PAYSAGES
Frileuse, au vent d'automne qui miaule,
La ville, sous son manteau de fumées.
Semble une petite veuve enrhumée,
— Ce toit au loin tremble comme une épaule.
La cloche a des voix inaccoutumées Et n’a pas l’air bien sûre de son rôle :
Ses paroles, éparses, sur le môle,
Sont comme des consciences exhumées.
L’heure s'effare, et le foyer grelotte...
J’ai l’âme triste comme un vieux musée.
— Dirait-on pas que la vitre sanglotte ?
Vois, là-bas, les fenêtres sont hagardes Avec leurs vieilles prunelles usées...
O bonnes gens, qu’est-ce qu’elles regardent ?...
La ville exulte de cloches en avalanches ,
Les toits scintillent comme des pierreries...
L’azur semble forgé à coups de sonneries :
Les cloches ont pris leur belle voix des Dimanches.
On les dirait chanter pour que le jardin rie De tous les petits yeux ingénus des pervenches Et pour que les dames mettent leurs robes blanches. Dans l’air il flotte comme une joie attendrie.
La campagne somnole et le grand ciel est ivre Et l’on chante, et l’on se roule dans l'herbe grasse. On ne se sent plus du tout ennuyé de vivre.
Le cœur déborde d'incohérentes paroles,
Et tout là-haut, pai l'air léger et par l’espace,
Les cloches sonnent comme de petites folles...