‹ Politique provinciale des différentes administrations depuis 1867Chapitre 1 sur 19 · DISCOURS DE L'HON. T. CHAPAIS · texte numérisé non relu

DISCOURS DE L'HON. T. CHAPAIS

Messieurs les électeurs,

Je suis heureux de voir ici réunie une aussi magnifique assemblée, on irait que nous sommes en pleine période électorale tant il y a d'activité politique dans la province depuis quéique temps. C'est un encourageant symptôme ; cela nous fait croire que l'opinion publique se réveille en‘in après une assez longue période d'engourdissement.

Vous avez eu dernièrement, dans ie comté de Bellechasse, une grande assemblée libérale. MM. Gouin et Tur- &eon en ont été les p'iacipaux oratcurs. Auparavant, M. Gouin avait parlé à Châteauguay et à St-Eustache.

Ces messieurs sentent le besoin de se détendre, de défendre leur politique, leurs actes, dénoncés énergiquement par des libéraux aussi bien que par les conservateurs. M. Turgeon, à St-Mi.

chel, a presque uniquement plaidé ‘a propre Cause, D'autres orateurs se sont chargés de disséquer ici son plai.

doyer ‘ pro domo ”. Je me propu-e de consacrer quelques instants à M.

Gouin avant de jeter avec vous un coup d'oeil G’ensemble sur la situation j”cvinciale.

La politique provinciale depuis la Confederation

M. Gouin a jugé bon de faire un pen d'histoire, mais il a prouvé qu'il lui Manque deux des qualités maftresses de l'historien : l'exactitude et l’impartialité. Le résumé qu'il a fait à

Châteauguay des administrations

provinciales, depuis la Confédération, Le fait honneur ni à ses connaissances

politiques, ni à sa sincérité. D'après lui, les administrations conservatrices ont toutes éLé incapabies, extravagantes, lorsqu'eiles n'ont pas eté malhonnètes. Par contre, les administrations libérales ont été pr'ogressives, écono- Mes, inlesres, eL Ont fait jouir la province d'une prospérité extraordinaire.

Le premier-ministre, me permettra de jui dire qu’un te! exposé éerait À Sa place, ‘out au plus dans la bouche ou sous a plume d'un hâbleur de husting, ou de journal ; mais qu'il est absolument indigne d'un homme politique sérieux, et surtout d'un chef de £vuvernement. Toute cette partie du discours de M. Gouin est un pitoyable tissu de fausses représentations. Nous allons le démontrer rapidement.

L'histoire politique de notre province peut se diviser en six périodes distinctes : 10 De 1867 à 1875 : ce sont les débuts du régime .

M. Gouin veut bien reconnaître qu’alors les choses n'ont pas été trop mal, Puisque nous avons eu des surplus.

Pour lui, les Surplus et les déficits, voilà le criterium infaillible de la valeur des administrations. 1] aurait aû r'entionn®r le chiffre des surplus totaux pour cette période. Ils ont été de #1,182,632,

20 De 1875 à 1884 : c'est une phase nouvelle. La construction de voies ferrées devient une nécessité urgente, si l’on veut donner l'essor au progrès de l1 province, qui est déplorab'ement c6- POurvue de voies de communication.

Songez-ÿ ; par la rive nord, durant six mois de l’année, on ne peut aller qu’en voiture de Québec à Montréal. Toute cette magaitique partie de la province €st sans débouchés.

Comme je gouvernement Ifbéral

d'Ottawa refuse de nous alder, le gouvernement de Québec se voit forcé a'assumer de lourdes responsabilités, L' escompte l'avenir et dote notre province de ces grandes voiles, le chemin de fer du Nord, le Québec-Central, le Québec et Lac St-Jean, le Montréal <t Ottawa, etc, C'est l'ère des chemins de ïcr ; la province se développe et progresse, mais en même temps la cette publique est créée, 'e bud.’et est chargé d'un service considérab'e d'intérêts et d'amortissements, et c'est ce qui explique les déficits durant cette période, où il faut dépenser sans pouvoir retirer encore de bénéfices des entreprises non complétées.

