‹ PolyeucteChapitre 19 sur 78 · ACTE II, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE I

FABIAN

Oui, depuis quinze jours, Polyeucte, un seigneur des premiers d'Arménie, Goûte de son hymen la douceur infinie.

SÉVÈRE

Je ne la puis du moins blâmer d'un mauvais choix, Polyeucte a du nom, et sort du sang des rois. Faibles soulagements d'un malheur sans remède I Pauline, je verrai qu'un autre vous possède !

O ciel, qui malgré moi me renvoyez au jour, O sort, qui redonniez l'espoir à mon amour, Reprenez la faveur que vous m'avez prêtée, Et rendez-moi la mort que vous m'avez ôtée.

Voyons-la toutefois, et dans ce triste lieu Achevons de mourir en lui disant adieu ; Que mon cœur, chez les morts emportant son image. De son dernier soupir puisse lui faire hommage !

FABIAN

Seigneur, considérez . . .

SÉVÈRE

Tout est considéré.

Quel désordre peut craindre un cœur désespéré ? N'y consent-elle pas ?

FABIAN

Oui, Seigneur, maïs . . .

SÉVÈRE

N'importe.

38 POJ.YEUCTE.

FABIAN

Cette vive douleur en deviendra plus forte.

SÉVÈRE

Et ce n*est pas un mal que je veuille guérir ; Je ne veux que la voir, soupirer, et mourir.

FABIAN

Vous vous échapperez sans doute en sa présence : 5 Un amant qui perd tout n'a plus de complaisance ; Dans un tel entretien il suit sa passion,^ Et ne pousse qu'injure et qu'imprécation.

SÉVÈRE

Juge autrement de moi : mon respect dure encore ;

Tout violent qu'il est, mon désespoir l'adore. 10 Quels reproches aussi peuvent m'être permis ?

De quoi puis-je accuser qui ne m'a rien promis.?

Elle n'est point parjure, elle n'est point légère :

Son devoir m'a trahi, mon malheur, et son père.

Mais son devoir fut juste, et son père eut raison : ij J'impute à mon malheur toute la trahison ;

Un peu moins de fortune, et plus tôt arrivée,

Eût gagné l'un par l'autre, et me l'eût conservée ;

Trop heureux, mais trop tard, je n'ai pu l'acquérir:

Laisse-la-moi donc voir, soupirer, et mourir.

FABIAN

20 Oui, je vais l'assurer qu'en ce malheur extrême Vous êtes assez fort pour vous vaincre vous-même.

> Var. Dans un tel désespoir il suit sa passion. (1643 et 1648 im4^)

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