DIALOGUE VIF ET EMBROUILLE
L'image du charmant trio de Saint-Roch resta profondément gravée dans l'esprit de René, et le soumit bientôt à des tortures toutes nouvelles pour lui. Ces tortures se devinent. 11 se demandait s'il pourrait, avec un seul cœur, suffire à trois amours, ou s'il ne devait pas, comme le berger Paris avec les trois déesses, opter en faveur de l'un d'eux. La ques-
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tion, ainsi posée, il l'examina sous toutes ses faces, et alla chercher la solution de ce prol)lème éminemment sentimental jusque dans les replis glacés du syllogisme. Sa conclusion fut celle-ci : Gomme pour n'en aimer qu'une seule il fallait en oublier deux, il résolut de les aimer toutes les trois.
René n'était ni un don Juan ni un Faublas. C'était un de ces jeunes gens comme il s'en trouve tant à Paris, qui taxent de coquettes et de légères les femmes qu'ils n'ont pu fléchir, et qui, par discrétion toujours, ne s'expliquent jamais sur leurs bonnes fortunes. Du reste, bien élevé, digne enfin d'être pris au sérieux.
Le jour même, sans plus larder, il se mit à la recherche de ses trois inconnues.
Le cierge qu'il avait fait ])riiler à Saint- Roch lui avait procuré une amie dans la place. Il retourna à l'église à l'heure des vêpres, pensant peut-être retrouver les mêmes fidèles qu'à la messe. Son attente fut déçue. Il ne retrouva que la vieille femme près de son candélabre. Il lui demanda si elle ne connaissait pas' les trois pénitentes qui, le matin même, avaient occupé trois chaises qu'il désigna.
La vieille femme lui donna, à cet égard, une explication qui fut sans profit pour lui. Elle lui apprit que les fidèles assistant aux offices divins apparte-
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naient à deux catégories : les habitués connus de la fabrique, qui avaient leurs places dans une enceinte séparée, puis les passants qui occupaient les cliaises banales placées dans les galeries, et dont on ignorait le nom.
René, se rappelant que Jésus avait dit à saint Pierre : « H y a des places distinctes dans la maison de mon père, » se garda bien de critiquer une mesure administrative en harmonie si parfaite avec l'Ecriture sainte.
Pour terminer son entretien avec la vieille femme, et se la rendre propice pour le cas où il aurait, par la suite, l^esoin d'elle, il fit brûler un second cierge, au même prix que le premier; puis il sortit de l'église plein de foi dans l'avenir.
Il se livra, pendant les jours suivants, aux recherches les plus actives, aux explorations les plus fatigantes. 11 ne croisait pas une voilure sans en sonder la profondeur, il ne passait pas devant une croisée ouverte sans attendre qu'on vînt la fermer. Le but de ses recherches était d'autant plus vague, qu'il s'étendait à Paris tout entier ; car si l'usage parque les comtesses dans le faubourg Saint-Germain, et les lorettes dans le quartier Breda, ce principe n'a rien d'absolu, et YAlmatiach des vingt-cinq mille adresses est là pour consacrer de nombreuses exceptions. Quant à des grisettes, il y en a partout. Elles dis-
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putent aux liirondelles les combles de tous les quartiers.
Aussi, pénétré de celte vérité, marchait-il devant lui au hasard, sans but et sans direction, comme un navigateur privé d'étoiles et de boussole, concevant les idées les plus bizarres, se berçant des plus folles espérances, entrant fièrement dans un hôtel en rêvant à une grisette , ou frappant à un sixième en demandant une comtesse ; visitant avec soin les spectacles, les guinguettes, les bals publics, les restaurants à la mode, les établissements de bain, les bureaux d'omnibus, les embarcadères de chemin de fer, enfin marchant, marchant toujours comme le Juif errant, et succombant le soir de fatigue et d'impatience.
