conventions d'une école ou d'un temps ; une philosophie assez ferme pour s'attacher aux principes mêmes du beau, mais assez souple pour les suivre dans l'incessante variété de ses manifestations.
" Ajouterons-nous les qualités morales du critique : la conscience, le désintéressement, l'abnégation, l'égal éloignement pour le dénigrement et la flatterie, la haine du mauvais ou du médiocre et les saintes colères qu'elle inspire, la volonté de rendre justice à tous et en tout temps, sans crainte de se déjuger en louant ou blâmant tout à tour les mêmes hommes, suivant que leurs œuvres d'hier et d'aujourd'hui sont dignes d'éloge ou de blâme." (^Vapereau.)
Un tel critique s'est-il jamais rencontré? On peut en douter, dit le P. Mestre, mais on doit convenir que plus il réunit de ces qualités, plus il aura d'autorité dans ses jugements.
Quant à l'attitude que les auteurs peuvent prendre à l'égard de la critique, D'Alembert l'a finement définie dans la remarque suivante : " Si la critique est juste et pleine d'égards, vous lui devez des remercîments et de la déférence ; si elle est juste sans égards, de la déférence sans remercîments ; si elle est outrageante et injuste, le silence et l'oubU."
Fin.