‹ Pompee, tragedie de P. CorneilleChapitre 9 sur 122 · SUR POMPÉE · texte numérisé non relu

SUR POMPÉE

cc ILe caractère de la Poésie du style a toujours décidé du bon , ou du mauvais succès des Poemes Dramatiques , même de ceux qui , par leur étendue , semblent dépendre le plus de l’économie du plan , de la distribution de l’action , et de la décence des mœurs. ( Réflexions «critiques sur la Poésie et sur la Peinture , par l’Abbé Du Bos , tome premier , section trentetroisieme, page 2.8 j et suivantes# ) Nous avons deux Tragédies du grand Corneille , dont la conduite et la plupart des caractères sont trèsdéfectueux , le Cid et la Mort de Pompée. On pourroit même disputer à cette derniere le titre de Tragédie. Cependant le Public , enchanté par la Poésie du style de ces Ouvrages , ne se lasse point de les admirer , et il les place fort au-dessus de plusieurs autres dont les mœurs

jcviij' JUGEMENS ET ANECDOTES.

sont meilleures , et dont le plan est régulier. Tous les raisonnemens des Critiques ne le persuaderont jamais qu’il ait tort *de prendre pour des Ouvrages excellens deux Tragédies , qui, depuis quatre vingts ans, font toujours pleurer les Spectateurs. ( 11 y en a plus de soixante que l'Abbé Du Bos écrivoit cela , et l'on pense encore de même). Mais, comme le dit l’Auteur de la Tragédie Angloise de Caton ( Addisson ) : Les vers des Poètes Anglois sont souvent harmonieux et pompeux avec un sens trivial ou qui ne consiste qu’en un jeu de mots , lequel, ne fait point d’image , au lieu que dans les Tragédi s des Anciens , ainsi que dans celles de Corneille et de Racine , le vers présente toujours quelque chose à l’imagination. Leur Poésie est encore plus belle par les images que par l’harmonie . Le sens des mots enrichit leur phrase encore plus que le choix et C assemblage mélodieux des sons qui la composent. La Pueelle de Chapelain , et le Clovis de Desmarcts , sont deux Poemes épiques dont la constitution et les mœurs valent mieux , sans comparaison , que celles des deux Tragédies dont j’ai parlé. D’ailleurs leurs incidens , qni font la plus belle partie dç notre

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Histoire , doivent attacher davantage la Nation Françoise , que des événemens arrivés depuis long - tems dans l’Espagne et dans l’Egypte.

Chacun sait le succès de ces Poèmes épiques , qu’on ne sauroit imputer qu’au défaut de la Poésie du style.... »

« 11 est certain , dit Parfaict , ( Histoire du Théâtre François , tome sixième , page 163 et suivantes ) examinant ce passage de l’Abbé Du Bos , par rapport à Pompée , que la beauté des vers qui, sans contredit , sont les plus élevés et les plus pompeux que Corneille ait jamais faits , jointe à la. richesse des images et des pensées , a pu éblouit les Spectateurs sur les irrégularités du Poëmc j mais pourroit-on dire qu’en cela seul consiste tout son mérite , et n’être pas frappé des caractères de Cléopâtre , de César et de Cornélie , aussi sublimes et aussi bien soutenus qu’aucuns que cet inimitable Auteur ait mis au Théâtre.... »

« Le principal mérite de cette Tragédie est d’intéresser pour un Héros qui ne paroît point. ( Dictionnaire Dramatique , tome second , pag. 4f 8 et 4j?. ) La fermeté, la grandeur d’aine

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d’une Romaine sont parfaitement exprimées dans le caractère de C#«élie. Elle se peint ellemême par ccs vers admirables et neufs dans leur tour :

ce Veuve du jeune Crasse et veuve de Pompée, y> Fille de Scipion , et , pour te dire plus , s> Romaine , mon courage est encore au-dessus. »

ec César y paroît toujours grand , toujours digne d’avoir vaincu Pompée. Il est vrai qu’il fait mieux la guerre que l’amour j mais l’amour auroit encore mieux fait de ne point paroître dans cette Tragédie. »