Ce manège dura plusieurs jours. 11 serait bien retourné à Saint-Roch, mais il jugea que des femmes qui n'assistaient pas à vêpres le dimanche ne devaient pas aller à la messe dans la semaine.
Le samedi fut pour lui un jour de fête : d'abord parce que c'était la veille du dimanche, et qu'il comptait retrouver à l'église celles qu'un malin génie semblait soustraire à ses recherches, et puis parce que le soir même il y avait bal à l'Opéra, et que l'une d'elles, si ce n'est toutes les trois, devaient, selon ses prévisions, venir à ce bal. René avait assez l'expérience du monde pour apprécier d'avance combien il
serait avantageux pour lui de rencontrer ses trois ia- K^onnues au bal masqué, ce terrain si glissant pour la femme. 11 pensait, avec raison, que dans nos mœurs le masque n'est qu'un piège tendu par le plaisir à la vertu, qui oblige toute femme jolie à ressaisir avec son cœur le tribut d'hommages dû à ses attraits cachés, et dont elle ne fait jamais remise.
Si donc le hasard les amenait à l'Opéra, au lieu de fuir à son approche, comme elles n'eussent pas manqué de le faire dans la rue, elles devaient infailliblement venir à sa rencontre, et user à son profit du droit superbe conquis en entrant.
Le bal, ce soir-là, était resplendissant. Strauss avait déchaîné sa musique infernale, et avec son bâton, qu'on aurait pris pour le trident de Neptune, réglait le flux et le reflux de la mer orageuse qui bouillonnait à ses pieds, menaçant de le porter en triomphe. La poussière que les trépignements des danseurs soulevaient en nuage jetait sur la lumière des lustres une sorte d'obscurité qui déroulait les yeux. Les assistants pratiquaient entre eux la fraternité carnavalesque. Des pierrots placés au paradis accostaient des laitières exécutant la pastourelle. Des Turcs orientalement couchés sur les banquettes du parterre envoyaient des baisers à des dominos roses, gardés à vue dans une loge de face, et recevaient en échange du sucre do pomme et des pistaches au cho-
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colat. Une bergère des Alpes prodiguait son plus doux sourire, son œillade la plus assassine à un garde municipal, pour obtenir la faveur de conserver sa lioulette pastorale qu'on voulait reléguer au bureau des cannes et des parapluies. Entre les portes du foyer, c'était un autre spectacle : c'était là que se débitaient ces compliments musqués, ces fadaises mytjiologiques pillés dans le catalogue de Legouvé ou de M. de Florian. Les puissances étrangères y étaient toutes représentées, et par les protestations faites de part et d'autre l'équilibre européen paraissait plus stable que jamais. L'Angleterre et la Russie étaient aux pieds de la France, désireuses de resserrer avec elle les liens de l'entente cordiale. La France faisait encore des siennes, et étalait aux yeux de ses rivales ces manières de grand seigneur qu'elle conserva toujours.
Après une lutte assez violente, René parvint à entrer dans le foyer, domaine exclusif des dominos et des habits noirs. Il le traversa deux fois dans sa longueur, escarmouchant avec des ft-mmes qui le connaissaient sans doute, mais incapables de piquer sa curiosité dans l'état présent de son esprit. Avec ce découragement qui s'empare si vite des amoureux, déjà René sentait s'évanouir toute l'espérance qu'i avait fondée sur l'Opéra, lorsque, près de l'horloge, qu'il regardait machinalement, il fut abordé par un
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domino blanc, qui vint sans façon lui demander son bras.
— Mon beau cavalier, lui dit alors le domino, la première lieure de dimanche te trouve à l'Opéra ; à la onzième, tu seras à Saint-Rocli comme dimanclie dernier.
René comprit tout de suite qu'il se trouvait en face d'une de ses trois pénitentes, mais en face de laquelle ? Puis, songeant combien le langage qu'il fallait tenir à l'une devait différer de celui qu'il importait de tenir à l'autre, il se mit sur ses gardes, et prit pour devise la prudence, convaincu que sa charmnnle interlocutrice ne tarderait pas à se trahir ellemême.
