ETAT DES FINANCES
Je ne voudrais pas répéter ici ce que j'ai eu l'occasion de dire dernièrement à Châteauguay et à St-Eustache ; laissez-moi affirmer de nouveau, cependant, que grâce à notre sage administration, grâce à l'économie que nous avons pratiquée dans la dépense, grâce à la vigilance que nous avons apportée dans la perception de nos revenus, jamais, depuis 1867, la position financière de notre province n'a été aussi solidement établie qu'elle Test en ce moment.
Nos adversaires, conservateurs et nationalistes, peuvent jongler avec les chiffres de toutes les façons qui leur plairont ; la vérité des faits a toujours raison des sophismes et des déclamations passionnées, et, en présence des résultats obtenus, il n'y a que ceux qui ne veulent pas vpir et les éternels critiqueurs qui peuvent nier l'amélioration de nos finances.
Du 1er juillet 1802 au 1er juillet 1897, les gouvernements conservateurs avaient accumulé un déficit total de $1,838,596.10 ; ils avaient augmenté la dette nette de $3,869,981.10 et la dette consolidée de 19,021,334.07.
En 1897, le parti libéral prit l'engagement de restaurer nos finances. Les comptes publics des dix dernières années sont là pour démontrer que parole a été tenue.
Nous avions promis de mettre fin aux déficits budgétaires et nous y avons réussi. Voici la liste des surplus que nous avons obtenus depuis 1899. Cette liste a été préparée en comparant les recettes totales aux paiements (les subsides des chemins de fer exceptés).
Et ce dernier surplus de plus d'un demi-million, nous l'avons réalisé sans vendre un seul pouce de notre domaine forestier et tout en faisant face aux exigences toujours croissantes de notre budget.
Nous avions promis de ne pas augmenter la dette publique. Or, non-seulement elle a été diminuée, mais nous avons, chaque année, versé un montant au fonds d'amortissement et, chaque année, une partie des anciennes obligations a été rachetée.
RAJUSTEMENT DU SUBSIDE
Mais parmi les œuvres que nous avons accomplies, celle dont nous sommes le plus particulièment fiers, tant à raison de son importance qu'à raison des efforts qu'il nous a fallu déployer pour arriver à l'accomplir, c'est le rajustement du subside fédéral.
Voilà, messieurs, une œuvre que la province doit au parti libéral et dont elle lui sera reconnaissante , j'en suis convaincu.
Nos adversaires, pour la plupart, ont toujours reconnu comme nous l'injustice de la position qui a été faite aux provinces, en 1866, lors du partage des revenus entre le pouvoir central et les gouvernements locaux ; mais il ne se sont jamais montrés, lorsqu'ils l'auraient dû, assez énergiques et assez persévérants pour obtenir le redressement de ces griefs qui ont fait perdre à notre province des millions de dollars, millions dont notre population aurait bénéficié.
Et maintenant que, grâce à nos efforts, grâce à l'esprit de justice dont a fait preuve Sir Wilfrid Laurier, nous avons augmenté, d'un seul coup, de $600,000 le revenu annuel de la province, nos adversaires, honteux de leur indolence passée et jaloux de notre succès, voudraient diminuer l'importance de cette œuvre. Mais les hommes de bonne foi, — et ils sont nombreux en cette province, Dieu merci ! — savent reconnaître que nous avons réglé là le problème le plus difficile qui se soit soulevé entre le pouvoir central et les gouvernements locaux. Cette somme de $600,000 représente actuellement plus de la moitié de l'intérêt annuel de notre dette ; or, si nous continuons à diminuer le -montant de nos obligations comme nous l'avons fait dans les dernières années, il n'est pas téméraire de dire que, dans dix ans, cette somme de $600,000 et le subside additionnel que nous recevrons après le prochain recensement par suite de l'accroissement de notre population, nous permettront de solder le plein montant des intérêts que nous payons annuellement à nos créanciers. C'est-à-dire qu'en réglant, comme nous l'avons fait, cette vieille réclamation, nous avons obtenu l'équivalent du capital de notre dette.
