‹ Pompei decrite (volume 2)Chapitre 1 sur 28 · A SON EXCELLENCE · texte numérisé non relu

A SON EXCELLENCE

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Des anciens Barons de Yalentino , Marquis de Castelvetere dans l’Abruce ultérieure , Chev. de l’Ordre Sacré-Militaire Jérosolimitain et de l’Ordre Royal-Militairede Constantin, Directeur du Musée Royal Bourbon, Surintendant des Excavations des Antiquités, Président de la Commission des Antiquités et des Beaux-Arts, Président de la Commission des Restjuri , Membre de la Commission de la Bibliothèque Royale, Senior de l’Académie Royale Ercoljeesb d’Archéologie, et Membre de différentes Sociétés tant du Royaume qu’Étrangèhes.

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'OTTAteur ,

P ompéi annonce votre gloire , et «es plus beaux monumens rappelés à l’honneur d’une existence nouvelle par vos talens et par vos soins zélés , sont autant de traits lumineux qui illustrent les plus belles époques de votre vie. La Rue des

tombeaux , X Amphithéâtre, la Basilique , le Forum civil et ses édifices magnifiques sortirent de la terre par vos ordres et comme par enchantement, élevant avec orgueil leurs têtes opprimées par les malheurs et par les ans.

Ainsi un ouvrage sur Pompéi, qui consacre presque à chaque page votre nom, vous est vraiment dû; et si vous daignez en agréer l’hommage , ce sera la seule et la plus belle récompense, à laquelle puissent aspirer les Éditeurs et le Public.

Naples , le 4 Janvier 1828.

Vos très-humbles et très-’-obéissans Serviteur» LES ÉDITEURS.

AU

jPo m p ê i est la merveille de V Italie. On diroit que le destin des siècles ait voulu nous conserver cette ville comme un modèle du produit des mœurs , de la religion et du gouvernement des anciens. V oilà la pensée que réveillent en nous les maisons , les temples et les Forum qu’on y trouve. Tout y annonce les traces de ce génie y dont la main éleva les grandes murailles de Poestum y les tours de Capoue , et les délicieuses habitations de Sibaris. Mais ce qu’il y a de prodigieux, c’est que cette ville , surprise par une éruption dont on ri avoit pas eu idée jusqu’alors , a disparu du sol de la Campanie en peu cT heures, presque comme par enchantement , ayant tous les caractères qui démontrent les vestiges récens du mouvement et de l'existence humaine. Palmyre , Babylone, Rome, Athènes , Çanope ne nous montrent que des ruines , qui attestent les lents progrès des années , et les traces de la destruction des barbares qui , comme des orages , passèrent par-dessus. Pompèi , au contraire , ressemble à une ville déserte pour quelques instans. Il semble que ses citoyens

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soient tous accourus à une de ces fêtes religieuses qui intércssoient des nations entières , et qui caractérisaient tant le paganisme.

Le traces de chars sur les pierres , les boutiques avec leurs marchandises et leurs ustensiles, et les maisons avec leurs meubles , semblent attendre leurs maîtres. L’Ampliora genialis sent encore le vin, et les taches fraîches des liqueurs sont imprimées sur les marbres des tkermopoles. On y voit le gâteau de miel , le vase des parfums , les chaînes qui lioient les mains du coupable, et les bracelets qui pressaient mollement les bras de la jeune fille.

Les habitations ètoient le séjour du luxe et de la mollesse. Le seuil y est ouvert: il semble inviter encore à C hospitalité par le beau mot de Salve. Des mosaïques variées, et des peintures précieuses en embellissent les pavés et les murs. On y voit en quantité des arabesques , des païsages, des Divinités, et des histoires intéressantes. A chaque instant'on rencontre tantôt des Satyres lascifs et des Nymphes charmantes, tantôt des Bacchantes ivres et de voluptueuses danseuses , avec des contours si déli-r cats et si séduisons , que ni le Guide nous représenta si bien ses Heures , ni les Grâces sourirent ainsi sous les pinceaux de /’Albano et du Dolce. U architecture en est simple et ingénieuse. Des cours et des portiques en forment V intérieur ; ces derniers nous représentent V usage

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chéri des anciens, de s’y promener la moitié de la journée , en discutant avec leurs amis et avec leurs affranchis sur des objets du Lycée , et nous rappellent les dialogues d' sîtticus , de Cicéron et de Pline.