— En effet, mon enfant, j'étais à Saint-Roch dimanche dernier. On y rencontre de si jolies femmes que je me propose d'y retourner.
— Pour les attendre à la porte, les voir disparaître à droite et à gauche, et rester là immobile comme une statue.
— Tu me railles, méchante, et tu semblés oublier que je te tiens en mon pouvoir. A l'église, arrêté par la sainteté du lieu, j'ai dû m'en tenir à la contemplation; dans la rue, les convenances ont comprimé l'élan de ma curiosité, mais ici j'ai des droits immenses, et si tu voulais fuir je courrais après toi.
— Tout cela ne m'effraye pas, et je te suppose trop
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bien élevé pour vouloir, même à l'Opéra, faire quelque cliosequi me contrarierait. Mais revenons au but. Il y avait à Saint-Roch trois femmes, à laquelle croistu parler en cet instant ?
— J'avouerai naïvement que je ne m'en doute point, et, pour me mettre à l'abri de toute fausse interprétation, j'ajouterai que je n'entends point dire par là qu'un masque et un domino suffisent pour combler toutes les différences sociales qui existent entre les trois femmes de Saint-Rocli dans lesquelles j'ai parfaitement reconnu une comtesse, une loretle et une grisette. Mon explication peut être à la fois un compliment ou une impertinence. Si tu es comtesse, c'est un compliment; si tu es lorette ou grisette, c'est une impertinence. J'aurais pu, en émettant l'opinion contraire, mettre de mon côté deux chances favorables ; mais avant tout je suis franc, et je persiste à dire que la comtesse, la lorette et la grisette sont charmantes dans leur position respective, mais que la comtesse ferait une lorette insipide, la grisette une comtesse ridicule, et la lorette une grisette révoltante.
En cet instant, le domino parut éprouver une sorte de mouvement convulsif, qui lui fit serrer davantage le bras de René.
— Et s'il te fallait choisir entre ces trois femmes, à laquelle donnerais-tu la préférence ?
— Tu m'adresses là une queslion fort embarrassante et à laquelle je ne saurais vraiment répondre.
— Cela jai'élonne, car tu m'as déj?i vanté ta franchise.
C'est vrai, mais en intrigue amoureuse, c'est une qualité que je mets ordinairement de côté ; cependant avec toi, je veux bien continuer d'en faire usage. Je les aime toutes les trois également.
— Présomptueux I tu ignores donc qu'il ne faut pas courir après trois lièvres à la fois. Ce qui est vrai à l'égard des lièvres, l'est au moins autant à l'égard des femmes. Ainsi, dimanche, quand des chevaux fougueux emportaient mes superbes rivales, pourquoi ne m'as-tu pas suivie, moi qui n'avais pour fuir que mes deux jambes que voilà? ajouta-t-elle en faisant voir ses petits pieds de satin.
— C'est vrai, ma l)eUe, j'ai été bien maladroit et bien coupable, et voilà près de imit jours que j'expie dans des tourments affreux la sottise que j'ai faite, dit René, qui croyait, à partir de ce moment-là, parler à la grisette, car je te suppose aussi bonne que belle ; et si j'étais allé frapper à ton humble demeure, tu m'y aurais accordé une place, tandis que la grande dame ou la courtisane m'eussent fait jeter brutalement à la porte par quelque laquais insolent. Oh ! pardon...
En cet instant le domino blanc tressaillit encore :
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René crut que c'était d'amour, tandis que c'était de rage. Le maladroit parlait à la comtesse.
— Il faut que je te quitte, ma mère me cherche sans doute.
Puis le domino disparut aussi brusquement qu'il était arrivé jusque-là.
