‹ PollyChapitre 17 sur 54 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

POLLY, LORD ILVERTON entrant par le jond.

POLIT, à elle même.

Je sais sa fiance'e... Je le che'rirai... mais lîncoie une pensée A celui que j'aimais!...

DEl'XlÈilE COUPLET.

IL7ERT0X, au fond et à part.

Que de fraîcheur ! quelle grâce nouvelle ! A sa parure, oui vraiment, on dirait Que son instinct, en se faisant plus belle, A deviné qu'elle m'appartenait.

POLLT , écoulant avec trouble.

Mais mon cœur bat plus vite , Oui, quelqu'un vient ici...

(^La main sur son cœur.) Au trouble qui m'agite, Ce n'est point rua mari !

( Elle se retourne et aperçoit Huer/on.)

Ah!

( y4 elle-même.)

Yorrick, ta fiancée Sera fidèle... mais Encore une pensée A celai que j'aimais !..

POLLY, haut. Quoi! mylord , vous avez déjà quitté ces messieurs?

ILVERTON. Oui, grâce à la vitesse de mon cheval... ce n'est pas sans peine... ce maudit Mortimer était sur mes talons.... malgré nos conventions... ( nanl) c'»^st un mauvais joueur, qui n'ainif" pas ;i l'a^ei.

POLLY. Ah ! c'était donc relatif à cette partie?

IL\ ERTO\. Oui , sans doute.

POLLY. Je ne suis pas curieuse... mais je donnerais quelque chose pour savoir ce que mylord a gagné.

ILVERTON. Si tu y tiens beaucoup , je puis te le dire.

POLLY. Vrai?

ILVERTON. Je ne reviens même que pour cela...

POLLY. Ah! que c'est aimable!., eh bien ?

ILVERTON. Tu ne devines pas ?

POLLY. Mon Dieu! non... je ne devine jamais, moi... {^Cherchant.) De l'argent?

ILVERTON. Fi !..

POLLY. Une voiture?., une maison?

ILVERTON. Non!., mais ce qui l'embellit...

POLLY. Ce qui l'embellit?..

ILVERTON, à mi-^mx. Une femme...

POLLY, indignée. Lne femme !... oh !... quelle horreur!... jouer une femme... la rabaisser au rang d'une guinée!

ILVERTON. Je n'ai pas dit ce que nous l'estimions... et à mes yeux elle est sans prix! . . . D'ailleurs nous n'avons joué que le droit de chercher à lui plaire.. . ainsi sa dignité de femme...

POLLY , souriant. Peut annuler la partie.

ILVERTON. Mais elle ne le fera pas. . . n'est-ce pas, ma gentille Polly ? surtout si tu lui parles pour moi. . .

POLLY, aoec émotion. Comment! je la connais?

ILVERTON. Beaucoup ! et puisqu'il faut te le dire... c'est toi-même.

POLLY, troublée. Moi, mylord?

ILVERTON, i'ii'ement. Oui, toil... pour qui j'aurais risqué ma fortune... ma vie... toi pour qui aucun sacrifice ne me coiiterait!..

POLLY , se remettant et affectant de rire. Ah ! ah ! ah !.. . cela me rassure un peu pour la pauvre femme, que je plaignais déjà de toute mon ame.

ILVERTON. Comment?.... cela te fait rire?

POLLY. Sans doute, mylord... Vous avez du malheur... vous venez de gagner quelque chose qui va vous échapper... je me marie.

ILVERTON , frappé. Tu te maries?

POLLY. Aujourd'hui même.

ILVEKTON. Aujourd'hui? ce n'est pas

possible!

POLLY. Pourquoi donc?

IL\ EKTON. D'abord je ne le veux pas.

POLLT.

je ne le souffrirai Jamais...;: Une trahison infernale... Mortimer qui ne me prévient pas... qui engage sa parole!

VOLL\, finement. Ah! vous auriez dû le faire mettre au jeu.

ILVERTOM. C'est une indignité ! au moment où je me félicitais... Et qui épousestu? quelque lourdeau...

POLLY. Du tout!., un brave garçon...

un honnête artisan.

