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LE BANQUET DES MAIRES

compris plus tard, et, si le mot ne paraît pas trop prétentieux, il est certains faits qu'il faut réserver à l'histoire.

Nous avons été soutenus par l'unanimité du pays républicain, trouvant l'expression de ses sentiments de fidélité dans les innombrables vœux de ses conseils généraux et de ses conseils d'arrondissement. Et voici qu'aujourd'hui votre présence dans cette grande et belle capitale, dont il ne faut jamais prendre les caprices pour des opinions, est venu nous donner l'assurance que nous avions su répondre aux volontés du pays.

Je regrette que ni le temps ni les circonstances ne m'aient permis de recevoir tous les maires qui m'ont fait l'honneur de se présenter ici : permettez-moi de saluer en vos personnes l'ensemble de ces vaillants serviteurs de la République. Ils lui ont donné l'inoubliable journée du 22 septembre 1900.

Inoubliable journée qui nous reporte naturellement plus de cent années en arrière, vers cette fête de la Fédération du 22 septembre 1792. Alors, tous ceux qui pensaient et tous ceux qui souffraient, avaient mis déjà dans la République, avec le meilleur de leurs espérances, leur inébranlable confiance; et n'estimezvous pas que nous serions bien coupables d'être moins confiants que ces nobles devanciers, nous qui avons pour gage de l'avenir les affirmations du passé? N'estimeriez-vous pas que, jugeant la République intangible, ainsi que le disait hier le chef de l'Etat, parce qu'elle a donné de sa souveraine puissance des preuves éclatantes, il convient de se rappeler que, s'il est des heures où l'on doit se faire craindu^AV <ssv est d'autres où Von doit se faire aimet'l ^fetfX\s»^ \*& réformes que sollicite l'opinion, c'esV. etv^t^ &fe!tefc&**

la République, et on ne risque pas de s'égarer quand on a le ferme propos de gouverner par et pour la démocratie.

Le Conseil général de la Loire avait invité M. Waldeck- Rousseau à l'inauguration de la nouvelle préfecture de Sain t-É tienne. Le président du Conseil se rendit donc dans cette ville le 11 janvier J902, accompagné de MM. de Lanessan, ministre de la marine ; Millerand, ministre du commerce ; Decrais , ministre des colonies ; général André, ministre de la guerre. Au cours des fêtes, qni durèrent denx jours, M. Waldeck-Rousseau prononça plusieurs discours*.

Au banquet offert aux membres du Gouvernement dans les salons de la préfecture, le président du Conseil, en réponse aux toast du président du Conseil général et de M. Reymond, sénateur, doyen des représentants de la Loire, s'exprima en ces termes :

Messieurs,

Vous ne serez pas surpris que je tienne d'abord à remercier le doyen de notre représentation, mon ami Reymond, des paroles si encourageantes qu'il a bien vouLu m'adresser. Elles émanent d'un homme qu'entoure ici et ailleurs l'estime de tous les partis, et je salue en lui l'unité d'une belle existence dédaigneuse de toute préoccupation personnelle et entièrement consacrée à la défense des intérêts généraux du pays et à la défense des intérêts de ce département.

M. le président du Conseil général, dans une revue d'une précision saisissante, a retracé tout à l'heure l'œuvre accomplie par les représentants du département de la Loire au Conseil général depuis 1871. La

/. Voir plus loin la Colonisation française, et, dans le volume intitulé La Défense républicaine, \fc àtararorc sur J'union des républicains à la \eiV\e des <Aec\.\ctty=>.

loi de 1871 a, en effet, associé, et de façon la plus heureuse, les représentants élus du suffrage universel à l'administration même du pays. Elle a, par là môme, établi entre le pouvoir central et les représentants autorisés de chaque région une collaboration nécessaire. On peut dire que partout l'initiative de ceux-ci, la bonne volonté de celui-là ont donné à l'administration des affaires du département une activité tout à fait nouvelle. Mais nulle part, je croiSj elle ne s'est traduite par de plus heureux effets que dans la Loire.

