‹ Polyglot reader, and guide for translationChapitre 142 sur 164 · C.— LES FRELONS DE LA SOCIÉTÉ · texte numérisé non relu

C.— LES FRELONS DE LA SOCIÉTÉ

Ces mouches dorées qui, se chauffant au soleil de la cour, s'engraissent de sa corruption, que sont-elles ? Les frelons de la société ! Ces frelons vivent sur le travail de l'artisan ; pour eux le serf affamé force le glèbe rebelle à donner ses moissons auxquelles il n'a point part ; et ce sordide fantôme, plus maigre encore que la misère décharnée, qui consume une vie sans soleil au fond d'une mine insalubre, traîne dans le labeur une longue mort pour assouvir leur grandeur. La masse s'épuise de fatigues pour que quelques-uns puissent connaître les soucis et les maux de l'oisiveté.

D'où, crois-tu, que naissent les rois et les parasités. D'où vient cette lignée contre nature de frelons qui amoncèlent le travail et une pauvreté sans remède sur ceux qui bâtissent leurs palais et leur donnent leur pain quotidien ? Du vice, du vice noir et odieux, de la rapiñe, de la folie, de la perfidie, de l'injustice ; de tout ce qui engendre la misère et transforme la terre en un désert plein de ronces ; de la convoitiser de la vengeance et du meurtre.

Mais quand la voix de la raison, puissante comme la voix de la nature, aura réveillé les nations ; quand le genre humain reconnaîtra que le vice est discorde, guerre et misère, tandis que la vertu est paix, bonheur, harmonie ; quand l'homme ¿lus mûr dédaignera les jouets de son enfance, la splendeur de a royauté perdra la puissance d'éblouir, son autorité s'évanouira en silence, le trône somptueux cessera d'attirer les regards dans les palais qui tomberont rapidement en ruine ; alors la profession du mensonge deviendra aussi haïssable et aussi ingrate que l'est aujourd'hui celle de la vérité.

Shelley

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