‹ Politique provincialeChapitre 6 sur 28 · LA CONDUITE DU JUGE · texte numérisé non relu

LA CONDUITE DU JUGE

Sur quoi repose cette accusation ? Quand les passions politiques se seront tues, quand le calme sera descendu dans les esprits, on pourra difficilement croire qu'un juge de trente années d'expérience, présidant une cour de justice dans un pays britannique régi par le droit criminel anglais, si soucieux de l'honneur et de la liberté du citoyen, ait permis à l'Epine de produire, pour contenancer son témoignage, des lettres absolument étrangères au procès, lettres qu'il avait échangées avec des compatriotes en Belgique, sans lui imposer l'obligation préalable, première, indispensable, nécessaire de prouver qu'en écrivant ces lettres, il était mon mandataire, mon agent, en d'autres termes, qu'il tenait la plume pour moi. Je ne m'adresse pas, en ce moment, je le sais, à une assemblée de juristes et je ne désire pas non plus faire une conférence sur les règles de la preuve, en matières civiles et criminelles ; mais la loi, c'est la raison, c'est le sens commun, et il n'est pas besoin d'un long discours, ni d'être un grand clerc, que je sache, pour démontrer qu'au point de vue de la raison, de la justice du sens commun, du droit, en un mot, on ne peut invoquer contre un homme que ce qu'il a fait ou que ce qu'il a dit, ou que ce qu'il a autorisé quelqu'un à faire ou ù dire pour lui-même. Il ne suffit pas d'écrire qu'on est autorisé, mais il faut commencer par l'établir. Si l'Fpine avait écrit en Belgique que je l'avais chargé de tuer quelqu'un, est-ce qu'on aurait pu, de ce chef et de cette lettre,, m'accuser de tentative d'homicide ? Le crime eût été plus grand, mais le droit est le même et la règle est la même. Non, il est véritablement crispant que la sénilité d'un juge, ou sa passion politique, m'impose l'obligation de rappeler des principes aussi élémentaires.

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