‹ Pomologie française (volume 2)Chapitre 26 sur 106 · CERISE ROYALE HATIVE · texte numérisé non relu

CERISE ROYALE HATIVE

Cerasus regalis præcoæ. Poit. et Turp.

CT N distingue plus ou moins clairement dans les pépinières trois variétés de

Cerise royale, et que l’on désigne souvent par les noms de Cherry Duke,

| May Duke et Holman’s Duke. Ces noms en uke, inconnus à La Quintinye,

ont été introduits pendant le xvur' siècle, quand les Français voulaient tout faire et tout dire à l'anglaise, sans réfléchir combien les répugnent à notre langue.

Si quelqu'un voulait me soutenir qu'il n'existe qu'une seule Cerise royale, 1l me trouverait assez disposé à partager son opinion; mais, en ma qualité d'historien, je suis obligé d'enregistrer l'état de la question, et dire qu'en 1838, les pépiniéristes annoncent encore sur leurs catalogues, le Cherry Duke, le May Duke, et que le Holman’s Duke ne se trouve plus que dans l'ouvrage de Duhamel, imprimé en 1768.

Quant au nom de Cerise royale, on le trouve dans un catalogue de la pépinière des Chartreux imprimé en 1767, et ce nom n'était déjà plus nouveau, puisqu'on y ajoutait l’épithète ancienne , par opposition à la Cerise anglaise que l’on désignait aussi dans ce même catalogue sous le nom de Cerise royale.

Quoi qu'il en soit, le Cerisier royal d'aujourd'hui est un arbre vigoureux dont les rameaux, gros et courts, s'élèvent presque verticalement dans le premier âge, mais qui bientôt s'étendent presque horizontalement et se soutiennent dans cette direction; ils sont peu nombreux et très flexibles quoique gros; les bourgeons ou pousses de l’année sont remarquablement gros , d'un vert jaunâtre, luisant et cuivré du côté du soleil , tiquetés de gros points roux, ceux des bourgeons qui croissent à l'ombre restent d’un vert obscur.

Les feuilles sont nombreuses, rapprochées, ovales ou oblongues, épaisses, bien étoffées, d’un beau vert en dessus, pâles et un peu velues en dessous, longues de trois à quatre pouces, inégalement dentées et terminées en pointe, portées sur des pétioles longs de quatorze à dix-huit lignes, légèrement velus et lavés de violet du côté du soleil.

Les boutons à fruits sont roux, coniques, et la plupart de leurs écailles extérieures persistent jusqu'à la maturité des fruits; chaque bouton donne naissance à trois, quatre et six fleurs larges de douze ou quinze lignes, blanches tant qu’elles sont fraîches, et qui rougissent beaucoup lorsqu'elles commencent à passer.

Le fruit est gros, arrondi, déprimé à la base et au sommet, pendu à une queue longue de quinze à vingt-quatre lignes, qui se teint de rouge du côté du soleil. Le diamètre transver-

sal de ce fruit est de douze à treize lignes sur une hauteur un peu moindre; l’un de ses côtés est un peu comprimé , et on y remarque un trait d'une couleur plus dense.

La peau est luisante, d’un rouge brun dans le commencement de la maturité, tiquetée et presque noire lorsque le fruit est bien mür.

La chair suit les progrès de la coloration de la peau; elle est d’abord couleur de souci» ensuite d’un pourpre noir.

L’eau est douce, très agréable; cependant lorsqu'on la déguste bien, on y trouve quelque chose des Griottes, c'est-à-dire une légère amertune.

Le noyau est arrondi, bien gonflé, quelquefois un peu rougeâtre.

Cette belle Cerise mürit dans la première quinzaine de juillet, sur les arbres en plein vent, mais en espalier on en cueille dès la mi-juin et même plus tôt; sa douceur naturelle fait qu'on la cueille dès qu’elle est rouge, avant même qu’elle ait atteint toute sa grosseur, tandis que, pour la manger excellente, il faudrait attendre qu'elle fût presque noire.

On ne voit guère cette belle Cerise sur les marchés de la capitale lorsqu'elle est à son point parfait de maturité, parce qu'on ne la cultive guère dans les campagnes, et que les habitans de Montreuil et desenvirons la vendent, ainsi que la Cerise anglaise, avant sa maturité complète. Le cultivateur profite de l’impatience des Parisiens qui aiment mieux payer un mauvais fruit fort cher , que d'attendre quelques jours pour l’avoir bon, et le payer moins

cher.

De npronerié de Lixrglons ï Bouguet 0277 .

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