— Ail ! j'étais bien sûr, se dit René, que mes petits anges viendraient à l'Opéra ; et tout à cou]) il fut arraché de ce soliloque par un domino rose.
— Je ne croyais pas que ceux qui font brûler des cierges foulassent jamais une terre aussi profane que le foyer de l'Opéra.
— Ah! se dit René, ma seconde pénitente. Je quitte la grisette, tâchons de découvrir avec laquelle des deux autres je me trouve aux prises.
— A la rigueur, ma belle, je pourrais, avant que de te répondre, l'adresser la même question ; mais je préfère agrandir le cercle de la conversation. L'espérance de te rencontrer ici a un peu contribué à m'y faire venir, et tu dois le comprendre, car si tu trouves le moyen d'être aussi impudique à l'Opéra que tu parais pieuse à Saint-Roch, c'est an spectacle dont je ne voudrais pas me priver.
— Ceci est passablement insolent, et je n'en attendais pas moins de ta part. Tu portes sur ta personne l'empreinte de la distinction, et lu le sais, de la distinction à l'impertinence, la différence est si peu
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sensible qu'il faudrait le regard de l'aigle pour la discerner. Au surplus, rassure-toi, je serai bonne fille, et si je viens à ta rencontre, c'est moins dans le but de te tourmenter, que de savoir par moi-même si tu m'as comprise.
— Je devine ta pensée. 11 y avait à Saint-Roch trois femmes également jolies, tu me cherches pour savoir laquelle je préfère.
— Eh bien! oui, je ne m'en défends pas.
— La question est délicate ; vous étiez si belles toutes les trois.
— Oh ! j'imagine que tu as su juger chacune selon son mérite. La beauté est un don vulgaire que Dieu prodigue à la mansarde comme au palais ; ce qui fait qu'il ne suffit pas qu'une femme soit jolie pour qu'elle soit enviable. S'il en était ainsi, nous aurions toutes la même valeur, el je n'entends pas plus accepter l'égalité du domino que la rivalilé à Saint- Roch.
— 11 y a du vrai dans tes paroles. Cependant, dussent mes réponses t'indisposer contre moi, je dirai qu'il en est un peu des femmes comme des médailles. Le visage pour les unes, l'effigie pour les autres, en déterminent seuls la valeur. Le reste n'est que d'un intérêt secondaire.
— Oh ! les hommes ! dit le domino avec rage, dès qu'on les approche, ils perdent tout leur prestige. A
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Saint-Roclj, sous l'empire de ma première illusion, il me semblait que j'étais la seule qui fixât ton attention. Je croyais follement que loin de redouter le voisinage de ses compagnes, la grande dame effaçant, par les rayons de sa splendeur, le faux éclat de l'une et l'obscurité de l'autre, serait jugée selon son mérite. Je me suis trompée, et j'apprends, aux dépens de mon amour-propre, que tu as su amoindrir mon mérite autant que je m'étais plu à augmenter le tien.
— Oli ! pardon, comtesse, dit René, aie pitié de moi, tu lèves le bandeau qui m'aveuglait. Je ne t'ai pas méconnue un seul instant, et crois bien que si j'avais pu suivre tes chevaux fringants, je serais allé m'installer dans ton bôlel en dépit de ton mari que je déleste, et de tes laquais que j'aurais gorgés d'or.
Le domino tressaillit de tous ses membres. René crut que c'était de joie. C'était encore de rage. Le maladroit parlait à la lorette.
Elle se dégagea do ses bras avec la souplesse d'un serpent, et se perdit dans la foule.
— La malheureuse! se dit René, elle est subjugée, et s'en va chercher son salut dans la fuite.
Fatigué par cette seconde épreuve, aussi rude que la première, René cherchait un siège vacant pour prendre un peu de repos et méditer tranquillement
sur son double triom{)!ie: un fauteuil le reçut à bras ouverts, et bientôt il entama un second soliloque.
