‹ Pompee, tragedie de P. CorneilleChapitre 102 sur 122 · PHOCAS, PULCHÉRIE, EXUPERE , AMINTAS · texte numérisé non relu

PHOCAS, PULCHÉRIE, EXUPERE , AMINTAS

Et toi , n’esperc pas désormais me fléchir :

Je tiens Héraclius , et n’ai plus rien à craindre ,

Plus lieu de te flatter , plus lieu de me contraindre; Ce frere et ton espoir vont entrer au cercueil 1 Et j’abattrai d’un coup sa tête et ton orgueil.

Mais ne te contrains point dans ces rudes alarmes ( Laisse aller tes soupirs, laisse couler tes larmes.

Pu l c H É R i i.

Moi pleurer ! moi gémir i Tyran ! j’aurois pleuré Si quelques lâchetés l’avoient déshonoré ,

S’il n’eût pas emporté sa gloire toute entière ,

S’il m’avoit fait rougir par la moindre pricre ,

Si quelque infâme espoir qu’on lui dût pardonner , Eût mérité la mort que tu lui vas donner.

4* HÉRACLIUS

Sa vertu jusqu’au bout ne s’est pas démentie :

Il n’a point pris le Ciel, ni le sort à partie ,

Point querellé le bras qui fait ces lâches coups ;

Point daigné contre lui perdre un juste courroux.

Sans te nommer ingrat , sans trop le nommer traître , De tous deux , de soi-même il s’est montré le maître i Et dans cette surprise il a bien su courir A la nécessité qu’il voyoit de mourir.

Je goûtois cette joie , en un sort si contraire:

Je l’aimai comme amant, je l’aime comme frere»

Et dans ce grand revers je l’ai vu hautement Digne d’être mon frere et d’être mon amant.

Explique , explique mieux le fond de ta pensée i Et sans plus te parer d’une vertu forcée ,

Pour apaiser le pere offre le cœur au fils ,

Et tâche à racheter ce cher frere à ce prix i Pulchérie.

Crois-tu que sur la foi de tes fausses promesses.

Mon amc ose descendre à de telles bassesses ?

Prends mon sang pour le sien ; mais s’il y faut mon cœur, Périsse Héraclius avec sa triste sœur.

Eh ! bien , il va périr , ta haine en est complice.

PnCHÉRII,

Et je verrai du Ciel bientôt choir ton supplice.

Dieu , pour le réserver à ses puissantes mains ,

Fait avorter exprès tous les moyens humains :

Il veut frapper le coup sans notre ministère.

Si l’on t’a bien donné Léonce pour mon frere ,

Le*

les quatre autres peut-être , à tes yeux abusés ,

Ont été comme lui des Césars supposés.

l’État , qui dans leur mort voyoit trop sa ruine ,

Avoit des généreux autres que Léontine ;

Ils trompoient d’un barbare aisément la fureur ,

Qui n’avoit jamais vu la Cour, ni l’Empereur.

Crains, Tyran ! crains encor : tous Tes quatre peut-être» l’un après l’autre , enfin , se vont faire paroître ;

Et, malgré tous tes soins, malgré tout ton effort ,

Tu ne les connoîtras q'u’en recevant la mort, ïdoi-même , à leur défaut, je serai la conquête De quiconque à mes pieds apportera ta tête > l’esclave le plus vil qu’on puisse imaginer Sera digne de moi, s’il peut t’assassiner.

Va perdre Héraclius, et quitte la pensée Que je me pare ici d’une vertu forcée ;

Et , sans m’importuner de répondre à tes vœux ,

Si tu prétends régner , défais-toi de tous deux.

( Elle sort. )

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