‹ Polyeucte [microforme]Chapitre 14 sur 22 · SÉVÈRE · texte numérisé non relu

SÉVÈRE

Cet avis serait bon pour quelqu'äme commune.

S'il tient entre ses mains ma vie et ma fortune, Je suis encore Sévère; et tout ce grand porvoir Ne peut rien sur ma gloire et rien Sur mon devoir, Ici l'honneur m'oblige, et j'y veux satisfaire ; Qu'après, le sort se montre ou propice ou contraire, Comme son naturel est toujours inconstant, Périssant glorieux, je périrai content.

Je te dirai bien plus, mais avec confidence.

La secte des chrétiens n'est pas ce que l'on pense : À On les hait ; la raison, je ne la connais point ; ê Et je ne vois Décie injuste qu'en ce point, | Par curiosité j'ai voulu les connaitre :

On les tient pour sorciers dont l'enfer est le maitre ; | Et sur cette croyance, on punit du trépas Des mystères secrets que l'on ne connaît pas. Mais Cérès Eleusine et !a bonne déesse, Ont leurs socrets comme eux à Rome et dans la Grèce ; | Encore impunément nous souffrons en tous lieux, \ Leur Dieu seul seul excepté, toute sorte de dieux : {

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Tous les monstres d'Egypte ont leurs temples dans Rome ; Nos aïeux, à leur gré, faisaient un dieu d'un HU Et, leur sang parmi nous conservant leurs erreurs, Nous remplissons le ciel de tous nos empereurs, Mais, à parler sans fard de tant d'apothéoses, L'effet est bien douteux de ces métamorphoses.

Les chrétiens n'ont qu'un Dieu, maitre absolu de tout, De qui le seul vouloir fait tout ce qu'il résout ; Mais, si j'ose entre nous dire ce qui me semble, Les nôtres bien souvent s'accordent mal ensemble ; Et, me dût leur colère écraser à tes veux, Nous en avons beaucoup, pour être de vrais dicux, Enfin chez les chrétiens les mœurs sont innocentes, Les vices détestés, les vertus florissantes ; Jamais un parricide, un traître, un assassin, Jamais d'ivrognerie et jamais de larcin ; Ce n'est que cœur entre eux, que charité sincère, Chacun y chérit l’autre et le seconrt en frère. Ils font des vœux pour nous qui les persécutons ; Et, depuis tant de temps que nous les tourmentons, Les a-t-on vus mutins ? Les a-t-on vus rebelles ? Nos princes ont-ils eu des soldats plus fidèles ? Furicux dans la guerre, 1ls souffrent nos bourreanx ; Et, lions au combat, ils meurent en agneaux.

J'ai trop de pitié d'eux pour ne pas les défendre, Allons trouver Félix, commençons par l'entendre, Et contentons ainsi, d’une seule action, Et Barcine, et ma gloire, et ma compassion,

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