‹ Pompee, tragedie de P. CorneilleChapitre 86 sur 122 · PHOCAS, CRISPE · texte numérisé non relu

PHOCAS, CRISPE

CvRispp. , il n’est que trop vrai, la plus belle couronne N’a que de faux brillans dont l’éclat l’environne ;

Et celui dont le Ciel pour un sceptre fait choix , jusqu’À ce qu’il le porte en ignore le poids.

Mille et mille douceurs y semblent" attachées ,

Qui ne sont qu’un amas d’amertumes cachées :

Qui croit les posséder les sent s’évanouir ,

Et la peur de les perdre cmpSche d’en jouir.

Sur-tout qui, comme moi, d'une obscure naissance,

A ij

4 HÉRACLIUS

Monte par la révolte à la toute-puissance ,

Qui de simple soldat à l’Empire élevé ,

Ne l’a que par le crime acquis et conservé }

Autant que sa fureur s’est immolé de têtes ,

Autant flcssus la sienne il croit voir de tempêtes , Et comme il n’a semé qu’épouvante et qu’horreur , 11 n'en recueille enfin que trouble et que terreur. J’en ai semé beaucoup , et depuis quatre lustres Mon trône n’es: fonde que sur des morts illustres • Et j’ai mis au tombeau pour régner sans effroi Tout ce que j’en ai vu de plus digne que moi.

Mais le sang répandu de l'Empereur Mayrice,

Êes cinq fils , à ses yeux , envoyés au supplice.

En vain en ont été les premiers fondemens ,

Si pour m’ôter ce trône ils servent d’instrumens.

On çn fait revivre un au bout de vingt années , Byzance ouvre, dis- tu , l’oreille à ces menées.

Et le Peuple amoureux de tout ce qui me nuit. D’une croyance avide embrasse ce faux bruit; Impatient déjà de se laisser séduire Au premier itnposreur armé pour me détruire.

Qui , s’osant revêtir de ce fantôme aimé ,

Voudra servir d’idole à son zele charmé.

Mais sais-tu sous quel nom ce fâcheux bruit s’excite )

Crispe.

Jl nomme Héraçlius celui qu’il ressuscite.

Quiconque en est l’auteur devoit mieux l’inventer, Ee nom d’Héraclius doit peu m’épouvanter ;

53 mort est trop certaine et fyt trop remarquable

Pour craindre un grand effet d’une si vainc fable.

11 n’avoit que six mois , et lui perçant le flanc.

On en fit dégoutter plus de lait que de sang;

Et ce prodige affreux , dont je tremblai dans.l’amé. Put aussi-tôt suivi de la mort de ma femme.

II me souvient encor qu’il fut deux jours caché ,

Et que, sans Léontine , on l’eût Iong-tcms cherché. Il fut livré par elle , à qui , pour récompense ,

Je donnai de mon fils à gouverner l’enfance ,

Du jeune Martian, qui, d’âge presque égal ,

Etoit resté sans mere en ce moment fatal.

Juge par-là combien ce conte est ridicule.

Crispe.

Tout ridicule il plaît , et le Peuple est crédule;

Mais avant qu’à ce conte il se laisse emporter ,

Il vous est trop aisé de le faite avorter.

Quand vous fîtes périr Maurice et sa famille ,

Il vous en plut , Seigneur , réserver une fille ,

Et résoudre dès-lors qu’elle auroit pour époux Ce Prince destiné pour régner après vous.

Le Peuple en sa personne aime encore et révère Et son pere Maurice et son ayeul Tibère ,

Et vous verra sans trouble en occuper le rang ,

S’il voit tomber leur sceptre au reste de leur sang. Non , il ne courra plus après l’ombre du frere ,

S’il voit monter la soeur dans le trône du pere.

Mais pressez cet hymen. Le Prince, aux champs de Mars Chaque jour , chaque instant s’offre à mille hasards , Et n’eût été Léonce , en la derniere guerre ,

Ce dessein avec lui seroit tombé par terre,

A iij

'• HÉRACLIUS

Puisque sans la valeur de ce jeune guerrier.

Mai tjan demeuroit ou mort , ou prisonnier.

Avant que d’y périr, s’il faut qu’il y périsse.

Qu’il vous laisse un neveu qui le soit de Maurice , pt qui , réunissant l’une et l’autre maison ,

Tirç çfce* vous l’amour qu’on garde pour son nom. P h o c a s.

Hélas 1 de quoi me sert ce dessein salutaire,

Si , pour en voir l’effet , tout me devient contraire ? Pulchérie et mon fils ne se montrent d’accord Qu’à fuir cet hyménée à l’égal de la mort, pt les aversions entre eux deux mutuelles ,

Les font d’intelligence à se montrer rebelles.

La Princesse, sur-tout, frémit à mon aspect, p£ , quoiqu’elle étudie un peu de faux respect.

Le souvenir des siens, l’orgueil de sa naissance L’emporte à tous momens à braver ma puissance*

Sa mere , que lang-tems je voulus épargner ,

Pt qu’en vain par douceur j’espérai de gagner ,

L’a de la sorte instruite , et ce que je vois suivre ,

Me punit bien du trop que je la laissai vivre. Crispe.

II faut agir de force avec de tels esprits.

Seigneur; et qui les flatte endurcit leurs mépris ,

La yiolepçe est juste où la douceur çst vaine,

O’est par-là qu’aujourd’hui je veux dompter sa haine. Je J’ai mandée exprès , non plus pour la flatter ,

Mais pour prendre mon ordre et pour J’exéçuw.»

SUe entre.

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