ET A RUFFO PÈRE ET FILS
TOJIPÉI RECOXKCISSANTE.
Sîîîiïï©!Ea<^ir®.
iJsques , et Colonies orientales , Van / 486 avant Vère vulgaire^ selon Petavius ; et 3o 1 avant la ruine de Troie (4)«
Xjes Osques ou les Opiques furent les premiers peuples qui s^établiient dans la Campanie. Il n'y a pas de coniree plus douce , ni plus délicieuse qu'elle. Le bruit de ses merveilles, accompagné des fables des premiers voyageurs se répandit partout ; et les peuplés étrangers avoient bien raison d'y accourir en foule. Ils y abordoient comme aux îles jbrlunées de Piiidare. Ses rives hospitalières les accueilloient tous également \ et c'est par cette "^ raison que le Poëie les appcloit: Hospita miindi'
littora D'ailleurs ses voluptueux habitans
étoient très-peu capables d'en imposer aux envahisseurs. Ils vivoient disperses en petites bourgades indépendantes , lorsque les Phéniciens y arrivé-^ rent, et ayant pris possession des côtes, y fondèrent, sur une colline volcanique (5) , une ville à ' laquelle ils donnèrent le nom de Po/npèi , c'esi-]! à-dire feu éteint (6). ' '
i8 PRECIS
Les Osques s'unirent aux étranj^^ers , et pendant le long espace de sept siècles , ils formèrent avec eux , dans Pompéi , une seule et florissante population ; mais ils durent à la fin succomber. Les Etrusques et les Pélasges (y) allies ensemble , vinrent de l'occident de l'Italie, et après les avoir mis en de'route , ils les chassèrent, s'emparèrent de Pompei, et l'associèrent à leurs 12 villes qui coUNtituoient une espèce de république fédèrative, qu'ils appelèrent Nation Campanienne , dont Capoue fut la capitale. ( L'an 802 av. l'ère vulg. )
Mais les Samnites , peuple fier et belliqueux qui luttoit depuis long-temps contre la fortune de ses voisins, se rendirent enfin les maîtres de la Campanie, et Pompéi en fut dominée. (L'an425 avant l'ère vulg. ) Les Etrusques vaincus ne tardèrent pas à insinuer dans le cœur de leurs conquérans leurs lois, leurs mœurs, leurs habitudes et leur gouvernement (8).
Conformément à leurs premières institutions, la* forme aristocratique demeura intacle ; ils conférèrent, à titre électif, les principales magistratures à des citoyens d'un rang élevé , accuuiulèrent toutes les richesses , rendirent héréditaires tous les honneurs , et tinrent le peuple dans le mépris; ils épousèrent les iniéréls ainsi que la haine contre la nation de la même souche. La nouvelle république fleurit en puissance et eu renommée pendant plu.sicurs années j mais cette réputation s'éclipsa dès qu'elle eut stipendié ses troupes au
HISTORIQUE. ig
dehors , particulièrement en Sicile , tantôt au service d'Athènes contre Syracuse, tantôt en faveur de Denys. Ces troups , au lieu de se conduire en soldats d'honneur , agirent en aventuriers avides , hautains, inconstans et parjures. A l'exemple de la trahison commise à Gapouc, elles massacrèrent dans une nuit les hahitans à' Entoile, s'emparèrent de leurs richesses et de leurs femmes , et se proclamèrent seigneurs de leurs terres. Une autre ge'nëration de Campanicns se signala de la même manière à Reggio et à Messine. En s' écartant ainsi de la morale publique et des maximes d'un gouvernement juste, tous ces excès furent la cause de leur de'cadence et de leur servitude.
On sait que les Sidicins furent les auteurs de la mésintelligence des Samnites avec les Campanicns, et que Gapoue, ne pouvant se défendre plus long-temps, implora la protection des Romains, qui saisirent avec empressement cette occc'ision , parce qu'ils réputoicnt Capoue comme la clef de la Gampanie, et que sous ce prétexte ils pouvoient un jour en devenir les maîtres. Les Samnites disputèrent leur territoire et leurs conquêtes aux Romains pendant 74 ans; ils firent leurs derniers effo! Ls avec les Bruttiens et les Lucaniens contre les consuls Cdùis Spurius Coruilius ^ et Lucius Papirius Cursor ; mais à la fin il fallut se résigner au sort.
