SON PROGRAMME
J'ai été assermenté comme premier ministre le 23 mars 1905, et, le 5 avril suivant, j'exposais à Montréal le programme du gouvernement dont je suis le chef.
Ce programme, je l'ai constaté avec plaisir, fut bien accueilli par toute la province.
Voici ce qu'en disait La Patrie, qui, vous le savez, n'a jamais été trop tendre pour notre gouvernement :
" Elles sont nombreuses ces réformes, trop nombreuses peutêtre pour que le gouvernement en accomplisse jamais la moitié. Mais elles témoignent d'une étude sérieuse des besoins de la province, et elles méritent toutes qu'on les discute. Elles couvrent tout le champ de l'administration provinciale, l'instruction publique, l'agriculture, la colonisation, les finances, etc.
u II est certain que sur tous ces points il y a matière à améliorer, et quelques-uns des projets de M. Gouin sont de la plus haute importance.
4< Le nouveau ministère entend administrer avec prudence et " éviter les critiques du passé ". Or, s'il est un service public qui a soulevé de justes critiques, c'est bien celui de la colonisation et des terres. M. Gouin est d'avis que la grande faute du passé n'a pas été de vendre notre domaine forestier, mais bien de laisser les limites vendues inexploitées. Une plus grande liberté laissée aux colons et une plus grande vigilance dans la perception des droits de coupe, tel est le remède qu'il suggère.
" Le gouvernement promet aussi de porter une attention sérieuse à l'instruction publique, et l'on sait que ce ne serait pas sans besoin.
" Création d'écoles normales nouvelles, pour former un personnel enseignant, création d'écoles techniques, d'écoles de hautes études commerciales, meilleur traitement des instituteurs, voilà quelques-uns des beaux projets que caresse Thon. M. Gouin.
"Pour améliorer les finances provinciales, M. Gouin a cherche et proposé divers moyens. Il a demandé d'abord le rajustement du subside fédéral, comme une dette de justice, mais surtout il a proposé une nouvelle source de revenus dont l'établissement, nous le présumons, ne se fera pas sans quelque difficulté, à savoir l'impôt sur les opérations de bourse.
"Enfin, M. Gouin a touché une foule d'autres points que nos lecteurs trouveront dans le compte rendu complet de l'assemblée d'hier ; entre autres, le bail des pouvoirs hydrauliques, les garanties de l'autonomie municipale, l'amélioration des routes rurales, la création d'un grand collège d'agriculture, etc., etc.
" Si le gouvernement de M. Gouin réalise tous ces beaux projets, ses adversaires les plus acharnés ne pourront s'empêcher de lui pardonner son piédestal. Mais, en attendant de le voir à l'œuvre, on peut déjà féliciter M. Gouin, parce qu'il n'a pas craint de se tailler de la besogne."
D'autre part, MM. Monk et Bergeron, deux chefs conservateurs, déclaraient à St-Thimothée, le 19 août 1905, qu'ils approuvaient entièrement le " programme patriotique " que j'avais exposé, et qu'ils étaient prêts à nous aider à le réaliser. {La Patrie, 21 août 1905).