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qu’elle craignît qu’il ne la voulût venger sur elle , soit que la même fureur l'emportât à ce nouveau parricide. Antiochus sonfrere lui succe'da , et contraignit cette mere dénaturée de prendre le poison qu’elle lui avoit préparé f.
Justin en ses 36, 38 et 39 livres raconte cette histoire plus au long , avec quelques autres circonstances. Le premier des Machabées et Josephe au ij des antiquités Judaïques, en disent aussi quelque chose qui ne s’accorde pas tout-à-fait avec Appian. C’est à lui que je me suis attaché pour la narration que j’ai mise au premier Acte, et pour l'effet du cinquième, que j’ai adouci du côtéd’Antiochus.J’enai dit la raison ailleurs. Le reste sont des épisodes d’invention , qui ne sont pas incompatibles avec l’histoire, puisqu’elle ne dit point ce que devint Rodogune après la mort de Démctrius , qui vraisemblablement l’amenoit en Syrie prendre possession de sa couronne. J’ai fait porter à la Piece le nom de cette Princesse, plutôt que celui de Cléopâtre, que je n’ai meme osé nommer dans mes vers, de peur qu’on ne confondît cette Reine de Syrie avec cette fameuse Princesse d’Égypte qui portoit même nom, et que l’idée de celle-ci, beaucoup plus connue que l’autre ne semât une dangereuse préoccupation parmi les auditeurs.
On m’a souvent fait une question à la coür , quel étoit celui de mes Poèmes que j’estimois le ptus, et j’ai trouvé tous ceux qui me l’ont faite si prévenus en faveur de Cinna , ou du Cid , que je n’ai jamais osé déclarer toute la tendresse que j’ai toujours eue pour celui-ci, à qui j’aurois volontiers donné mon suffrage, si je n’avois craint de manquer en quelque sorte au
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respect que je devois à ceux que je voyois pencher d'un autre côté. Cette préférence est peut-être en moi un effet de ces inclinations aveugles qu’ont beaucoup de peres pour quelques-uns de leurs enfans , plus que pour les autres: peut-être y entre-t-il un peu d’amour propre, en ce que cette Tragédie me semble être un peu plus à moi que celles qui l’ont précédée, à cause de* incidens surprenans qui sont purement de mon invention, et n’avoient jamais été vus au Théâtre , et peutêtre enfin y a-t-il un peu de vrai mérite qui fait que cette inclination n’est pas tout-à-fait injuste. Je veux bien laisser chacun en liberté de ses sentimens ; mais certainement on peut dire que mes autres Pièces ont peu d’avantages, qui ne se rencontrent en celle-ci. Elle a tout ensemble la beauté du sujet, la nouveauté des fictions , la force des vers , la facilité de l’expression , la solidité du raisonnement, la chaleur des passions, les tendresses de l’amour et de l’amitié, et cet heureux assemblage est ménagé de sorte, qu’elle s’élève d’Acte, en Acte. Le sedond passe le premier , le troisième est au-dessus du second, et le dernier l’emporte sur tous les autres. L’action y est une , grande, complctte. Sa durée ne va point, ou fort peu, au-delà de celle de làreprésentation. Le jour en eft le plus illustre qu’on puisse imaginer , et l’unité de lieu s’y rencontre en la maniéré que je l’explique dans le troisième de mes discours, et avec l’indulgence que j’ai demandée pour le Théâtre.
Ce n’est pas que je me flatte assez pour présumer qu’elle soit sans taches. On a fait tant d’objections contre la narration de Laonicc au premier Acte , qu’il est mal-aisé.
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de ne donner pas les mains à quelques-unes. Je ne la ^ tiens pas toutefois si inutile qu’on l’a dit. Il est hors de doute que Cléopâtre dans lcsecond, feroit connoître. beaucoup de choses par sa confidence avec Laonice* et par le récit qu’elle en fait à ses deux fils, pour leur remettre devant les yeux combien ils lui ont d’obligation ; mais ces deux scenes demeureroient assez obscures, si cette narration ne les avoit précédées, et du> moins les justes défiances de Rodogune à la fin du premier Acte , et la peinture que Cléopâtre fait d’ elle-même dans son monologue qui ouvre le second , n’auroient pû se faire entendre sans ce secours.