« L’amour régna toujours sur le Théâtre de Erancc dans les Pièces qui précédèrent celles de Corneille et dans les siennes. ( Voltaire, Commentaires sur Pompée ) Mais, si vous en exceptez les scenes de Chimene , il ne fut jamais traité comme il doit l’être. Ce ne fut point une passion violente , Suivie de crimes et de remords : il ne déchira point le cœur , il n’arracha point de larmes. Ce ne fut gueres que dans le cinquième acte d * Andromaquc et dans le rôle de J?hedrc , que Racine apprit à l’Europe comment

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Cette terrible passion , la plus théâtrale de toutes, doit être traitée. On ne connut long tems que de fades conversations amoureuses , et jamais les fureurs de l’amour.... Pardonnons à Corneille de ne s’être pas toujours élevé au-dessus de son siecle. Imputons à nos Romans ces défauts du Théâtre , et plaignons le plus beau génie qu’eut la France d’avoir été asservi aux plus ridicules usages.

cc Gardez donc de donner , ainsi que dans délie , a? L’air , ni l’esprit François à l’antique Italie »

51 Et, sous des noms Komains faisant notre portrait, 5 > Peindre Caton galant et Char dameret,

a dit Boileau , dans le troisième Chant de soti ^Art Poétique . Voltaire , voulant faire l’application de ces vers à la Tragédie de Pompée , a seulement substitué le nom de César à celui de Brutus , qu’il y a dans Boileau.

« Que la générosité de Cornélie éleve l’ame , lorsqu’elle vient avertir César du danger qui le menace à la Cour de Ptolomée I Ce n’est point de la terreur et de la pitié j mais c’est de l’admiration. Corneille est le premier de tous les Tragiques du monde qui ait excité ce sentiment , et

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qui en ait fait la base de la Tragédie. Quand l’admiration se joint à la pitié et à la terreur , l’Art est poussé alors au plus haut point où l’esprit puisse atteindre. L’admiration seule passe trop vite. Boileau dit :

ce Inventez des ressorts qui puissent m’attacher. »

Que ceux qui travaillent pour la scene tragique aient toujours ce précepte gravé dans leur mémoire. » Ibidem.

ce Plusieurs Critiques prétendent que Corjiélie ne doit point montrer tant de soif de la ruine de César qui vient de venger son époux j qu’elle retourne ce sentiment en trop de maniérés j que la grandeur vraie , ou apparente de ce sentiment est affoiblie par trop de déclamation et par trop de sentences.... Je crois qu’il est important de remarquer que si Cornélie s’étoit réduite , dans une pareille scene , à parler seulement avec la bienséance de sa situation j c'està-dire , à ne pas trop menacer un homme te!

que César , à ne se pas mettre au-dessus de lui ; en un mot , si elle n’eut dit que ce qu’elle devoit dire , la scene eût été un peu froide. Il faut

peut-être

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peut-être dans ces occasions aller un peu au-delà de la vérité. Une critique très juste , c’est que tous ces discours de vengeance sont inutiles à la Piece. 3» Ibidem.

« On a remarqué que toutes les tirades de Cornélie dans lesquelles la hauteur est poussée audelà des bornes , faisoient toujours moins d’effet à la Cour qu’à la Ville. C’est peut-être qu’à la Cour on avoit plus de connoissance et plus d’usage de la maniéré dont les personnes du premier rang s’expriment j et que dans le parterre on aime les bravades , on se plaît à voir la puissance abaissée par la grandeur d’ame. On croit que la veuve de Pompée devoit parler comme Brutus et Caton , et les grands sentimens de Cornélie font oublier combien les menaces d’une femme sont peu de chose aux yeux de César. » Ibidem .

« Pompée n’est point une véritable Tragédie ; c’est une tentative que fit Corneille , pour mettre sur la scène des morceaux cxcellens qui ne faisoient point un tout j c’est un Ouvrage d’un genre unique, qu’il ne faudroit pas imiter, et que son génie, animé par la grandeur R«-

*xïv JUGEMENS ET ANECDOTES, mainc , pouvoit seul faire réussir. Telle est la force de ce génie , que cette Piece l’emporte encore sur mille Pièces régulières que leur froideur a fait oublier. Trente beaux vers de Corneille valent beaucoup mieux qu’une Piece médiocre... Il est important de faire ici quelques réflexions sur le style de la Tragédie. On a accusé Corneille de se méprendre un peu à cette pompe des vers , et à cette prédilection qu’il témoigne pour le style de Lucain. Il faut que cette pompe n’aille jamais jusqu’à l’enflure et à l’exagération. On n’estime point dans Lucain :

cc Bella per Emathios plus quam civilia campos. »

On estime î

« Nil actum reputans si quid saperesset agendum. »

De même , les connoisseurs ont toujours condamné dans Pompée Us fleuves rendus rapides par le débordement des parricides , et tout ce qui est dans ce goût > mais ils ont admiré :

* O Ciel 1 que de vertus vous me faites haïr !....