Depuis cette époque, les historiens gardent le plus profond silence sur ces payç, jusqu'à l'arrivée
ao PRÉCIS
d'Annibal on Iialie ; les S^mi^iies, les Apuliens,
les Lncanieiis, les Brultiens, la grande Grèce,
et même les Campaniens s'unirent à lui. Mais
après 16 ans de victoires et de pertes, Annibal
fut contraint d'abandonner l'Italie. Il versoit
des larmes en voyant disparoîire ces rivages ; et
raille fois, dit Tiie-Live, il se maudit lui-même
de ce qu'après avoir tué cent mille hommes au
Trasimène et à Cannes, il avoit croupi dans les
délices et dans l'oisiveté à Gumes, à Nola^ et à
Casilinum. Bientôt après les Romains firent éclater
leur vengeance. Tous ces pays , qui avoient été
le théâtre de la guerre, et qui n'offroient plus
que l'aspect de la tristesse et de la misère , furent
<le nouveau ravagés par le fer et par le feu.
Capoue fut démantelée presque entièrement, et ses habitans mis à l'encan. Vingt-sept Sénateurs, pour se soustraire à l'infamie et aux tourmens , avoient trouvé la mort dans l'ivresse d'un banquet somptueux. Quarante-trois autres furent dépouillés de leurs richesses , chargés de chaînes , battus de verges , et décapités. La ville , privée de ses ïJiaglstrats , fut soumise à la cruelle autorité d'un Préfet.
• Toutes ces provinces restèrent alors ensevelies dans le deuil et dans la terreur, jlppien nous fait irémir, quand il dit que les vainqueurs, sous prétexte qu'ils usoient des justes droits de la guerre, ravageoient les campagnes, les villes, jusques aux temples, et aux sépulcres de l'innocente Italie. « En
Il I s T O 11 I Q U E. ai
y> vain, sVcrioit Caton y Où est la société? Où est y> la foi de nos ancclres? Si c'est de cette manière » que Foii traite des hommes d^éncreux , et si on » les opprime de coups, d'ignominie et d'offenses? » Combien de gémissemens , combien de soupirs » n'ont-ils pas poussés? Combien de larmes n'ont- » ils pas versées jusqu'à présent?. ...»
Néanmoins les Italiens combattoient continuellement contre les ennemis du peuple Romain , et contribuoient en grande partie à ses triomphes; et cependant , ils étoicnt toujours regardés comme sujets. Du droit Italique ils aspirèrent alors au droit Quiritaire. Le& deux Gracchus (épousèrent leur cause, mais avec un mauvais succès. Cela réduisit les Italiens au désespoir. Le Marse Silon projeta une ligue Italique. Les Apuliens, les Lucaniens, les Hirpiniens , les Samnites, les Pieentes, les Ombriens , les Toscans répondirent unanimement à l'appel des Marses. Rome se vit à deux doigts de sa perle. Elle expédia contre ces peuples alliés ses meilleurs généraux. Silla, entre autres, s'y signala. Il poursuivit les Samnites jusques dans le cœur de la Campania, et mit le siège devant Stabia, ville peu éloignée de Pompéi. Il prit cette ville d'assaut, et la réduisit à un monceau de pierres. Pompéi avoit tenté la fortune avec les Samnites ; elle avoit aussi fait cause commune avec les autres villes, et ses habitans avoient été spectateurs, du liant de leurs tours , de la dernière destinée do Siabia. Cependant ils se préparèrent à la dci'ensc.
SilJa courut à eux , et c^.inpa sous leurs murs. Mais Cluentius vint h Finiproviste Jui présenter Lataille avec une nouvelle armée de Samniics. Silla au commencement fut repousse, mais ayant ensuite repris l'avantage sur son ennemi , il le défit totalement près de ÎNola, où Cluentius resta sur le champ de bataille. Il paroît qu'après cette expédition, Silla leva le siège de Pompci, et se dirigea avec son armée vers Rome, où le Tribun Pub. Sulpicius, à l'instigation de Marins, avoit suscité de très-grands troubles. Il semble certain , qu^^près <jue la guerre des Marses fut terminée , Pompéi fut érigée en municipe, c*'est- à-dire, qu'elle obtint le pouvoir de se gouverner d'après ses propres lois, et le droit de bourgeoisie romaine. Mais Silla , quï se ressouvenoit de la résistance de cette ville, cassa le décret du sénat, et envoya à Pompéi, sous les ordres de Pub. Silla son neveu, une colonie militaire, qui fut appelée Félix , heureuse y ( l'an 80 avant l'ère vulg. ) Cette colonie étoit composée de ces soldats appelés Emeritis qui étoient comme autant de surveilîans des ennemis vaincus; et les malheureux Pompéiens durent souffrir que ce qu'on appeloit Xapertica tristls divisât leurs ch;imps à l'avantage de ces satellites. La colonie étant arrivée à Pompéi, et non contente des meilleures terres. Voulut encore jouir des droits du suffrage et du. déambulacre y c'est-à-dire, des droits d'assister aux assemblées , et de pouvoir se promener dans les lieux publics, ce qui fit naître une furieuse
HISTORIQUE. ^ a5
diss(Mition entre les Pompéiens et les Colons. La fermeté des premiers fut caractérisée dô révolte , et la cause fnt portée devant le Sénat.
