‹ Polyeucte (volume 3)Chapitre 44 sur 77 · SCÈNE V. —FÉLIX, PAULINE, ALBIN · texte numérisé non relu

SCÈNE V. —FÉLIX, PAULINE, ALBIN

PAULINE

Père barbare, achève, achève ton ouvrage;

Cette seconde hostie est digne de ta rage :

Joins ta fille à ton gendre ; ose : que tardes-tu?

Tu vois le même crime, ou la même vertu :

Ta barbarie en elle a les mêmes matières.

Mon époux en mourant m'a laissé ses lumières;

Son sang, dont tes bourreaux viennent de me couvrir^

M'a dessillé les yeux, et me les vient d'ouvrir.

Je vois, je sais, je crois, je suis désabusée :

De ce bienheureux sang tu me vois baptisée;

Je suis chrétienne enfin, n'est-ce point assez dit?

Conserve en me perdant ton rang et ton crédit;

Redoute l'empereur, appréhende Sévère :

Si tu ne veux périr, ma perte est nécessaire;

Polyeacte m'appelle à cet heureux trépas;

Je vois Néarque et loi qui me tendent les bras*

Mène, mène-moi voir tes dieux que je déteste ;

Ils n'en ont brisé qu'un, je briserai le reste.

On m*y verra braver tout ce que vous craignez.

Ces foudres impuissans qu'en leurs mains vous peignez^

Et, saintement rebelle aux lois de la naissance,

Une fois envers toi manquer d'obéissance.

Ce n'est point ma douleur que par là je fais voir;

C'est la grâce qui parle, et non le désespoir.

Le faut-il dire encor, Félix? je suis chrétienne;

Affermis par ma mort ta fortune et la mienne;

Le coup à l'un et l'autre en sera précieux,

Puisqu*il t*assure en terre en m'élevant aux cieux.

Page 1