» Restes d’un demi-Dieu , dont à peine je puis « Égaler le grand nom , tout vainqueur que j’en suis. «

Voilà le véritable style de la Tragédie : il doit être toujours d’une simplicité noble , qui con-

JUGEMENS ET ANECDOTES, xxr vient aux personnes du premier rang j Jamais lien d’ampoulé , ni de bas j jamais d’affectation , ni d’obscurité. La pureté du langage doit être rigoureusement observée ; tous les vers doivent être harmonieux , sans que cette harmonie dérobe rien à la force des sentimens. Il ne faut pas que les vers marchent toujours de deux en deux j mais que tantôt une pensée soit exprimée en un vers , tantôt en deux ou trois , quelquefois dans un seul hémistiche. On peut étendre une image dans une phrase de cinq ou six vers j ensuite en renfermer une autre dans an ou deux. Il faut souvent finir un sens par une rime , et commencer un autre sens par la rime correspondante. Ce sont toutes ces réglés , très-difficiles à observer , qui donnent aux vers la grâce , l’énergie , l’harmonie dont la prose ne peut jamais approcher. C’est ce qui fait qu’on retient par cœur , même malgré soi , les beaux vers. Il y en a beaucoup de cette espece dans les belles Tragédies de Corneille. Le Lecteur judicieux fait aisément la comparaison de ces vers harmonieux, naturels et énergiques, avec ceux qui ont les défauts contraires j et c’est par cette comparaison

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que le goût des jeunes gens pourra se former aisément. Ce goût juste est bien plus rare qu’on ne pense. Peu de personnes savent bien leur langue j peu distinguent au Théâtre l’enflure de la dignité, peu démêlent les convenances. On a applaudi pendant plusieurs années à des pensées fausses et révoltantes. On battoit des mains lorsque Baron prononçoit ce vers i

et II est , comme à la vie , un torme à la vertu. «

On s’est récrié quelquefois d’admiration à des maximes non moins fausses. Ce qu’il y a d’étrange , c’est qu’un peuple qui a pour modèle de style les Pièces de Racine , ait pu applaudir longtems des Ouvrages où la langue et la raison sont également blessées d’un bout à l’autre. » Ibidem .

« La plus ingénieuse critique qui ait été faite de la Tragédie de Pompée, est celle d’une Dame très-spirituelle , qui disoit que cette Pièce lui paroissoit belle , et qu’elle n’y trouvoit qu’une chose à reprendre , c’est qu’il y avoit trop de Héros. Elle entendoit par ce mot de Héros des personnages qui attiroient son admiration et sa pitié i et , ne sachant pour qui prendre parti â

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l’émotion qu’elle recevoit pour chacun d’eux n’étoit ni assez distincte , ni assez vive pour l’attacher autant qu’elle l’auroit voulu. » Anecdotes Dramatiques, tome premier , pages $77 tt ^7#.

« La fameuse Ninon de l’Enclos fit un jour une plaisante application d’un vers de cette Tragédie. ( Le dernier du troisième acte , et qu’inspire à Cornélie tout ce que lui vient de dire César , pour tâcher de la consoler de la perte de Pompée. ) Le Comte de Choiscul , qui fut depuis Maréchal de France , en 1^3 , s’étoit mis au rang des amans de Ninon ; mais il éprouva que cette aimable fille cherchoit moins à satisfaire sa vanité que son goût. Ce Seigneur étoit rempli de bonnes qualités j mais il n’entendoit point à faire l’amour. Il ne mettbit rien de vif , lien d’animé dans ses sentimens 3 il ne savoit que soupirer. Ninon , fatiguée de ses poursuites , et cédant à sa vivacité , ne put s’empêcher de lui dire un jour ce que Cornélie dit à César , en le quittant :

n 0 Ciel 1 que de vertus vous me faites haïr ! a Ibidem.