Malheureusement il existe une oraison de Gicéron en faveur de Silla, qui avoit été le promoteur de cette dissention , et qu'il traite comme un ami des Pompéiens , tandis qu'il en étoit le persécuteur ; espérant par ce moyen de s'attirer les bonnes grâces de l'Oncle. — En faveur de la loi Plotia, qui fut ensuite rétablie dans toute sa vigueur , Pompéi redevint municipe, et elle continua de l'être même après qu'Auguste y eut ajouté une nouvelle Colonie, de Vétérans, et qui prit le nom à^Augusta , ( l'an 41 de l'ère vulg. ) Mais dans les premières années du règne de Néron , ( l'an bb environ de l'ère wà^. ) elle devint une Colonie romaine proprement dite, comme on le voit par l'événement arrivé à Livinejus Régulas dans l'amphithéâtre, ( l'an .69 de l'ère vulg. ); et selon les différentes inscriptions trouvées dans bien des endroits où, parmi \qs premiers défenseurs des colons Pompéiens, on souhaite la félicité au digne Riifus^ qui est salué des titres d'incomparable et de généreux.
Cctie forme de gouvernement duroit dans Pompéi depuis 24 ans environ, lorsque la plus terrible et la plus funeste éruption du Yésuve la déroba pour toujours à sa splendeur et à son existence.
CO^'TI^'UATION.
Le Vésuve. Eruption de l'an 79. Fin du précis historique.
Le Vésuve a brûlé depuis les siècles les plus reculés. Polybe , Diodore de Sicile , Lucrèce , F'itrui-'e , Denys d' Halicarnasse , Velleius Paterculus , Silius Italicus , et Sénèque le démontrent évidemment (9). Aucun cependant n'a décrit le Vésuve aussi bien que Sirabon. Voici ses paroles, (c Sur ces lieux , ( près de Noples ) , est )) situé le Mont Vésuve , environné de tous côtés )) de campagnes fertiles , si l'on en excepte cepen- )) dant le sommet presque tout uni , qui est entiè- » rement stérile et inculte. La surface de ce som— )) met est d'une couleur cendrée ; elle est creusée » par de profondes cavernes , qui se divisent en y> plusieurs branches et ouvertures. Les pierres y> sont brûlées , à en juger à la couleur , d'où » l'on peut conjecturer que cette montagne a » brûlé autrefois , et qu'elle avoit des bassins î) de feu. Le Volcan s'est éteint, parce que la ma- » tière combustible raauquoit , et c'est peut-être )) à son feu et à ses cendres qu'est due cette î) fertilité incroyable , dont se distingue surtout » lu Campanie. w
Les premières incendies de ce Volcan eurent lieu bien des siècles avant la prise de Troie. Le savant Pelllccia en distingue une autre , qui eut lieu , selon ses conjectures , après l'éruption de la Solfatare , environ looo ans avant l'ère chrétienne , et plus de loo ans avant la fondation de Rome. 11 opine que c'est de cette incendie que le territoire de Nola , de Sarno et de Nocera , a pris naissance ; et que dans les temps antérieurs à cette époque si' célèbre, c'étoit un vaste et immense golfe, qui se joignoit à la mer de Salevne (lo) par le détroit de l'antique Marcina^ ( aujourd'hui Kietri. )
Le Vésuve ne formoit qu'une seule montagne avec celle de So7nma\ leurs noms semblent être également historiques (il). U est curieux de savoir que les anciens honoroient Jupiter et Pluton sous le titre de Kesuvius et de Sumnianus , en y ajoutant le surnom de exujperantissinius , attribut qui caractérise si bien un Volcan en fureur.
Spartacus se réfugia avec ses compagnons dans les cavernes intérieures du Vésuve, produites par les feux souierrains, et le Consul Clodius Glahras, qui le poursuivoit , crut l'enfermer au moment même , où le courageux Gladiateur sortoit avec louie sa troupe du côté opposé de la montagne, ce que Frotitin met au nombre des plus heureux stratagèmes milii aires.