ILVERTON, ai>ec dédain. Un artisan !

si ce n'est pas un meurtre!.. Tu ne peux

pas te marier à un pareil homme il te

faut quelqu'un d'aimable.

POLLY. Je ne demanderais pas mieux.

ILVERTON. Quelqu'un de riche... c'est essentiel.

POLLY. Ce n'est pas la bonne volonté qui me manque... mais comme je ne pouvais pas choisir... j'ai accepté... celui qui s'est présenté.

ILVERTON. Et tu l'aimes

POLLY. Comme on doit aimer son mari... un peu.

ILVERTON. C'est-à-dire... pas du tout?

POLLY. Si... plus que ça.

ILVERTON. Enfin... ce n'est pas une passion?

POLLY, hésitant. Oh !

ILVERTON, wec feu. II suffit tu ne

l'épouseras pas.

POLLY. Comment?

ILVERTON. Je m'y oppose.

POLLY. Vous n'en avez pas le droit...

d'ailleurs tout est prêt... et ce soir... dans quelques heures...

ILVERTON , hors de lui. Ce soir!., mais quelle rage de se marier... quelle nécessité? . .

POLLY. Dam ! quand on veut rester sage... que l'on veut aimer son mari sans remords... sanscrainte de l'avenir!., une honnête fille n'a pas d'autre parti à prendre ; et moi, d'abord, je n'appartiendrai jamais qu'à celui qui me donnera son nom.

ILVERTON, aufc rci^o/u/Zon. Tu y es bien décidée?

POLLY. Oh ça!..

ILVERTON. Oui... eh bien! moi aussi...

j'y mettrai de l'entêtement... ce n'est pas une folie de plus qui m'arrêtera... Puisque tu veux absolument un mari.... tu en auras un... et ce sera moi.

POLLY. Vous, vous, mylord!

ILVERTON. Je t'épouse aujourd'hui., surle-champ.

POLLY, tremblante d'émotion. Quoi?

ILVERTON. Je vaux bien un artisan, j'espère. . . et je t'aime mille fois plus que lui . . . j'en perds la tète. {A Ini-nicmc.) (^'est wà'i. ..

la contrariété , le dépit, doublent encore mon amour.

POLLY. L'ai-jo bien entendu!.. Oh! mylord, ne vous jouez pas d'une pauvre fille !

ILVERTON. Non, PoUy, vous n'avez qu'un mot à dire.

POLLY. On se moquera de vous.

ILVERTON, guîment. Des épigrammes, des quolibets... tant mieux!., ça fouette le sang... ça réveille. Je veux le plus grand éclat... faire crier les dandys... les bas bleus... mettre en mouvement toutes les langues du Strand et de Picadilly... ça m'amuse d'avance... ça me fait du bien... c'est vrai... je me sens mieux!... D'ailleurs, vous rendre heureuse, vous, PoUy, vous... pauvre enfant!., c'est expier ma conduite passée... et à moins que vous n'éprouviez une répugnance invincible pour moi...

VOLLY , ie regardant timidement. De la répugnance ! mon Dieu!.... comment oser vous répondre un bonheur si imprévu... un rêve que j'ai fait si souvent!..

ILVERTON , irans[)orté. Qu'entends-je ?

PoUy, vous vous occupiez de moi... vous m'aimiez... malgré la distance?

POLLY , Laissant les yeux. Pourquoi non?., vous m'aimiez bien, mylord!

ILVERTON, lui baisant la main. Ah ! ce mot me déciderait... si je ne l'étais déjà.

POLLY. Oîi courez-vous?

ILVERTON. Tout ordoimer, tout disposer

POLLY^. Un instant!

ILVERTON. Des parures, des ajustemens

pour vous... la chapelle le ministre. .

nos amis...

POLLY. Aujourd'hui?

ILVERTON. A Londres, tout va vite avec de l'argent.

POLLY. Mais vous vous repentirez...

ILVERTON. Quand je serai le plus heureux des hommes !.. Adieu! adieu!...

POLLY. Mylord, écoulez...

ILVERTON. Je cours assurer mon bonheur.

(H sort vivement.)

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