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Voltaire rapporte aussi cette Anecdote , dans scs Commentaires sur Pompée , en observant que « c’est le privilège des beaux vers d*ètrc cités en toute occasion , ce qui n’arrive jamais à la prose.

Charles Chaulmer fit, en ï <?$3 , une Tragédie intitulée , La Mort de Pompée. Il détaille , dans un Argument qui la précédé , « Les circonstances de son invention , dont il a enrichi un si noble sujet , pour ne le mettre point au jour , sans les ornemens dus à son mérite. »

Voici l’extrait que Parfaict donne de cette Piece. ( Histoire du Théâtre François , tome cinquième , page 441 et suivantes. )

« Après la perte de la bataille de Pharsale , Pompée se réfugie en Egypte , accompagné de Cornélie , sa femme , de Sexte , son fils , et de deux Sénateurs. Il est reçu avec distinction par Parthénie , veuve du dernier Roi , et par Cléopâtre , sa fille , qui devient aussi-tôt amoureuse du fils de Pompée. Elle semble cependant se défier du pouvoir de ses charmes, et, consultant son miroir qu’elle soupçonne de flatterie , elle s'écrie, seule;

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ce P, estes impertinens d’une secrete honte.

Mon coeur tenoit pour vous; mais l’amour le surmonte.

C H A R M I o K , sa Suivante , la surprenant dans cette

occupation,

» Quoi ! Madame , à telle heure , en ce lieu solitaire ?

ClÜOPATRI, dissimulant.

33 La solitude plaît h, qui rien ne peut plaire.

33 Dieux ! quel contentement peut-on tirer d’un rien ? Cléopâtre.

33 A ne rien espérer , je trouve tout mon bien.

Charmion, l’entendant dire qu'elle veut mourir ,

33 Mourir ! Ah ! ce visage en promet autre chose. Cléopâtre,

3 > Mais lis sur ce visage et ma mort et sa cause. Charmion,

33 Qui vit jamais la mort peinte en telle couleur? Cléopâtre.

» Comme dedans la glace on meurt dans la chaleur.

» Lç moyen d’amortir lç feu qui vous dévore ?

xxx JUGEMENS ET ANECDOTES.

Cléopâtre.

” Allume-Ie plutôt ; c’est un feu que j’adore.

Charmion.

Je l’entends, à peu près „

« Elle promet de s’employer. Sexte est tente de faire une infidélité à Léonie , sa première maîtresse. Cette derniere , qui s’est travestie en. Cavalier , conduite par sa jalousie , vient trouver son amant et lui fait mettre l’épée à la main» Cleopatre interrompt un si brusque entretien ; mais , ne pouvant rien gagner sur le coeur de Sexte , qui se pique de constance , elle cesse de s’opposer a la perte de Pompée que l’on a pro» jettée , et elle ordonne à Théodote , Ministre de Ptolomée , d’y concourir. Pendant ce temslà , Pompée , agité par un songe affreux, vient le raconter à sa femme , qui achevé de l’effrayer par le récit d’un semblable qu’elle a eu. Le Conseil d’Egypte s’assemble. Ptolomée s’y rend. Photin, son Gouverneur, fait le personnage généreux , et voudroit que l’on accueillît Pompée» Le Lieutenant Achillas représente le danger où 1 on s expose en lui accordant une retraite , et Théodote soutient que le plus sur moyen d’é-

JUGEMENS ET ANECDOTES, xxxj

viter l’indignation de César est de lui porter la tête de son ennemi. Ptolomée s’arrête à ce dernier avis , en disant s

<« Il faut qu’il meure.

Parthénie s'/crie .*

Ah ! Dieux !

Ptolomée.

Les Dieux l’ont arreté :

«Mon Conseil l’a conclu , le sort en est jetté....

« Va donc , brave Achillas , et que ton bras apprête « A notre grand César un présent de sa tête. »

« On exécute ce qui vient d’être résolu. Corné! ie partage avec les Spectateurs le déplaisir de voir trancher la tête de Pompée , et la Tragédie finit par les regrets de cette veuve et ceux de son fils. »

« On peut juger par cette analyse de l’irrégularité de ce Poëme pour la conduite , ajoute Parfaict. La versification en est aussi basse que le caractère des personnages. Si l’on y trouve quelques endroits un peu moins foiblcs , il ne faut les attribuer qu’à Lucain , et non au Traducteur qui semble avoir fait tout son possible pour défigurer tes beautés de son original,, n

xxxij JUGEMENS ET ANECDOTES

Garnier avoit fait une Tragédie de Cornéîie avec des chœurs , et qu’il dédia à M. de Rambouillet , en i f 74* Le sujet étoit aussi la Mort de Pompée , ou plutôt les regrets de sa veuve.