J’avoue qu’elle est sans artifice, et qu’on la fait de sang froid à un personnage protatique , qui se pourrait toutefois justifier par les deux exemples de Térencc que j’ai cités sur ce sujet au premier discours. Timagenc qui i’ccoute n’est introduit que pour l’écouter , bien que je l’emploie au cinquième à faire celle de la mort de Séleucus, qui se pouvoit faire par un autre. Il l’é f coûte sans y avoir aucun intérêt notable, et pa$ simple curiosité d’apprendre ce qu’il pouvoit avoir su déjà en la cour d’Égypte, où il étoit en assez bonne posture* étant gouverneur des neveux du Roi, pour entendre des nouvelles assurées de tout ce qui sc passoit dans la Syrie qui en est voisine. D’ailleurs, ce qui ne peut recevoir d’excuse *c’est que, comme il y avoit déjà quelquetems qu’il étoit de retour avec les Princes , il n’y a pasd’ap-, parence qu’il ait attendu ce grand jour de cérémonie pour s’informer de sa soeur, comment sc sont passés (ous ces troubles qu’il dit ne savoir que confusément-
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Poilu*, dans Médéc, n’est qu’un personnage protatique qui ccoute sans intérêt comme lui ; mais sa surprise do voir Jason à Corinthe où il vient d’arriver , et son séjour en Asie que la mer en sépare, lui donne juste sujet d’ignorer ce qu’il en apprend. La narration ne laisse pas de demeurer froide comme celle-ci , parce qu’il ne s’est encore rien passé dans la Pièce qui excite 1 a curiosité de l’auditeur , ni qui lui puisse donner quelque «émotion en l’écoutant ; mais si vous voulez réfléchir sur celle de Curiace dans Horace , vous trouverez qu’elle fait un tout autre effet. Camille qui l’écoute a intérêt comme lui à savoir comment s’est faite une paix dont dépend leur mariage , et l’auditeur, que Sabine et elle n’ont entretenu que de leur malheur, et des appréhensions d’une bataille qui sc va donner entre deux partis , où elles voyent leurs freres dans l’un , et leur amour dans l’autre, n’a pas moins d’avidité qu’elle d’apprendre comment une paix si surprenante s’est pu conclure.
Ces ééfauts dans cette narration confirment ce que j’ai dit ailleurs, que lorsque la Tragédie a son fondement sur des guerres entre deux États, ou sur d’autres affaires publiques , il est très-mal-aisé d’introduire un Acteur qui les ignore t et qui puisse recevoir le récit qui en doit instruire les spectateurs en parlant à lui.
J’ai déguisé quelque chose de la vérité historique en celui-ci. Cléopâtre n’épousa Antiochus qu’en haine de ce que son mari avoir épousé Rodogune chez les Parthes, et je fais qu’elle ne l’épouse que par la nécessité de ses affaires, sur un faux bruit de la mort de
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Démétrius, tant pour ne la faire pas méchante sans nécessité, comme Ménélas , dans l’Oreste d’Euripide, que pour avoir lieu de feindre que Démétrius n’avoic pas encore épousé Rodogune , et venoit l’épouser dans son Royaume, pour la mieux établir en la, place de l’autre, par le consentement de scs peuples, et assurer la couronne aux enfans qui naîtroient de ce mariage. Cette fiction m’étoit absolument nécessaire , afin qu’il fût tué avant que de l’avoir épousée , et que l’amour que ses deux fils ont pour elle ne fît point d’horreur aux spectateurs , qui n’auroient pas manqué d’en prendre une assez forte, s’ils les eussent vus amoureux de la veuve de leur pere , tant cette affection incestueuse répugne à nos moeurs.