Et, si à cette subvention annuelle de $600,000, vous ajoutez l'excédent de $400,000 sur lequel nous pouvons, je crois, compter à l'avenir, nous avons donc une nouvelle somme de $1,000,000 dont nous pouvons disposer pour l'encouragement à l'agriculture, le développement de la colonisation, l'œuvre des bons chemins et l'instruction publique.
Ce qui importe surtout en ce moment, c'est de faire une distribution judicieuse, pratique, intelligente, de ces nouvelles ressources,
E N s EIGNEMENT TECHNIQUE
A notre époque, où l'extension donnée au commerce et à l'industrie, où la multiplicité et la variété des affaires ont élevé au rang de véritable science ce que l'on a trop longtemps considéré comme une simple routine, il est devenu de plus en plus nécessaire que le commerçant soit à la hauteur de sa mission dans la société.
On peut affirmer, sans être taxé d'exagération, que l'enseignement commercial a été laissé trop longtemps dans un état d'infériorité ; tandis qu'on prodiguait les bienfaits de l'instruction à ceux qui se destinent à toutes les autres professions, on semblait croire que le commerce et l'industrie n'avaient besoin pour prospérer, que d'une bonne situation pécuniaire et de traités de commerce favorables.
C'est pour donner à notre province des négociants éclairés, des chefs de maisons de commerce et de banque ; c'est pour fournir à nos industriels des agents commerciaux actifs, intelligents et habiles ; c'est pour procurer à nos manufacturiers des producteurs instruits, des chefs d'ateliers émerites, des contre-maîtres expérimentés et des ouvriers d'élite, qu'avec la coopération des autorités municipales de Montréal et de Québec et le concours de la chambre de commerce du district de Montréal, nous fondons trois écoles : deux écoles techniques industrielles, l'une à Québec et l'autre à Montréal, et, en ce dernier endroit, une école des hautes études commerciales.
Les besoins des professions industrielles et commerciales sont indiscutables, sont indéniables. La population qui se rattache au commerce et à l'industrie, — et elle est nombreuse, — réclame un système d'éducation approprié à ses travaux ; elle demande un enseignement qui la prépare plus directement aux professions qu'elle exerce.
De nos jours un ouvrier est arriéré sur un bon nombre de ses compagnons de travail et sur un très grand nombre d'ouvriers
étrangers, quand il n'est pas, comme disent nos compatriotes de langue anglaise ; " the right m an in the right place " ; quand il ne connaît pas parfaitement l'ensemble de sa profession, ses ressources et ses moyens d'action ; quand il ignore les conditions de ses concurrents ; quand il ne possède pas les connaissances scientifiques voulues pour lui permettre non seulement de servir sa machine, mais de la comprendre, de la réparer et de la perfectionner. Or le but de l'enseignement technique industriel est de donner aux ouvriers de demain les moyens d'acquérir une instruction générale plus étendue, des connaissances pratiques plus développées, et une habilité professionnelle plus grande.
Il n'est pas besoin d'être prophète pour dire qu'un avenir brillant est promis, dans cette province, aux carrières industrielles et commerciales. Nous possédons un territoire immense et dont les ressources sont encore incalculables. Notre sol est des plus fertiles ; la valeur de nos minérais et de nos forêts est inappréciable ; notre houille blanche représente des forces innombrables dont l'exploitatation est à peine ébauchée ; la production de nos manufactures, en 1901, atteignait déjà $158,287,994, soit un tiers de la production totale du Canada.
En vérité, ce ne sont ni les affaires ni les bonnes occasions qui manquent dans un pays neuf comme le nôtre ; ce sont plutôt les sujets de valeur, les sujets capables de saisir les bonnes occasions. Et nous croyons fermement que notre commerce extérieur, qui a plus que doublé pendant les dix dernières années, pourrait s'accroître dans de plus vastes proportions encore, si, comme dans tous les pays d'Europe et dans les Etats-Unis d'Amérique, rions portions nos efforts, de façon énergique, du côté de la formation commerciale et industrielle de ne nos jeunes générations.