Je dois d'abord louer le rôle prépondérant joué par le Conseil général dans toutes les œuvres d'instruction. Nulle part, l'instruction, l'éducation, qui peu à peu forment une nouvelle France, plus forte parce qu'elle sera plus instruite, n'ont absorbé d'une façon plus continue un effort plus persévérant.

A l'œuvre considérable que vous avez accomplie dans le domaine de l'enseignement il faut ajouter celle non moins importante que vous avez entreprise dans le domaine de la prévoyance et de l'assistance. Toutes les lois, qui ont abordé des questions de ce genre, qui ont appelé sur ce point l'attention publique, ont eu ici leur répercussion immédiate. Et M. Audiffred avait raison de dire que souvent l'initiative du département avait devancé l'initiative de l'état. C'est ainsi que depuis longtemps vous avez institué des pensions d'invalidité pour la vieillesse. Mais ce n'était pas assez. Il y a, hélas ! dans la clientèle souffrante d'un département bien des vieillards qui ne peuvent être hospitalisés ni chez eux, ni chez un patron, ni chez un ami ; aussi avez-vous songé à développer votre œuvre et à créer des asiles de retraite. Dans cet otdx^ de faits \ous pouvez compter sut \fc c,WLÇ«\ttsAfc ^s»& absolu du Gouvernement.

Dans le discours si intéressant de M. le président du Conseil général, beaucoup de desiderata sont exprimés, beaucoup de vœux sont émis, beaucoup de questions sont posées. Mais comment en être surpris à moins de ne pas connaître ce département où se reflète toute une partie de l'activité française pourtant si multiple, où se trouvent rassemblées et se coudoient des industries qui, partout ailleurs, sont éparses, disséminées, éloignées, les unes des autres ? Tandis qu'à la surface les innombrables usines dressent leurs constructions toutes pleines de la noble rumeur du travail, sous la terre un monde souterrain voit une autre armée de travailleurs percer des galeries, arracher au sol l'une de ses premières richesses, la force, la chaleur et la lumière du lendemain.

La Loire travaille ainsi le fer, l'acier, extrait la houille; et les mêmes mains robustes, endurantes, qui savent manier le métal, se font ingénieuses et délicates pour tisser la soie, pour fabriquer le ruban et le velours.

Il n'est donc pas surprenant qu'une telle activité demande à être servie par un organisme en rapport avec ses besoins. Et c'est à ceux-ci que répond cette institution déjà ancienne qui a fait ses preuves et qui chaque jour rend non seulement à l'industrie du département, mais à l'industrie de la France tout entière, des services signalés : l'École des mines de Saint-Étienne. Ce matin même j'avais l'occasion de dire à ses représentants dans quel sentiment d'équité, en même temps que de bienveillance, le Gouvernement examinerait ce que j'appelle déjà — je préjuge peut-être un peu le fond — ses justes revendications. File se recommande d'eWe-mfcmfc k\^ n\£\\*xvw> ^

pouvoirs publics et l'utilité qu'il y a à la ramener à un régime plus semblable à celui dont jouissent tant d'autres grandes Écoles de l'État est incontestable; qu'il me soit permis de lui rendre un hommage d'une nature particulière : elle est un admirable exemple de décentralisation, et c'est un légitime sujet d'orgueil pour un pays que de pouvoir, tournant ses regards vers une de ses provinces, y apercevoir une institution d'où sortent de tels hommes, de si bons serviteurs de l'industrie et, par là-môme, de si bons serviteurs de leur patrie.

