V. 129. Var
Voilà, rua Stratonice, en ce siècle où nous sommes.
Notre empire absolu sur les esprits des hommes. {Éd. 1643-i6.)
'( Ces deux vers sentent, la comédie. Le peu de rimes de notre langue fait que, pour rimer à hommes, on fait venir comme on peut le siècle où nous sommes, l'état oh nous sommes, fous tant que nous sommes
Il y a ici une remarque bien plus importante à faire. Il s'agit de la vie de Polyeucte. Pauline croit que le fanatique Xéarque va livrer son mari aux maias des assassins, et elle s'amuse à dire : Voilà notre pouvoir sur les hommes dans le siècle où nous sommes, etc. Si elle est réellement si effravée, si elle craint pour la vie de Polyeucte, c'est de cette crainte qu'elle devait d'abord parler; elle devait même la confier à son mari, et ne pas attendre son départ pour raconter son rêve aune confidente. >/ Voltaire). Cette dernière partie de la critique de Voltaire est absolument injuste, car nous savons, dès le premier vers, que Pauline a confié ses craintes à Polyeucte ; mais Voltaire relit très rapidement les tragédies qu'il s'est chargé de commenter, et son commentaire s'en ressent étrangement.
V. 134. y ar. : Et jusqu'à la coniuét- ils nous traitent en reines. (Éd. 16V3-60.)
V. 135. Si l'on ne sentait pas sous ces vers une profonde mélancolie, ils seraient purement comiques; ils cessent de l'être, parce que ce n'est pas le dépit qui les amène sur les lèvres de Pauline, mais une tristesse sincère. Il y aura un mouvement semblable dans V Andromaque de Racine TU, vi) : la veuve d'Hector tremble pour les jours de son lils. que menace la Grèce; mais elle est aimée de Pyrrhus, et sa confidente Céphise fait luire à ses yeux comme une dernière espérance le pouvoir qu'elle a sur le cœur du roi; Pyrrhus entre, mais il ne regarde pas Andromaque; il passe, cherchant Hermione, et Andromaque dit à Céphise, avec abattement :
Tu vois le pouvoir de mes yeux :
Ce n'est pas sa coquetterie blessée, mais son amour maternel désolé qui lui arrache cette plainte, et voilà pourquoi elle est touchante.
V. 137. Traiter de n'est pas pris ici dans le même sens que trois vers plus haut: c'est une tache.
V. 140. Ces vers familiers, prononcés sur un ton enjoué par une suivante assez naive, ont choqué Voltaire, qui n'admet pas que la tragédie se départe jamais de sa gravité. Ils sont dans la vérité du caractère, et ne déplaisaient pas aux contemporains de Corneille.
96 POLVEUCTE.
Assurez-vous* sur lui qu'il en a juste cause. /S 11 est bon qu'un mari nous cache quelque chose , ^ Qu'il soit quelquefois hlîre, et ne s'abaisse pas yjjj^^ K nous rendre toujours compte de tous ses pas.
On n'a tous deux qu'un cœur qui sent mêmes ^ traverses*: u
Mais ce cœur a pourtant ses fonctions diverses,
Et la loi de l'hymen qui vous tient assemblés
N'ordonne pas qu'il tremble alors que vous tremblez.
Ce qui fait vos frayeurs ne peut le mettre en peine : /^ Il esyy*mixdeii^et vous êtes Romaine, i-
^jv^ Et A'ous pouvez savoir que nos deux nations
N'ont pas sur ce sujet mêmes* impressions :
Un songe en notre esprit passe pour ridicule ;
Il ne nous laisse espoir, ni crainte, ni scrupule;
Mais il passe dans Rome avec autorité i-
Pour fidèle miroir de la fatahté.
PAULINE
Quelque peu de crédit que chez vous il obtienne, Je crois que ta frayeur égalerait la mienne, Si de telles horreurs t'avaient frappé l'esprit, , Si je t'en avais fait seulement le récit. J^ ^c^^«p ^^**
STRATOMCE.
A* raconter ses maux souvent on les soulage. Jf\^X^^ d\^
PAULINE
Écoute : mais il faut te dire davantage,
Et que, pour mieux comprendre un si triste discours,
ïu saches ma faiblesse et mes autres amours ;
Tj2P fpmme d'honneur peut nv^^^^f^^ ^^^i^ hnnfp. i65
"Ces surprises des sens que lajraisûii-suxmaftte;
V. 142. Ce vers est tout à fait à sa place dans la bouche de la femme du peuyjle que Corneille a voulu peindre. Elle a le respect de l'homme, parce qu"il est le plus fort, et. pour elle, la femme est moins la compagne de l'homme que sa servante.
Y. 136. u On dit bien miroir de l'avenir, parce qu'où est supposé voir Tavenir comme dans un miroir ; mais on ne peut dire miroir de la fatalité, parce que ce n'est pas celte fatalité qu'on voit, mais les événements qu'elle amené. » (Voltaire.)
\ . io7. \ ar. ; Le mien est bien étrange, et, quoique Arménienne. (Éd. 1643-j6.) Var. : Quelque peu de crédit qu'entre vous il obtienne. (Éd. 1660-64.)