‹ Pompee, tragedie de P. CorneilleChapitre 106 sur 122 · X: le mettre en état , dessous sa bonne foi · texte numérisé non relu

X: le mettre en état , dessous sa bonne foi

K iij

,4 HÉRACLIUS

De régner en ma place, ou de périr pour moi; Madame , est-ce en effet me rendre un grand service î Eudoxî.

Eût-elle démenti ce billet de Maurice ?

Etrcût-elle pu faire, à moins que révéler Ce que sur-tout alors il lui falloit célcr ?

Quand Martian par-là n’eût pas connu son pere , C’étoit vous hasarder sur la foi d’Exupcrc;

Elle en doutoit , Seigneur , et par l’événement Vous voyez que son zele en doutoit justement.

Sure en soi des moyens de vous rendre l’Empire >

Qu’à vous-même jamais elle n’a voulu dire ,

Elle a sur Martian tourné le coup fatal De l’épreuve d’un cœur qu’elle connoissoit mal. Seigneur, où seriez-vous sans ce nouveau service ? Héracliüs.

Qu’importe qui des deux on destine au supplice ?... Qu’importe, Martian, vu ce que je te doi ,

Qui trahisse mon sort d’Exupere ou de moi ?

Si l’on ne me découvre , il faut que je m’expose ,

Et l’un et l’autre enfin ne sont que même chose , Sinon qu’étant trahi je mourrois malheureux ,

Et que m’offrant pour toi je mourrai généreux.

E u d o XV.,'

Quoi ! pour désabuser une aveugle furie ,

Rompre votre destin et donner votre vie î Héraclius.

Vous êtes plus aveugle encore en votre amour. Pcrira-t-i! pour moi quand je lui dois le jour.

Et lorsque sous mon nom il se livre à sa perte ,

Tiendrai-je sous le sien ma fortune couverte ?

S’il s’agissoit ici de le faire Empereur ,

Je pourrois lui laisser mon nom et son erreur;

Mais conniver en lâche à ce nom qu’on me vole , Quand son pere à mes yeux au lieu de moi l’immole ! Souffrir qu’il sc trahisse aux rigueurs de mon sorti Vivre par son supplice , et régner par sa mort !

Ah ! ce n’est pas , Seigneur , ce que je vous demande i De cette lâcheté l’infamie est trop grande :

Montrez-vous pour sauver ce héros du trépas ;

Mais montrez-vous en maître , et ne vous perdez pas. Rallumez cette ardeur où s’opposoitma mere, Garantissez le fils par la perte du perc ,

Et , prenant à l’Empire un chemin éclatant , Montrez Héraclius au peuple qui l’attend.

Héracliv s.

Il n’est plus tems , Madame , un autre a pris ma place Sa prison a rendu le peuple tout de glace.

Déjà , préoccupé d’un autre Héraclius ,

Dans l’effroi qui le trouble il ne me croira plus ; Et, ne me regardant que comme un fils perfide ,

Il aura de l’horreur de suivre un parricide.

Mais quand même il voudroit seconder mes desseins» Le Tyran tient déjà Martian en ses mains :

S’il voit qu’en sa faveur je marche à force ouverte. Piqué de ma révolte il hâtera sa perte ,

Et croira qu’en m’ôtant l’espoir de le sauver ,

11 m’ôtera l’ardeur qui me fait soulever.

N’en parlons plus j en vain votre amour me retarde >

Vf

y« HÉRACLIUS,

Le sort d’Héraclius tout entier me regarde.

Soit qu’il faille regner , soit qu’il faille périr ,

Au tombeau comme au trône on me verra courir.,. Mais voici le Tyran et son traître Exupere.

Page 1