‹ Point de lendemain (volume 2)Chapitre 2 sur 3 · l'AS-SAGE CHOISEUL · texte numérisé non relu

l'AS-SAGE CHOISEUL

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Balzac, dans sa Physiologie du mariage, met en scène le baron Vivant Denon, alors haut dignitaire de l'Empire, et lui fait raconter, à la fin d'un dîner donné à quelques intimes par le prince Lebrun, l'aventure personnelle qui est le sujet de Point de lendemain. Le Champagne a délié les langues, provoqué l'expansion, et Ton est sur le chapitre des ruses féminines. L'aimable vieillard (Denon avait alors 63 ans) soutenait qu'il était impossible à un galant homme de résister victorieusement au caprice d'une femme, quelque bonne résolution qu'il eût prise d'avance, et, mis au pied du mur, forcé d'alléguer ses preuves, faisait, en prenant maintes précautions oratoires, le récit en question. Il eut beau calculer ses paroles et

n'indiquer les situations que d'une façon mystérieuse, les dames regrettèrent plus d'une fois, nous dit Balzac, d'être privées du secours de leur éventail, mais elles n'en tombèrent pas moins sous le charme, tant le spirituel causeur avait mis d'art à esquiver les difficultés de la narration. En mémoire du vif succès qu'il avait obtenu, Denon leur offrait à toutes, quelque temps après, la petite plaquette de Point de lendemain, imi>r[mée par Pierre Didot, 1812, et tirée à 25 ou 30 exemplaires, autant d'exemplaires seulement que de convives. Sainte-Beuve ne connaissait que cette édition rarissime, car en signalant Point de lendemain aux curieux {Portraits littéraires, tome P"", 18o2) comme « le seul conte qui fût vraiment délicat, dans le genre erotique '>, il ajoutait : « On peut le citer sans danger, puisqu'on ne trouvera nulle part à le lire. » Le critique ignorait, non seulement que Balzac l'avait reproduit en entier dans sa Physiologie du mariage, mais que Dorât l'avait imprimé dès 1777 dans ses Mélanges littéraires on Journal des Lames, puis dans son Coup d'œil sur la littérature (1780, in-8), qu'enfin une réimpression en avait été faite en 1802 dans les Cinq Aventures ou Contes nouveaux en prose, par M. Dorât, où le litre de Point de lendemain est remplacé par celui de : les Trois hifidélités ou CEnvieuse par amour.

On ne sait donc pas au juste si ce joli conte est de Vivant Denon ou du chevalier Dorât ; l'hypothèse la plus vraisemblable est qu'il appartient aussi bien à l'un qu'à l'autre. Vivant Denon, homme à bonnes fortunes, brillant causeur, qui amusait Louis XV et M'"^ de Pompadour, peut fort bien avoir conté à Dorât, son ami et son maître, vers 1777, un épisode romanesque dont il venait d'être le héros : l'héroïne, d'après les on-dit, ne serait autre que la belle FannydeBeauharnais, qui fut aussi l'amie de Dorât,

comme de bien d'autres, et l'Égéiie de Restif de la Bretonne. Dorât, n'aurait eu qu'à se souvenir pour écrire Point de lendemain, et l'on s'expliquerait comment celui que ses contemporains appelaient le ver luisant du Parnasse, a, sous la dictée d'un autre, produit ces quelques pages plus sobres, moins maniérées que tout ce qu'on connaît de lui; d'un autre côté, Denon se trouvait bien autorisé plus tard à revendiquer, comme sienne, une œuvre qui lui appartenait à plus d'un titre.

Quoi qu'il en soit, cette légère cscpiisse des mœurs du xviii'^ siècle, ce petit poème de la frivolité élégante, a, depuis longtemps , acquis l'estime des connaisseurs. Maintes fois réimprimé depuis Sainte-Beuve, Point de lendemain, n'a plus aujourd'hui la saveur du fruit défendu; mais il n'a rien perdu de sa valeur littéraire, et les gracieuses compositions de M. Avril lui donneront de plus, en le rajeunissant, une valeur artistique dont il a été jusqu'à présent privé.

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