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ATTITUDE CONTRADICTOIRE

Le 13 juillet dernier, il allait à Montmagny dénoncer le parti, et le gouvernement dont Sir Wilfrid est le chef. Il avait, quelques jours auparavant, fait annoncer la possibilité de son entrée dans l'arène provincial ; il profita de l'occasion pour dire que ses occupations ne lui avaient pas encore permis de prendre une décision à ce sujet, et il déclara s'objecter à ce que nous ayons des élections générales dans cette province avant que les accusations portées contre quelques uns de mes collègues soient soumises à un comité de l'assemblée législative, " le seul tribunal devant lequel elles peuvent être jugées."

" En 1892 ", dit-il en substance ", je me suis joint à M. Gouin et à M. Turgeon pour dénoncer l'honorable M. Angers parce qu'il avait enlevé à la législature le droit de s'enquérir de la valeur des accusations portées contre le gouvernement Mercier. Les honorables MM. Turgeon et Prévost peuvent être innocents, et je les tiens pour innocents jusqu'à ce qu'il soit prouvé qu'ils sont coupables. J'estime M. Gouin et je le crois un honnête homme. Je n'ai rien contre lui pas plus que contre M. Laurier. Que M. Gouin nous donne une bonne administration ; je ne lui demande pas de faire l'impossible et de corriger en un an les faux principes qui ont prévalu en cette province depuis des années ; ce que je lui demande, c'est de prouver que ses ministres sont honnêtes et s'ils ne le sont pas, de s'en séparer ".

Et M, Bourassa terminait en disant : " Pour moi, une saine administration et les vrais principes sont au-dessus des partis. M. Gouin peut compter sur mon appui indépendant s'il met ces principes en pratique, tout comme Sir Wilfrid Laurier. .Que ses collègues parlent, qu'ils se nettoient, qu'ils punissent ceux qui leur jettent l'injure à la face, et M. Gouin n'aura pas de partisan plus dévoué que moi ".

Le 27 juillet, il disait dans une entrevue à la " Patrie " :

" Je persiste à croire que M. le gouverneur Jetté ne se prêtera pas au jeu de ceux qui engagent M. Gouin à escamoter un verdict populaire. Je suis convaincu que M. Gouin lui-même, s'il obéissait à son sentiment intime, s'y refuserait.

" Cette tentative louche, en effet, n'aurait d'autre but que d'empêcher la vérité de se faire jour sur le compte de MM. Turgeon et Prévost et sur les négociations que M. Gouin lui-même a poursuivies avec le syndicat belge, au sujet des terrains de l'Abittibi.

" Si la conduite de MM Gouin, Turgeon et Prévost a toujours été sans reproche, M. Gouin n'a pas le droit de laisser les accusations de parjure et de négligence criminelle planer sur ses deux collègues. S'ils sont coupables, si M. Gouin est lui-même leur complice— et une dissolution prématurée des chambres établirait une forte présomption de cette complicité — la législature doit faire la lumière d'abord et rendre justice ensuite.

" Dans l'une et l'autre de ces deux alternatives, M. le gouverneur Jetté doit à la province, à la législature et à lui-même le maintien ferme et digne de ses pérogatives et des droits de* la justice. Il ne peut, lui, et il ne le voudra pas, j'en suis certain, se rendre complice de ces manœuvres d'intimidation et de tentatives d'escamotage de la vérité."

Dès les premiers jours d'août, l'honorable M. Turgeon intentait une poursuite au " Nationaliste " qui l'avait accusé de parjure, et le 11 du même mois, au cours d'un discours que je prononçais à St-Eustache, je déclarais que nous ne craignions pas la lumière sur toute l'affaire de l'Abittibi, que nous désirions une enquête, et que, si nos adversaires n'avaient pas le courage de la demander à la prochaine session, nous l'imposerions nous-mêmes.

C'est après cette poursuite, c'est après cette déclaration bien catégorique, qui auraient, il me semble, dû satisfaire M. Bourassa, que celui-ci se rendit à Ste-Martine, le 13 août, et y fit un discours, dans lequel il exposait ce qu'il appelle son programme de politique provinciale et tenait pour établi que mes collègues sont coupa-

bles des accusations portées contre eux par M. de l'Epine, M. Leblanc et M. le sénateur Landry.

Comment M. Bourassa, qui tenait MM. Turgeon et Prévost pour innocents le 13 juillet, s'était-il convaincu de leur culpabilité ? Il n'y a pas eu d'enquête, aucun événement n'est survenu, aucun renseignement ne lui a été fourni dans l'intervalle.

Comment se fait-il que votre serviteur, qu'il disait, à Montmagny, un honnête homme, soit devenu ensuite un assassin politique, un homme sans caractère ? Et comment M. Bourassa, qui est si sensible à l'injure, en est-il venu en si peu de temps à dire que le peuple n'a plus qu'à choisir entre les voleurs — c'est nous, évidemment qu'il désigne aussi bienveillamment — et les honnêtes gens, dont il est, naturellement, la personnification.

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