‹ Polyeucte, martyr; tragédie chrétienne. Publié conformément au texte de l'édition des grands écrivains de la France. Des notices, analyses et notes philologiques et littérairesChapitre 43 sur 158 · Var. De grâce apprenez-moi ce qui vous peut toucher · texte numérisé non relu

Var. De grâce apprenez-moi ce qui vous peut toucher

(1613 et 1648 in-4».)

3. Le calme de cette réponse ne doit pas nous surprendre : Pauline est trop maiiresse d'elle-même pour laisser paraître ou de la joie ou des regrets. D'ailleurs elle a renoncé de bonne foi à Sévère; elle croit encore qu'elle ne le reverra jamais; qu'il vit pour son pays, mais qu'il est mort pour elle. Son trouble éclate plus loin quand elle apprend qu'il approche. // vient... C'en est trop.

AGTF \ SCENE IV 01

FÉLIX

Il vient ici lui-même.

PAULINE

Il vient!

Tu le vas voir. 275

PAULINE

C'en est trop; mais comment le pouvez-vous savoir?

FÉLIX

Albin l'a rencontré dans la proche campagne * ;

Un gros de courtisans en foule l'accompagne,

Et montre assez quel est son rang et son crédit ^;

Mais, Albin, redis-lui ce que ses gens t'ont dit. 280

ALBIN

Vous savez quelle fut cette grande journée,

Que sa perte pour nous rendit si fortunée.

Où l'Empereur captif, par sa main dégagé.

Rassura son parti déjà découragé ^,

Tandis que sa vertu succomba sous le nombre; 28o

Vous savez les honneurs qu'on fit faire à son ombre *,

Après qu'entre les morts on ne le put trouver :

Le roi de Perse aussi l'avoit fait enlever.

1. Prùs d'ici, dans la campagne. Proche vient du latin propius, comparatif de prope (près).

2. Le caractère de Félix se peint déjà dans ce trait : la seule appa-\ rence du crédit lui ijnpose et glace son courage; il s'incline devant la faveur avant même qu'elle lui demande ou commande rien.

3. La phrase n'est pas fort claire : sa main et sa vertu se rap))ortent à Sévère, ?oh parti a. l'Empereur.

4. Faire des honneurs, comme on dit faire honneur, locution peu usitée, mais que Corneille a certainement jugée correcte , car il était facile d'écrire : qu'on rendit à son ombre.

Témoin de ses hauts faits et de son grand courage *,

Ce monarque en voulut connoître le visage; 290

On le mit dans sa tente, où tout percé de coups,

Tout mort qu'il paroissoit, il fit mille jaloux ^;

Là bientôt il montra quelque signe de vie :

Ce prince généreux en eut l'âme ravie •'',

Et sa joie, en dépit de son dernier malheur, 295

Du bras qui le causoit honora la valeur;

Il en fit prendre soin, la cure en fut secrète;

Et comme au bout d'un mois sa santé fut parfaite *,

Il offrit dignités, alliance, trésors,

Et pour gagner Sévère il fit cent vains efforts. 300

Après avoir comblé ses refus de louange,

Il envoie à Décie en proposer l'échange;

Et soudain l'Empereur, transporté de plaisir,

Offre au Perse son frère et cent chefs à choisir.

Ainsi revint au camp le valeureux Sévère , 30o

De sa haute vertu recevoir le salaire ;

La faveur de Décie en fut le digne prix.

De nouveau Ton combat, et nous sommes surpris.

Ce malheur toutefois sert à croître sa gloire ^ :

Lui seul rétablit l'ordre, et gagne la victoire, 310

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