‹ Polyeucte, martyr; tragédie chrétienne. With introd. and notes by George N. HenningChapitre 53 sur 90 · SCÈNE V SÉVÈRE, Pauline, Fabian · texte numérisé non relu

SCÈNE V SÉVÈRE, Pauline, Fabian

SÉVÈRE

Dans mon étonnement, Je suis confus pour lui de son aveuglement ; Sa résolution a si peu de pareilles, 131 5

Qu'à peine je me fie encore à mes oreilles. Un cœur qui vous chérit (mais quel cœur assez bas Aurait pu vous connaître, et ne vous chérir pas?), Un homme aimé de vous, sitôt qu'il vous possède, — . Sans regret il vous quitte ; il fait plus, il vous cède; | 1320 Et comme si vos feux étaient un don fatal. Il en fait un présent lui-même à son rival ! Certes ou les chrétiens ont d'étranges manies, ,> Ou leurs félicités doivent être infinies, *^

Puisque, pour y prétendre, ils osent rejeter 1325

Ce que de tout l'empire il faudrait acheter.

Pour moi, si mes destins, un peu plus tôt prçpice^, 7 Eussent de votre hymen honoré mes services, /

Je n'aurais adoré que l'éclat de vos yeux, -^

J'en aurais fait mes rois, j'en aurais fait mes Dieux; /-^SSo On m'aurait mis en poudre, on m'aurait mis en cendre, Avant que ...

PAULINE

Brisons là : je crains de trop entendre. Et que cette chaleur, qui sent vos premiers feux. Ne pousse quelque suite indigne de tous deux. Sévère, connaissez Pauline toute entière. 133S

Mon Polyeucte touche à son heure dernière ; Pour achever de vivre il n'a plus qu'un moment : Vous en êtes la cause encor qu'innocemment.

Je ne sais si votre âme, à vos désirs ouverte,

Aurait osé former quelque espoir sur sa perte ; 1340

-^^ Mais sachez qu'il n'est point de si cruels trépas ^ Où d'un front assuré je ne porte mes pas,

Qu'il n'est point aux enfers d'horreurs ^ que je n'endure,

Plutôt que de souiller une gloire si pure,

Que d'épouser un homme, après son triste sort, 1345

/~^i de quelque façon soit cause de sa mort ; \ Et si vous me croyiez d'une âme si peu saine, I L'amour que j'eus pour vous tournerait toute en haine.

Vous êtes gé;néreux ; soyez-le jusqu'au bout, -^on père est en état de vous accorder tout, 1350

1 vous craint; et j'avance encor cette parole,

Que s'il perd mon époux, c'est à vous qu'il l'immole ;

Sauvez ce malheureux, employez- vous pour lui ; -^Jlaites-vous un effort pour lui servir d'appui.

Je sais que c'est beaucoup que ce que je demande ; 1355

Mais plus l'effort est grand, plus la gloire en est grande.

[Conserver un rival dont vous êtes jaloux,

IC'est un trait de vertu qui n'appartient qu'à vous ;

Et si ce n'est assez de votre renommée.

C'est beaucoup qu'une femme autrefois tant aimée, 1360

^"^t dont l'amour peut-être encor (^^peutUoucher,

Doive à votre grand cœur ce qu'elle a de plus cher :

Souvenez-vous enfin que vous êtes Sévère.

Adieu ; résolvez seul ce que vous voulez faire ; '^

Si vous n'êtes pas tel que je l'ose espérer, 1365

Pour vous priser encor je le veux ignorer.

1 Var. Qu'il n'est point aux enfers d'horreur . . . (1664.)

2 Var. Je m'en vais sans réponse après cette prière,

Et si vous n'êtes tel que je l'ose espérer, (1643-56.) Var. Adieu : résolvez seul ce que vous devez faire; (1660-64.)

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