‹ Polyeucte (volume 3)Chapitre 3 sur 77 · SCÈNE I. — POLTEUGTE, NÉARQDE · texte numérisé non relu

SCÈNE I. — POLTEUGTE, NÉARQDE

NÉ ARQUE.

Quoi 1 VOUS VOUS arrêtez aux songes d'une femme ? De si foibles sujets troublent cette grande flme! Et ce cœur tant de fois dans la guerre éprouvé S'alarme d'un péril qu'une femme a rêvé !

POLYEUtTE.

Je sais ce qu'est un songe, et le peu de croyance ^

Qu'un homme doit donner à son extravagance.

Qui d'un amas confus des vapeurs de la nuit

Forme de vains objets que le réveil détruit;

Mais vous ne savez pas ce que c'est qu'une femme;

Vous ignorez quels droits elle a sur toute l'àme.

Quand, après un long temps qu'elle a su nous diarmer ,

Les flambeaux de l'hymen viennent de s'allumer.

Pauline, sans raison dans la douleur plongée, ;

Gramt et croit déjà voir ma mort qu'elle a songée;

Elle oppose ses pleurs au dessein que je fais,

Et tâche à m'empêcherde sortir du palais.

Je méprise sa crainte, et je cède à ses larmes;

Elle me fait pitié sans me donner d'alarmes ;

Et mon cœur, attendri sans être intimidé,

N'ose déplaire aux yeuX dont il est possédé.

L'occasion, Néarque, est*elle si pressante

Qu'il faille être insensible aux soupirs d'une amante?

Par un peu de remise épargnons son ennui,

Pour faire en plein repos ce qu'il trouble aujourd'hui^

% POLTEOÔTE.

NÉARQUE

Avez-vous cependant une pleine assurance D'avoir assez de vie ou de persévérance ?

I Et Dieu, qui tient votre ftme et vos jours dans sa maiii. Promet-il à vos vœux de le pouvoir demain?

Il est toujours tout juste et tout bon ; mais sa grftce Ne descend pas toujours avec même efficace ; Après certains momens que perdent nos longueurs» Elle quitte ces traits gui pénètrent les cœûr^; Le n&tre s'endurcit, la repousse^ Tégare :

Le bras qui la versoit en devient plus avare, Et cette sainte ardeur qui doit porter au bien Tombe plus rarement, ou n'opère plus rien.

Celle qui vous pressoit de courir au baptême, Languissante déjà, cesse d'être la même.

Et, pour quelques soupirs qu'on vous a i^t ouïr,. Sa flamme s^ djssipe, et va s'évanouir.

POLYEUCTK.

Vous me connaissez mal : la même ardeur me brûle.

Et le désir s'accroît quand l'effet se recule.

Ces pleurs, que je regarde avec un œil d'époux,

Me laissent dans le cœur aussi chrétien que vous;

Mais pour en recevoir le sacré caractère

Qui lave nos forfaits dans une eau salutaire,

Et qui, purgeant notre ftme et dessillant nos yeux,

Nous rend le premier droit que nous avions aux cieuz»

Bien que je le préfère aux grandeurs d'un empire,

Gomme le bien suprême et le seul où j'aspire,

Je crois, pour satisfaire un juste et saint amour,

Pouvoir un peu remettre, et différer d'un jour.

NÉARQUE

Ainsi du genre humain l'ennemi vous abuse :

Ce qu'il ne peut de force, il l'entreprend de ruse. Jaloux des bons desseins qu'il tâche d'ébranler. Quand il ne les peut rompre, il pousse à reculer ; D'obstacle sur obstacle il va troubler le vôtre, Aujourd'hui par des pleurs, chaque jour par quelque autre; Et ce songe rempli de noires visions

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