ACTE V, SCÈNE I
FÉLIX
Albin, je m'en défie, Et connais mieux que lui la haine de Décie : En faveur des chrétiens s'il choquait son courroux 1485
Lui-même assurément se perdrait avec nous.
Je veux tenter pourtant encore une autre voie : Amenez Polyeucte ; et si je le renvoie,^ S'il demeure insensible à ce dernier effort, Au sortir de ce lieu qu'on lui donne la mort.^ | - 1490
ALBIN
Votre ordre est rigoureux.
Il faut que je le suive, ] Si je veux empêcher qu'un désordre n'arrive. /
Je vois le peuple ému pour prendre son parti ; Et toi-même tantôt tu m'en as averti.
Dans ce zèle pour lui qu'il fait déjà paraître, 2495
Je ne sais si longtemps j'en pourrais être maître; Peut-être dès demain, dès la nuit, dès ce soir. J'en verrais des effets que je ne veux pas voir ; Et Sévère aussitôt, courant à sa vengeance, M'irait calomnier de quelque intelligence. 1500
Il faut rompre ce coup, qui me serait fatal.
ALBIN Que tant de prévoyance est un étrange mal ! * Tout vous nuit, tout vous perd, tout vous fait de l'ombrage ; Mais voyez que sa mort mettra ce peuple en rage, Que c'est mal le guérir que le désespérer. 1505
1 En marge, dans les éditions de 1643 ^^ ^^ ^^4^ in-40 : Il parle à Cléon.
2 En marge, dans les éditions de 1643 et de 1648 in-40: Cléon rentre,
3 Var, Que votre défiance est un étrange mail (1643-56.)
' FÉLIX
En vain après sa mort il voudra murmurer ;
Et s'il ose venir à quelque violence,
C'est à faire à céder deux jours à l'insolence :
J'aurai fait mon devoir, quoi qu'il puisse arriver.*
Mais Polyeucte vient, tâchons à le sauver.^ 1510
Soldats, retirez-vous, et gardez bien la porte.