‹ Pompee, tragedie de P. CorneilleChapitre 12 sur 122 · I.e choix des actions ou mauvaises ou bonnes · texte numérisé non relu

I.e choix des actions ou mauvaises ou bonnes

Ne fait qu’anéantir la force des couronnes ;

Le droit des Rois consiste à ne rien épargner ;

La timide équité détruit l’art de régner :

Quand on craint d’être injuste on a toujours à craindre. Et qui veut tout pouvoir , doit oser tout enfreindre , Fuir comme un déshonneur la vertu qui le perd ,

Et voler sans scrupule au crime qui le sert.

C’est-là mon sentiment : Achillas et Scptime S’attacheront peut-être à quelque autre maxime , Chacun a son avis; mais, quel que soit le leur.

Qui punit le vaincu , ne craint point le vainqueur,

Achillas.

Seigneur , Photin dit vrai ; mais quoique de Pompée Je voie et la fortune et la valeur trompée,

Je regarde son sang comme un sang précieux.

Qu’au milieu de Pharsale ont respecté les Dieux. Non qu’en un coup d’État je n’approuve le crime ;

Mais s’il n’est nécessaire , il n’est point légitime.

Et quel besoin ici d’une extrême rigueur?

Qui n’est point au vaincu , ne craint point le vainqueur. Neutre jusqu’à présent vous pouvez l’être encore ,

Vous pouvez adorer César , si l’on l’adore ;

Mais quoique vos encens le traitent d’immortel , Cette grande victime est trop pour son autel ,

Et sa tête immolée au Dieu de la victoire ,

• Imprime à votre nom une tache trop noire i

POMPÉE

Ne le pas secourir suflRt.sans l’opprimer.

En usant de la sorte on ne vous peut blâmer.

Vous lui devez beaucoup i par lui Rome animée A fait rendre le sceptre au feu Roi Ptoloméc >

Mais la reconnoissance et l’hospitalité Sur les âmes des Rois n’ont qu’un droit limité.

Quoique doive un Monarque , et dût-il sa couronne»

Il doit à ses sujets encor plus qu’à personne ,

Et cesse de devoir» quand la dette est d’un rang A ne point s’acquitter qu’aux dépens de leur sang.

S’il est juste d’ailleurs que tout se considéré.

Que hasardoit Pompée en servant votre pere ?

XI se voulut par- là faire voir tout-puissant.

Et vit croître sa gloire en le rétablissant.

Il le servit enfin ; mais ce fut de la langue :

La bourse de César fit plus que sa harangue ;

Sans scs mille talens , Pompée et ses discours ,

Pour rentrer en Égypte étoient un froid secours.

Qu’il ne vante donc plus ses mérites frivoles :

Les effets de César valent bien ses paroles ;

Et si c’est un bienfait qu’il faut rendre aujourd’hui» Comme il parla pour vous , vous parlerez pour lui» Ainsi vous le pouvez et devez reconnoître ,

Le recevoir chez vous c’est recevoir un maître ,

Qui tout vaincu qu’il est , bravant le nom de Roi , Dans vos propres États vous donneroic la loi. Fermez-lui donc vos ports ; mais épargnez sa tête.- S’il le faut toutefois , ma main est toute prête i J’obéis avec joie, et je serois jaloux.

Qu’autre bras que le mien portât les premiers coups.

Septimi,

Seigneur , je suis Romain , je connois l’un et l’autre: Pompée a besoin d’aide , il vient chercher la vôtre. Vous pouvez, comme maître absolu de son sort, le servir , le chasser , le livrer vif ou mort.

Des quatre, le premier vous scroit trop funeste; Souffrez donc qu’en deux mots j’examine le reste.

Le chasser , c’est vous faire un puissant ennemi , Sans obliger par-là le vainqueur qu’à demi ,

Puisque c’est lui laisser et sur mer et sur terre Da suite d’une longue et difficile guerre.

Dont peut-être tous deux également lassés.

Se vengeroient sur vous de tous les maux passés.

De livrer à César n’est que la même chose :

Il lui pardonnera s’il faut qu’il en dispose;

Et , s’armant à regret de générosité ,

D’une fausse clémence il fera vanité ,

Heureux de l’asservir en lui donnant la vie ,

Et de plaire par-là meme à Rome asservie.

Cependant que forcé d’épargner son rival ,

Aussi bien que Pompée il vous voudra du mal.

Il faut le délivrer du péril et du crime.

Assurer sa puissance et sauver son estime ;

Et du parti contraire , en ce grand chef détruit. Prendre sur vous la honte et lui laisser le fruit.

C’est-là mon sentiment, ce doit être le vôtre. Par-là vous gagnez l’un , et ne craignez plus l’autre ; Mais suivant d’Achillas le conseil hasardeux ,

Vous n’en gagnez aucun et les perdez tous deux.

10 POMPÉE

Ptolomée.

N’examinons donc plus la justice des causes ,

Et cédons au torrent qui roule toutes choses.

Je passe au plus de voix , et de mon sentiment Je veux bien avoir part à ce grand changement.

Assez et trop long-tems l’arrogance de Rome A cru qu’être Romain c’étoit être plus qu’homme , Abattons sa superbe avec sa liberté ,

Dans le sang de Pompée éteignons sa fierté , Tranchons l’unique espoir où tant d’orgueil se fonde t Et donnons un Tyran à ces Tyrans du monde > Secondons le destin qui les veut mettre aux fers »

Et prêtons-lui la main pour venger l’Univers.... Rome, tu serviras, et ces Rois que tu braves»

Et que ton insolence ose traiter d’esclaves ,

Adoreront César avec moins de douleur ,

Puisqu’il sera ton maître aussi bien que le leur.,.. Allez donc, Achillas, allez, avec Scptime,

Nous immortaliser par cet illustre crime ;

Qu’il plaise au Ciel ou non , laissez-m’en le souci :

Je crois qu’il veut sa mort puisqu’il l’amene ici. Achillas.

Seigneur , je crois tout juste alors qu’un Roi l’ordonne,

PXOLOMÊE.

Allez , et hâtez-vous d’assurer ma couronne ,

Et vous ressouvenez que je mets en vos mains Le destin de l’Égypte et celui des Romains.

( Achillas et Septimt sortent. )

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