Plus avant , nous découvrons le lieu , où après avoir passé la moitié du jour aux affaires, le Pompéien se délassoit dans les délices du bain, s'oignoit dC essences, et, couché mollement sur des duvets , soulevoit nonchalamment la main pour goûter les mets les plus exquis, tandis que les jleurs du jardin voisin exhaloient pour lui les parfums les plus odoriférans. D’un autre côté, on observe la chambre secrète de la vierge timide ; elle ne pouvoit voir de sa petite fenêtre que les longs portiques de son jardin. On y voit encore sa toilette , et son lit bas et étroit qui, jadis recouvert des tapis de Parente, finvitoit au sommeil ; tandis que la lampe tacite, la seule confidente de ses charmes, jetuit du candélabre doré une lumière languissante sur elle.

Les monumens publics ?au contraire , y attestent la grandeur des vainqueurs du monde.

Beaux, èlègans et rryignifiques sont les théâtres . Le peuple s’y portoit en foule à ses spectacles favoris. Il y assistoit à l’Avare de Plaute , au Fromothée d'Eschyle, et à la Médée Ovide.

Détournant ses yeux du côté de 1 Arène, jfi se repaissoit la vue de massacres et horreurs , vu admiroit le courage du gladiateur , ou jouis-

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soit de Y aspect de ces bétes féroces que Y Afrique lui envoyoit de ses déserts, pour assouvir leur yage contre ses esclaves , ou contre des personnes vendues à ses plaisirs.

Dans le Forum civil , il assistoit aux assemblées des Décurions , et à la justice administrée par les Duuinvirs ; les statues qu'on y avait dressées aux citoyens qui s'en étaient rendus dignes , lui indiquaient son but et ses devoirs.

Parmi les Temples , un des premiers qu'on y découvrit fut celui d’Isis. Tout y respire le mystère. La Déesse est voilée ; elle représentait la nature. D'une main elle tient un instrument sacré, de l’autre la clef du Nil. C’est ainsi que les anciens divinisaient leurs intérêts. On remarque ensuite le temple de. la Fortune orné de la statue de Cicéron, et celui de Venus.

Combien de souvenirs n excite pas surtout ce dernier? Des jeunes filles demi-nues , couronnées de myrte et de roses , y avaient exécuté leurs danses, et y avoient fait Y offrande de leurs soupirs et de leurs cœurs.

Il est bien difficile de résister aux illusions du paganisme en entrant dans ces temples. Ces vestibules , ces autels couverts encçre de la cendre des sacrifices , ces peintures mythologiques , ces colonnes pein\fs des plus belles couleurs , vous transportent presque dans un autre monde. L’ invagination vous représente alors ces p: être $

ÀÜ LECTEUR.

avec leurs longues robes , versant de leurs patères l'encens sacré ; les sacrificateurs , les victimes , la foule du peuple , le silence intimé aux profanes , et les Chœurs des jeunes garçons et des jeunes filles qui entonnent alternativement 1 hymne de Vénus Genitrix et de Quirinus. A joutez à cela , le murmure de quelque fontaine , les nombreuses statues qu'on rencontre à chaque pas , et qui ressemblent à un peuple de Dieux qui a succédé à un peuple de héros ; les monumens de diffèrens âges et de différentes nations ; les ouvrages des Pèlasges , des Sarnnites et des Césars , sur lesquels vingt-sept siècles passèrent avec plus de rapidité qu'une nuit d'été ; jusqu'au cours du Samo , qui , hohteux de porter un nom autrefois célèbre , s'écoule silencieusement et se cache sous ces ruines ; enfin , un je ne sais quoi de tendre et de mélancolique dans l'air , dans le dessin de la mer et des montagnes , et on aura une idée de t intérêt qu'offre encore aujourd'hui Ponipèi.

