‹ Poils et ongles, leurs organes producteursChapitre 23 sur 27 · ET DES ONGLES SUR LA NUTRITION GENERALE · texte numérisé non relu

ET DES ONGLES SUR LA NUTRITION GENERALE

A son tour, la nutrition des productions retentit sur l'organisme et se manifeste par un trouble de celui-ci lorsqu'elle se mod. fie profondément ou sur une grande étendue. Chez riiomme où le sj'stème pileux est relativement peu développé, le trouble cj[ue nous signalons n'apparaît

(1) Modification de la phalangette dans la sueur, etc. Th*se de Paris, 1876.

habituellement que lorsque lesmodifications nutritives des poils s'étendent àl'épiderme.

Cependant, on a rapporté quelques exemples d'altération de la nutrition sous Tinfluence d'une modification des cheveux. Tel est lé cas cité par Cazin, de Boulogne, d'une jeune fille chez laquelle la chlorose apparaissait quand on laissait pousser les cheveux et disparaissait quand ils étaient coupés (1).

Pour saisir la signification de cette influence, il faut envisager l'ensemble des productions cornées comme des excrétions sèches qui débarrassent l'économie d'une certaine quantité des résidus de la nutrition. A ce point de vue, les productions épidermiques exercent une influence favorable sur l'organisme. Mais ces résidus sont entraînés par des cellules qui s'en chargent au contact de leur matrice, de. sorte que si la mue épidermique devient très abondante, il en résulte une soustraction considérable de matériaux nutritifs qui conduit le sujet insensiblement ou rapidement vers la débilité.

Etayons ces considérations théoriques par des faits. Molesehott (2), après avoir pesé la quantité de cheveux produite en vingt-quatre heures, a déterminé la quantité d'azote éliminé par cette voie dans le même temps. Un jeune homme produisant 200 milligrammes de cheveux par jour, contenant 16i milligrammes de substance cornée dans laquelle existe 17,5 p. 0/0 d'azote, élimine donc par le cuir chevelu 0 gr. 0287 d'azote par jour, quantité qui correspond à 0 gr. 0615 d'urée. La même opération a été faite pour les ongles, et, de ce chef, un homme de 20 ans élimine

(1) la Vaillant, thèse citée.

(2) In loc, cit.

0 milli. 074 d'azote répondant à 1 milligramme et demi d'urée.

On voit déjà par ce calcul c|ue les poils et les ongles servent à l'élimination de l'azote.

Les matières quaternaires sont accompagnées de matières grasses, 4,9 0/0, ce qui représente une élimination de 9 milligrames 8 par les cheveux.

Enfin, les productions cornées entraînent des matières minérales, phosphate et carbonate de chaux, silice, soufre et fer ; elles sont même, avec la bile, les seules excrétions dans lesquelles on trouve ces deux derniers corps (Quevenne). Mialhe fait remarquer, à l'appui de cette assertion, que l'emploi prolongé des ferrugineux fonce le système pileux, parce que ceux-ci forment des sulfures, avec le soufre qu'ils y trouvent déposé.

Or, il est aisé de comprendre que les phénomènes qui ont pour résultat d'extraire ces corps de l'économie animale jouent à l'égard de celle-ci un rôle qui les rapprochera des sécrétions biliaire, urinaire et sébacée.

On a dit souvent que l'ablation d'une barbe ou d'une chevelure abondante est devenue le point de départ d'une altération de la santé, sanspouvoirpréciseri'influence qu'une telle ablation exerce sur les phénomènes de la nutrition Aussi la plupart des médecins pensent que les accidents, en pareil cas, sont le résultat d'un simple effet physique

Il est facile de prévoir que si l'ablation de la chevelure produit une modification des phénomènes nutritifs, celleci sera nécessairement minime. Pour en connaître le sens, il fallait tenter des expériences sur les animaux dont le système pileux est très développé. Ces recherches ont été faites sur le mouton, dans quelques stations agronomiques

de l'Allemagne (V/'eiske) (1) ; M. Sanson (2) les a fait connaître en France, par ses ouvrages spéciaux sur la zootechnie.

Après la tonte, Weiske a remarqué une augmentation de l'azote éliminé proportionnellement à l'azote ingéré, 1 gramme sur 20 environ, et une légère augmentation de l'acide carbonique rejeté par la peau et le poumon; l'élimination et la consommation de l'eau sont plus faibles. Il a constaté également une augmentation de l'appétit sans qu'il en résultât un changement dans la quantité d'éléments digérés, la ration restant la même.

Weiike conclut de ses expériences que l'ablation du système pileux a pour effet d'augmenter la dénutrition. Les sujets tondus brûlent une plus grande quantité de matières quaternaires et hydro-carbonées pour lutter contre l'abaissement de température auquel ils sont exposés par le fait du contact direct de la surface cutanée avec l'air ambiant.

Si nous appliquons ces résultats à l'homme, nous devons admettre que, dans une certaine mesure, la coupe d'une barbe ou d'une chevelure abondante, abaisse la température, augmente le chiffre des combustions organiques, éveille l'appétit et favorise le retour des forces et l'engraissement, si l'homme prend en même temps une plus grande quantité d'aliments. Au contraire, la conservation d'une chevelure longue, en ralentissant la croissance de chaque poil en particulier, diminue l'élimination qui se fait par cette voie, amène une rétention dansl'économiede matières minérales, de graisses, de produits azotés, lesquels se feront jour par une autre voie.

(l^ Journal fur Landwirthschaft, 1875.

(2) Journal de l'agriculture, de Barrai, 1875, p. 253 et Traité de zootechnie, 2« édit., t. IV, p. 310.

Il estbien entendu que ces conclusions s'appliquentplutôt à la directiondes phénomènes qu'auxpbénomèneseux-mêmes, en raison de la minime importance du système pileux de l'homme relativement à celui des animaux qui ont servi aux expériences de Weiske ; néanmoins, nous avons jugé utile de les donner.

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