Une autre question, et celle-là d'un intérêt suprême pour le département de la Loire, c'est celle qui se pose à l'occasion de la création du canal de jonction du Rhône à la Loire. Récemment, mon attention a été sollicitée de nouveau par cette question si digne d'intérêt et je constatais dans les rapports de vos ingénieurs, qui en vérité constituent une page d'histoire, qu'il n'y a pas moins d'un siècle et demi que la création de ce canal est considérée comme nécessaire à la grande industrie; et quand on songe que cette idée est seulement près d'aboutir, cela est fait pour donner à d'autres pensées des espoirs que ne viendra pas décourager la longueur du temps. Un siècle et demi pour que des communications s'établissent entre le nord, l'ouest et le midi du même pays!...

Le caractère de l'œuvre à entreprendre est grandiose; malheureusement, on ne fait pas d'œuvre grandiose sans dépenser beaucoup d'argent, et le chiffre énorme de 150 millions, pendant longtemps, a fait hésiter, je ne dis pas reculer, l'administration des travaux publics. J'ai été assez heureux pour faire comprendre à cette administration qtfww %rax\&. \^ comme la France ne devait pas Yife&ltet dftfc&\«*k^-

tion d'une pareille entreprise. Et ce canal est enfin entré dans un projet de loi* que le Gouvernement a déposé, et qui a pour but de compléter l'outillage de notre commerce et de notre industrie en complétant le réseau de nos voies de communication.

Alors, pour le département de la Loire, se pose une question fort 'grave. Vous savez quelle est l'économie du projet de loi; tous les travaux qui figurent au tableau annexé au projet peuvent être mis à exécution par voie de simple décret; ils sont préjugés être d'intérêt public; aussitôt apparaît cette conséquence que la dépense doit être supportée moitié par l'État, moitié par le département. Mais, je le disais ce matin à M. de Montgolfier, cer canal intéresse trop de départements, il a une importance trop grande au point de vue national pour qu'on puisse ici appliquer cette règle invariable, inflexible, de la moitié pour chacun à l'exécution d'une œuvre semblable. Il faudra donc présenter un projet de loi spécial pour établir l'étendue des sacrifices à consentir. Ces sacrifices, les représentants de la Loire, soit au Conseil général, soit à la Chambre de commerce, sont trop pénétrés de la nécessité de les accepter, si lourds qu'ils soient; ils sont trop disposés à aller, sans les dépasser, jusqu'aux limites des dépenses nécessaires, pour hésiter un instant à les faire. Dans ces conditions des négociations pourront promptement s'ouvrir, et j'espère les voir aboutir à bref délai.

Messieurs les maires, je m'adresse à vous en terminant cette courte allocution; je veux vous dire combien je suis heureux de l'unanimité avec laquelle vous avez répondu à l'invitation des organisateurs de ce banquet.

On ne reste pas longtemps &yv mvtùsXktfc fo\\w\k-

térieur — et je me félicite de la bonne fortune qui me permet de faire cette constatation devant les maires de la Loire — sans apprécier les services incomparables que rendent au pays tout entier, à sa grandeur et à sa prospérité, toutes les municipalités, petites ou grandes. Elles sont les premières assises de notre édifice national. Avant que la loi de 1884 eût élargi la sphère de leur action, n'était-ce pas nos lois constitutionnelles ou organiques qui faisaient d'elles des interprètes de l'opinion et le berceau de cette grande assemblée que Gambetta baptisa de ce nom glorieux : le grand Conseil des communes de France ?

Il m'est aussi particulièrement agréable, croyez-le bien, de rendre à beaucoup d'entre vous la visite qu'ils ont bien voulu me faire au mois de septembre 1900. Cette date du 22 septembre 1900, pour tous sans exception, restera historique. Elle rappellera une des grandes consécrations de notre unité nationale qui est, ne le perdons jamais de vue, la source à laquelle la patrie puise son indestructible vitalité.

C'est donc aux maires de la Loire que je demande la permission de lever mon verre, aux représentants les plus immédiats de ce grand pays d'où la France tire toute une part de sa gloire industrielle et où la République a toujours trouvé ses meilleurs serviteurs.

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