ACTE II, SCENE IIL
PAULINE
Laisse-moi respirer du moins, si tu m'as plainte : Au fort de ma douleur tu rappelles ma crainte ^ Souffre un peu de relâche à mes esprits troublés. Et ne m'accable point par des maux redoublés.
STRATONICE
Quoi ? vous craignez encor !
PAULINE
Je tremble, Stratonice ; Et bien que je m'effraye avec peu de justice, Cette injuste frayeur sans cesse reproduit L'image des malheurs que j'ai vus cette nuit.
STRATONICE
Sévère est généreux.
PAULINE
Malgré sa retenue, Polyeucte sanglant frappe toujours ma vue.
STRATONICE
Vous voyez ce rival faire des vœux pour lui.*
PAULINE
Je crois même au besoin qu'il serait son appui ; Mais soit cette croyance ou fausse ou véritable, Son séjour en ce lieu m'est toujours redoutable; A quoi que sa vertu puisse le disposer, Il est puissant, il m'aime, et vient pour m'épouser.
1 Var. Vous-mÂme êtes témoin des vœux qu'il fait pour lui. (1643-1656.)