Voi:à ce que M. Gouin n'a pas dit, et ca qu'il aurait dû dire pour être exact et impartial.

30 Mais la province voit son horizon s'éclaircir. De 18S+t à 1887, c'est uue période de restauration des finances. Les intérêts sur le prix de vente cu chemin de fer du Nord ont accru 105 recettes ; le f ruvernement de Québec, M. Gouin 1 1 pas eu la loyauté de le reconnaître, obtient la première augmentation du subside fédéral, sous forme d'une indemnité pour la constr'ction de nos voies ferrées, et d’un im :ôt annuel payé sur des arrérages de subsides capitalisés, ce qui nous donne un revenu additionnel de &2934,000, D'autre part, contrairement à ce qu'affirme M. Gouin, le gouvernement loss diminue les dépenses ve $S100,000 à $200,000. Et à la fin de cette administration, on peut dire que l budget est en équilibre. M. Gouin a glissé sur cette période parce qu’elle a fait trop honneur au parti conserva-

teur.

Un oubli de M. Gouin

40 Maïs il a fait plus que glisser sur la période suivante, sur celle de

ISS7T à 1892. Il a sauté par dessus à pieds joints. Relisez, parcourez attentivement :e discours de Châteauguas.

Vous n'y trouverez pas un mot du ré- #ime Mercier. Pas une mention, pas une allusion, rien ! L’'historien est riuet. Pourquoi ce mutisme ? Pourquoi cette totale omission ? Pourq'10!

cette incroyable lacune ? Pourquoi ?

C’est que M. Gouin a eu peur. Il n'a

Pas eu le courage d évoquer le souveir de cette administration, qui aurait pu être féconde, et qui a été la plus désastreuse que nous ayons eue depuis lus. Je n'aime pas les récriminations rétrospectives ; elles sont le plus “uvent inutiles et stériles. Mais puisque M. Gouin a voulu faire de l’histoire, il faut bien que je le suive sur cc terrain et que je remplisse les vides de son oeuvre trop incomplète. Le gouvernement Mercier a duré près de cinq ans. Je ne serai pas injuste envers son chef. Comme valeur personnelle, il dépassait la stature orcinaire des homines publics. M. Mercier était admirablement doué pour le travail et pour la lutte. S'il eût été sun4rieur à l'épreuve de la prospérité, fl eût pu accomplir de grandes choses pour sa province, et pour 68a rare.

Mais, comme il est arrivé à tant d'autres hommes forts avant lui, le succès lui fut un fatal écueil.Le vertige de la grandeur iui tourna la tête. Et son règne fit à la province un mal dont £lie se ressent encore après vingt ans.

Comment se fait-il que M. Gouin, qui aligne tant de chiffres dans £es discours, ait oublié les suivants : En cinq ans, de 1887 à 1892, le gouvernenent Mercier a augmenté les dépenses ordinaires de $1,500,000. Il a créé une dette flottante de 13 millions de piastres. Il a augmenté la dette consolidée de 7 millions de piastres. Il a cieusé un déficit de $1,458,000. Il a ruiné notre crédit au point d'être réduit à émettre des obligations provinciales, pour un terme de deux ans seu- Jement, et À des conditions qui équivaläient à 6 1-2 ou 7 pour cent d'intérêt par année. Il a vu s’accomplir dans son sein ou sous son égide ces retentissants scandales : les $100,000 de la Baie des Chaleurs ; les $60,000 de ia papeterie Langlais ; les $25,000 du Sylviculteur ; les $14,000 du Montréal e: Ottawa ; les $30,000 du Témiscouata ; les $5,000 de Lockwood ; ‘es $20,00 du chemin de fer de Hereford, etc. L'histoire, l'histoire) impartiale dira que ce régime nous a couverts de honte et nous a conduits à deux doigts de la ruine. Voilà quelle a été cette quatrième période à laquelle M.

Gouin n'a pas voulu toucher de crainte de 6’y brûler les doigts.

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