‹ Pomologie française (volume 2)Chapitre 74 sur 106 · FRAISIER À FEUILLES SIMPLES · texte numérisé non relu

FRAISIER À FEUILLES SIMPLES

Fragaria monophylla. boit, et Turp.

NN se reproduit aussi de graines, selon l’auteur , et c’est peut-être pourquoi Linné l'a rangé au nombre des espèces, car Duchesne le lui avait envoyé à Stockholm.

Cette singulière et curieuse espèce s'est conservée jusqu’à présent dans les collections et chez quelques curieux. Elle a quelque chose d’irrégulier dans le port; toutes ses parties paraissent contraintes, tourmentées ; elle est d’ailleurs délicate, fait peu de coulans, et ne forme jamais de grosses touffes comme les autres.

La plupart de ses feuilles sont simples, très plissées, ovales, bordées de dents très grandes relativement à l'étendue des feuilles; mais il n’est pas rare d'en trouver aussi, parmi celles qui se développent les premières, à deux ou trois folioles plus ou moins détachées.

Les hampes sont droites, raides, pauciflores, et plus hautes que les feuilles.

Les premières fleurs sont régulières, la plupart comprimées; le nombre des pétales augmente et double quelquefois; les divisions calicinales s'allongent en petites feuilles inépales et diversement découpées.

Les fruits, plus gros que la Fraise des bois, toujours peu nombreux, sont tous allongés, mais quelquefois comprimés ou plus ou moins lobés à la manière des Fraises de Montreuil. Leur couleur et leur saveur sont à-peu-près les mêmes que dans la Fraise des bois. |

Ce Fraisier demande quelque soin pour sa conservation : il périt en peu de temps. en terre forte et froide; les gelées le soulèvent de terre et le font mourir. On doit

donc le planter en terre ni trop argileuse ni trop siliceuse.

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Fragaria portentosa. Poit.et Turp,

EUT-ON ne pas admirer la puissance d’une culture raisonnée, en voyant

les fruits prodigieux qu’obtiennent les habitans de Montreuil? Le Fraisier

figuré ici est une preuve des plus convaincantes de la haute intelligence cé de ces habiles cultivateurs, et de la prodigalité de la nature envers ceux qui étudient ses lois et qui s'appliquent à pénétrer le mystère de ses opérations. Ce n'est qu'à Montreuil, Charonne et Bagnolet, que ce Fraisier produit des fruits aussi volumineux, parce que ce n'est que dans ces lieux qu'on le cultive avec une méthode et des soins particuliers, qui entretiennent en lui le caractère

de vigueur et de fécondité qu'on ne lui retrouve pas ailleurs.

Le Fraisier de Montreuil tire évidemment son origine du Fraisier des bois, mais une obscurité profonde nous dérobe l’année et les circonstances de sa naissance. Quant au lieu qui l'a vu naître, la tradition nous a appris que c'est dans les campagnes de la Ville-du-Bois, près Montlhéry, à six lieues à l’ouest de Paris qu'on l’a remarqué pour la première fois. Ces campagnes étaient autrefois couvertes de bois; ces bois ayant été abattus, la culture du Fraisier dit des bois, s'établit en grand à leur place et s’y est maintenue plus de cent ans, jusqu’à ce qu'enfin en 1780, les habitans de la Ville-du-Bois, s'étant apparemment lassés du Fraisier, l'ont remplacé par de la vigne. Or, ce fut pendant cette longue période de la culture du Fraisier des bois dans les champs de la Ville-du-Bois, que le Fraisier de Montreuil s'y montra.

Duchesne qui a publié une histoire des Fraisiers en 1766, traite de l’origine de celui-ci et de sa culture sous le nom de Fraisier fressant. Duhamel! n’a rien ajouté à ce qu'avait dit Duchesne. M. Turpin et moi, dans notre traité des arbres fruitiers, ouvrage en six volumes grand in-fol., avons repris ce qui était connu au temps de Duchesne, y avons ajouté de nouvelles observations prises sur les lieux mêmes, avons rectifié quelques erreurs accréditées , et adopté le nouveau nom donné à ce Fraisier par les cultivateurs.

Depuis une trentaine d’années les pépinières du Fraisier de Montreuil se sont rapprochées de Paris; elles se sont établies dans les environs de Sceaux-les-Chartreux , de Fontenayaux-Roses, où les cultivateurs de Montreuil vont chercher du plant pour le cultiver chez eux, à leur manière, et dont je vais indiquer ici les principales conditions.

En novembre, les jardiniers de Montreuil vont acheter du plant de Fraisier à Fontenayaux-Roses ou dans les environs. Ils le paient, année commune, neuf à dix francs les 34

mètres carrés (la perche), et cet espace contient trois ou quatre mille plants. Les acheteurs le lèvent eux-mêmes et l'emportent sans l’éplucher. Arrivés chez eux, ils détachent les plants de leur coulant, les nettoient, suppriment les grandes feuilles, rafraîchissent les racines, et repiquent les plants dans une costière à 54 ou 81 millimètres l’un de l'autre, et si l'hiver devient rigoureux, ils les couvrent d'un peu de litière pour que les gelées ne les fatiguent pas.

Vers la fin de mars ou dans les premiers jours d'avril, on plante ce plant par planches dans un terrain bien préparé, et mettant les pieds à environ 5 décimètres (18 pouces) les uns des autres. On le mouille plusieurs fois la semaine pendant le printemps et l'été, surtout si l'on n’a pas paillé les planches en plantant. Il est aussi d’une grande importance de supprimer les coulans à mesure qu'ils se développent pendant toute la première année. Durant l'été de cette première année, quelques pieds donneront du fruit qui ne sera guère plus gros que la fraise des bois; aussi cette récolte ne compte-t-elle pas ; c'est sur la seconde et la troisième année que l’on fonde toute son espérance; c’est pendant ces deux années que l’on obtient les fruits merveilleux que représente le dessin ci-joint; mais ce n’est toujours qu'avec des soins assidus; si l'on suspendait la mouillure qu'on négligeñt de pailler, qu’on laissät pousser les mauvaises herbes, durcir la terre, pousser les coulans, ce serait en vain qu'on aurait été bien loin acheter du plant bien cher, les fraises qu'on en obtiendrait seraient à peine plus grosses que celles des bois.

Après la récolte de la troisième année, on laisse partir tous les coulans, et ils produisent du jeune plant comme celui qu'on avait été acheter à Fontenay-aux-Roses, et que l'on traite et cultive de la même manière pendant trois autres années. Après ces six années révolues, quelques cultivateurs le réforment, mais d'autres en tirent dés coulans qu'ils cultivent encore pendant trois ans, après quoi ils le détruisent, parce que l’expérience leur a appris qu'après neuf années successives de culture dans le même terrain, le plant dégénère, qu'il faut le changer, et aller chercher d'autres plants dans les pépinières de Fontenay-aux-Roses ou dans les environs où la terre est légère, sableuse et parfaitement convenable au fraisier.

Les gros et monstrueux fruits du Fraisier de Montreuil ne se montrent que dans le fort de la saison; ceux qui naissent dans son déclin sont moins gros et plus réguliers ; ces fruits monstrueux n’ont peut-être pas tout le parfum qu’on trouve dans les fruits réguliers ; mais à Paris, on n’y regarde pas de si près; quand des fruits sont beaux et gros, on est

sûr de les vendre plus cher que d’autres meilleurs, mais plus petits.

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