Mais ce qui frappe d'avantage le voyageur , c'est la rue des tombeaux situés hors de la ville. Ses pacifiques citoyens , ses fondateurs , les contemporains de Tullius reposent tous avec leurs descendons dans une éternelle tranquillité, environnés de leurs fables et de leurs illusions , qui ne peuvent pas même les abandonner dans leurs demeures. Les cellules de ces tombeaux sont basse s et étroites , ainsi que Centrée. C ” est par là

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que nom savons qu’à peine une seule personne , la tête baissée , dans une attitude religieuse , et F urne pressée contre son sein n’y devait pénétrer que lentement. On y a trouvé des vases à parfums , et des tresses de cheveux réduits en \ poudre: on a reconnu la pierre du festin funèbre, et le lieu où coulait le sang des victimes pour appaiser les ombres, et leur rendre Hécate propice. Ici , personne ne peut se refuser à une certaine tristesse qui vient occuper l’esprit. L’homme donc ne trouve partout que des tombeaux ?

Ici, les plus beaux souvenirs des poêles latins viennent frapper notre esprit C’est Tibulle assis sur un marbre qui couvre les restes d’une malheureuse fille , avec la cendre muette de laquelle il se plaint des torts qu'il a reçus de sa sœur. Cest ï ombre de Cinthie qui apparoit en songe à Properce; elle se consume en reproches et en larmes ; elle pleure ses amours passés, et lui indique F endroit de son tombeau suri’ A nien.

. Enfin c’est l’atnoureuse Cornélie qui, du sein de la mort , adresse à sân époux la plus tendre épftre ; elle lui dépeint au long son amour, sa fidélité , et r extrême douleur qu’elle ressent d’être séparée de lui. Les villes des anciens étaient donc un séjour sacré. Elles parloient à F imagination ' sous tous les rapports; on ne voyoit que statues (T hommes illustres , que temples , que sépulcres.

Poilà en peu de mots les sensations qu’éprouve l'étranger au milieu des ruines de Pornpéi. Les

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mœurs douces des anciens , leurs arts qui suivaient si gracieusement la nature , cette religion ouvrage de leurs passions , embellie de tout ce que la fantaisie Humaine a\pu imaginer de plus ingénieux y éclatent encore admirablement sur ces débris , et prêtent tout T enchantement possible aux antiques souvenirs. St Non , Mazois , et le Chev. Gell en ètoient peut-être pénétrés , quand ils en prirent les brillantes perspectives. Le sort de Pompèi est donc toul-à-fait extraordinaire. Dix-huit siècles n'ont rien pu sur cette ville. Les déplorables èvènemens , qui y pendant si long-temps , ont bouleversé l'Italie y lui sont inconnus. On dirait que la verge des Fées l'ait fait d’un coup reparoîtra sur la terre , et que le Génie de l Antiquité, dirigeant son vol des sept des collines sur le ciel de la Campanie , secoue ses vétemens dans la poussière de cette ville , qu'il en environne les ruines dune lueur magique , et qu'il invite encore le voyageur à répandre des fleurs sur ses tombeaux (1).

Lbs découvertes de Pompéi j étoient très-limitées avant le 19.' siècle. C’est pourquoi les auteurs qui s’en sont occupés , ne nous ont laissé que des traités très-brefs. En voici les principaux: Barthélemy , Richard, Winckelmann , Caylus , Cochin, Réquier, Hamilton , Gori , Maffei , La Lande, et particulièrement S. Non. Ensuite Monseigneur Rosini a réuni dans sa Dissertation Isagogique, des recherches archéologiques , et des matériaux qui la rendront pour toujours le manuel de tous ceux qui s’occuperont de l’histoire de Pompéi.

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