Cléopâtre a lieu d’attendre ce jour-là à faire confidence à Laonicc de ses desseins, et des véritables raisons de tout ce qu’elle a fait. Elle eût pû trahir son secret aux Princes, ou à Rodogune, si elle l’eût su plutôt , et cette ambitieuse mere ne lui en fait part qu’au moment qu’elle veut bien qu’il éclate par la cruelle proposition qu’elle va faire à ses fils. On a trouvé celle que Rodogune leur fait à son tour , indigne d’une personne vertueuse, comme je la peins; mais on n’a pas considéré qu’elle ne la fait pas , comme Cléopâtre , avec espoir de la voir exécuter par les Princes , mais seulement pour s’exempter d’en choisir aucun , et les attacher tous deux à sa protection par une espérance égale. Elle étoit avertie par Laonice de celle que la Reine leur avoit faite , et devoit prévoir que si elle se fût déclarée pour AntiQchus , qu’elle aimoit , sou eunt-
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mie qui avoit seule le secret de leur naissance , n'eût pas manqué de nommer Séleucus pour aîné, afin de les commettre l’un contre l’autre, etd’cxciter une guerre civile qui eût pû causer sa perte. Ainsi elle devoit s’exempter de choisir , pour les contenir tous deux dans l’égalité de prétention , et elle n’en avoit point de meilleur moyen , que de rappellet le souvenir de ce qu’elle devoit à la mémoire de leur pere , qui avoit perdu la vie pour elle , et leur faire cette proposition qu’elle savoit bien qu’ils n’accepteroienj pas. Si le traité de paix l’avoit forcée à se départir de ce juste sentiment de reconnoissance, la liberté qu’ils lui rendoientla rejettoit dans cette obligation. Il étoit de son devoir de venger cette mort ; mais il étoit de celui des Princes de ne se pas charger de cette vengeance. Elle avoue elle-même à Antiochus qu’elle les haïroit, s’ils lui avoient obéi, que comme elle a fait ce qu’elle a dû par cette demande , ils font ce qu’ils doivent par leur refus; qu’elle aime trop la vertu pour vouloir être le prix d’un crime, ec que la justice qu’elle demande de la mort de leur pere seroit un parricide, si elle la rccevoit de leurs mains.
Je dirai plus. Quand cette proposition seroit toutsàfait condamnable en sa bouche, elle mériterait quelque grâce , et pour l’éclat que la nouveauté de l’invention a fait au Théâtre, et pour l’embarras surprenant où clic jette les Princes , et pour l’effet qu’elle produit dans le resté de la Pièce qu’elle conduit à l’action historique. Elle est cause que Séleucus par dépit renonce au trône, et à la possession de cette Princesse; que la Reine , le voulant animer contre son frere , n’en pc«c
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tien obtenir, et qu’enfin elle se résout par désespoir de les perdre tous deux , plutôt que de se voir sujette de con ennemie.
Elle commence par Séleucus , tant pour suivre l’ordre de l’histoire., que parce que s’il fût demeuré en vie apres Antiochus et Rodogune, qu’elle vouloit empoisonner publiquement , il les aurait pu venger. Elle ne craint pas la même chose d’ Antiochus pour son frere, d’autant qu’elle espere que le poison violent qu’elle lui a préparé fera un effet assex prompt pour le faire mourir avant qu’il ait pu rien savoir de cette autre mort , ou du moins avant qu’il l’en puisse convaincre, puisqu’elle a si bien pris son tems pour l’assassiner , que ce parricide n’a point eu de témoins. J’ai parlé ailleurs de l’adoucissement que j’ai apporté , pour empêcher qu’Antiochus n’en commît un en la forçant de prendre le poison qu’elle lui présente, et du peu d’apparence qu’il y a^oit qu’un moment après qu’elle a expiré presque à sa vue, il parlât d’amour et de mariage à Rodogune. Dans l’état où ils rentrent derrière le Théâtre, ils peuvent le résoudre quand ils le jugeront à propos. L’action est complettc, puisqu’ils sont hors de péril, et la mort de Séleucus m’a exempté de développer le secret du droit d’aînesse entre les deux freres, qui d’ailleurs n’eût jamais été croyable, ne pouvant être éclairci que par une bouche en qui l’on n’a pas pas vu assex de sincérité pour prendre aucune assurance sur son témoignage,
HÉRACLIUS
EMPEREUR