« Il seroit bien difficile de suivre cette Tragédie dans le détail de scs scenes , dit le Duc de La Valliere. ( Bibliothèque du Théâtre François , tome premier, pages lyi et 193. ) C’est une déclamation perpétuelle de différens personnages , sans action. Cornéîie , fille de Scipion et femme de Pompée , ne cesse de se lamenter sur la mort de son époux. Elle espere que son pere la vengera de César j mais elle apprend sa défaite et sa mort. Au lieu de se tuer , elle prend le parti de yivre pour recueillir les cendres de Scipion et les unir à celles de ses ancêtres. On voit paroître successivement Cicéron , Brutus , César, Antoine et des Messagers j et tous récitent de longues tirades de vers , qui , la plupart , sont assez mauvais. En voici quelques-uns qui présentent un tableau affreux , et que Cornéîie prononce , en parlant d’un songe qu’elle a eu :

« Je vois , près de mon lit moîteux ,

Le funebre PompS d’un visage piteux ,

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» Pâle et tout décharné ; non tel qu’il souloit être

En triomphe porté parmi le peuple maître »

» Et que dedans un trône il voyo't à ses pieds a> Les Rois de gros cordeaux contre le dos liés.

» Il étoit triste , affreux , les yeux creux et la face , a» La barbe et les cheveux oints de sang et de crasse : a>Un linceul tout seigneux à son dos s’étendoit ,

» Qui jusques aux talons déchiré lui pendoit , &c. »

Voltaire observe , dans ses Commentaires sur Pompée , que Garnier eut , à peu près , la même idée que Corneille dans les regrets de Cornélie * sur l’urne qui renferme les cendres de Pompée , acte cinquième , scene première. « Mais que cette idée est grossièrement rendue dans Garnier, et admirablement dans Corneille. » Il nous semble qu’indépendamment de la maniéré de la iendre, cette idée n’est pas fort ressemblante dans les deux Auteurs , puisque Corneille fait dire à Cornélie tenant l’urne :

ce O vous , à ma douleur , objet terrible et tendre , a> Eternel entretien de haine et de pitié , a* Restes du grand Pompée, écoutez sa moitié !

>3 N’attendez point de moi de regrets , ni de larmes 1 33 Un grand coeur à ses maux applique d’autres charmes, 33 Ses foibles déplaisirs s’amusent à parler ,

3> Et quiconque se plaint cherche à se consoler.

xxxtv JUGEMENS ET ANECDOTES;

« Moi , je jure des Dieux la puissance suprême ,

77 Et, pour dire encor plus , je jure par vous-même ,

77 Car vous pouvez bien plus sur ce cœur affligé ,

>7 Que le respect des Dieux qui l’ont mal protégé ;

» Je jure donc par vous , ô pitoyable reste , o> Ma divinité seule apres ce coup funeste , jî Par vous , qui seul ici pouvez me soulager ,

57 De n’éteindre jamais l’ardeur de vous venger.... &c.

Et que Garnier faisoit dire à Cornélie , dans la même situation :

« O douce et chere cendre , ô cendre déplorable !

» Qu’avecque vous ne suis - je , ô femme miséra- » ble !... &c. 5>

Mais un endroit où Voltaire a raison de trouver ces deux Auteurs d’accord , pour la pensée seulement , c’est , dans la même scene , un peu plus bas , lorsque Philippe raconte à Cornélie que César a pleuré la perte de Pompée. Garnier fait dire de même à Philippe :

« César plora sa mort.

55 II plora mort celui

55 Qu’il n’eût voulu souffrir être vif comme lui , &c. s»

répond Cornélie ; et cela ressemble un peu à ces vers de Corccille :

« O qu’il est doux de plaindre 57 lesortd’un ennemi quand ü n’cstplusà craindre... 2c c.

POMPÉE

Représentée en 1641.

PERSONNAGES

JULÉS-CÉS AR.

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