— Si je rencontre ma troisième passion, mon rôle sera bien plus facile. Grâce à la marche algébrique de mes tii[iles amours, jo sors enfin de l'inconnu pour entrer dans le domaine du connu. La gvisetle et la comtesse ont bien pu se jouer de moi, exploiter mon e&ibarras à leur profit, me poser des questions insidieuses [tour s'en faire plus tard des armes contre moi; mais quant à la troisième, si je la rencontre, il me suffira, pour toucher son cœur, de décliirer un peu ses rivales.
11 est probable que son esprit, naturellement actif, aurait continué fort longtemi)S à enfanter des raisonnements de cette force-là, si un domino bleu comme l'azur du ciel ne fût pas venu l'arracher presque aussitôt de son siège ; celui-là paraissait avoir pris plus de précautions que les autres pour rendre toute reconnaissance impossible. Ses bras étaient perdus dans des flots de salin. Un immense capuchon, retoml)ant sur son masque, ne laissait point passer un cheveu.
— Peine inutile, se dit René.
— Eh bien! mon beau croyant, le ciel n-t-il daigné exaucer tes vœux , et le cierge de Saint- Roch a-t-il fait entrevoir les limites de la terre promise?
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— Mon cierge fait des miracles pour l'instant, et au lieu , comme Moïse , de me faire courir après la terre promise, il fait venir la terre promise à moi, dit René en saisissant le domino par la taille.
— Oui, mais avant que d'en prendre possession, dit le domino en se dégageant, je voudrais savoir jusqu'à quel point ce compliment s'adresse à moi ; car enfin, je n'étais pas seule à Saint-Rocli ; il y avait près de moi deux rivales qui ont peut-être pu me devancer. Aujourd'hui, la concurrence est telle, qu'elle se pratique même en amour.
— Plus de doute, se dit René, c'est la lorette qui se plaint des empiétements faits sur le domaine de la galanterie.
Rassure-toi, ma belle, j'ai su faire à chacune sa part.
— Mais ce n'est pas me répondre, et si lu veux dire par là que tu ne m'as accordé que le tiers de ton cœur, cela ne peut me suffire. Je suis comme le lion : il me le faut tout entier.
— Voyez-vous l'ambitieuse qui redoutait ses rivales. Mais je ne te ferai pas languir plus longtemps. Je me considérerais comme indigne de porter des manchettes si j'avais pu hésiter un seul instant entre les trois femmes de Saint-Roch. Soupirer pour une
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comtesse, probablement flanquée, comme toutes les autres, d'un mari jaloui et de petits chiens insupportables. Fi donc ! Quant à la grisette, dispense-moi d'en tenir compte. La grisette est une illusion de M. Paul de Kock à laquelle je ne crois pas, qui habite les mansardes où je ne grimpe jamais, et le bois de Romainville, que je ne puis souffrir. Toi seule, ma belle Phrynée, as su me plaire. Ton cœur est désormais la place où je veux vivre, et je demande une installation prochaine.
11 est inutile d'expUquer, pourquoi cet aveu fit fuir le domino bleu, sans en demander davantage.
Se voyant seul, pour la troisième fois, René voulut sortir du foyer où la circulation était plus libre. L'aspect du bal était complètement changé. Les fleurs, fanées sur leur tige, semblaient pleurer leur fraîcheur passée. Les bougies, perdues dans la poussière, étaient bouffies comme les étoiles par un temps de brouillard. Des masques, exténués de fatigue, essayaient, mais en vain, de ranimer le vertige de la danse. Quelques dominos fanés circulaient comme des spectres dans le foyer désert, espérant trouver, avant le lever de l'aurore, ce que Diogène cherchait en plein jour. Cette agonie de la fête, où la joie rend son dernier soupir, l'orchestre sa dernière note, le danseur son dernier coup de pied, le masque sa dernière sottise, la bougie sa dernière lueur, forme
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pour ainsi dire le tableau vivant de l'humanité déchue.