Mais le moment où le Vésuve devoit se réveiller avec toute la majcsié de ses forces et de sa fureur.
s'avançoit à grands pas. Pline nous raconte que parmi les prodiges arrivés pendant là conspiralion de Catilina, M. Herennius, Décurion de Pompéi, y fut foudroyé sous un ciel serein , ce qui donna occasion à Cicéron de faire deux vers ^ (pie Salluste tournoit tant en dérision. On attribue judicieusement cela à une trop grande électricité provenant du Volcan. Néanmoins ses phénomènes les plus terribles furent les tremblemens de terre, qui affligèrent la Campanie vers la ôo.""" année de notre ère. Le dernier, celui qui fut le plus fatal , arriva l'an 63 sous l'empire de Néron. Ce prince étoit alors occupé à chanter sur le théâtre de Naples ; et ayant été averti du danger qu^il coiiroit, il ne voulut abandonner la scène qu'après avoir fini le fredon d'un de ses airs favoris. Ecoulons Sénèque, qui parle de cette ville avec distinction, ( de quest. nat. lih. 6 chap i ). « Pom- » péi , ville célèbre de la Campanie , autour de )) laquelle les cotes de Sorrente et de Stabia d'un" )> côté , et le rivage d'Herculanura de F autre , )) forment un golfe riant par leur courbure , a » été détruite, et les lieux contigus extrêmement » maltraites par un tremblement de terre arrivé )) dans l'hiver; c'est-à-dire, dans une saison que )) nos ancêtres croyoient exempte de semblables y» dangers. Ce fut le 5 de Février , sous le Con- :>) sulat de Régulus et de Virginius , que la Cam- » panie fut dévastée par celte violente secousse » de la terre. Toujours menacée, mais sans avoir
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» éprouvé de dommages, jusques là, elle en avoit » été quitte pour la peur.
yy Une partie de la ville d'HeuculanuM fut » détruite , et ce qui en reste n'est pas encore » en sûreté. La colonie de Nvcere a été Loulc- )> versée, pour ne pas dire ravagée. NapIiEs a soufy) fert des pe-rtes plutôt particulières que publi- » qucs , et a été légèrement atteinte de ce cruel » fléau. Beaucoup de maisons de campagne éprou- 5) vèrent des secousses, mais sans efFet. On a joule )) qu'il périt un troupeau de Goo moutons 5 que yy des statues furent brisées , et qu'après cet évéy> nernent funeste, on vit errer dans les campagnes y) des personnes privées de connoissance et de )) sentiment. »
Après cette catastrophe^, les Pompéiens abandonnèrent leur ville; mais au bout de quelques années ils y retournèrent , et déjà leur pairie se relevoit plus belle de ses ruines, quand le 23 Novembre de l'an 79 de l'ère vulgaire, et le premier de l'empire de Titus , environ une heure après midi , lorsque les feux du Volcan scmbloient éteints , et que les peuples vi voient dans la sécurité, en parlant des anciennes éruptions comme d' une tradition incertaine et obscure, le V^ésuve ouvrit soudain ses abîmes, se fendit en plusieurs endroits, vomit impétueusement des torrens de flammes, renversa d'énormes masses de rochers sur les pays circonvoisins , et ensevelit enfin sous des montagnes de cendres et de pierres enflammées Stabia , Pom-
péi , Opionie , Rétine , Herculanum , et les autres pays d'alentour. Qui pourrcit jamais décrire les ténèbres ^ le muj^issement de la montagiie , les trembiemens de terre , l'effroi, la fuiter enfin le désespoir et toutes les horreurs de celte nuit à jamais mémorable ?
Pline , qui commandoit la flotte à Misène , accourut à Rétine , pour secourir les soldats qui s'y trouYoient ; mais, repoussé par le péril qui croissoit d& plus en plus , il aborda à Stabia , et étant arrivé à la maison de son ami Pomponianus, il prit le bain, soupa tranquillement, et s'abandoima au sommeil. Le temps pressoit , la cour d'où l'on passoit dans son appartement commcnçoit à se remplir de cendres ; les maisons étoient tellement secouées par le tremblement de terre, qu'elles paroissoient jetées tantôt d'un côté, tan Lot d'un autre , et un moment après remises à leur place. La mort étoit imminente. Il fallut l"'éveiller et s'enfuir. La mer étoit agitée d'un vent contraire. On courut à la campagne. Pline demanda de l'eau froide , et après en avoir bu à deux reprises, un nuage de soufre, avant-coureur des flammes qui s'approchoient ^ l'environne et l'étoufFe-
Piine le neveu , qui se trouvoit alors à Misène, nous a laissé deux longues lettres sur cetie catastrophe inexprimable. Il les dirigea à Tacite , ( Epîire 16 et 20 Liv. 6 ), qui lui en avois demandé des détails pour les insérer dans son
histoire ; mais malheureusement l'endroit de cette
relation ne nous est pas parvenu. Voici comme
il nous dépeint le moment attendrissant de sa
fuite avec sa mère. <c La nuce fond sur la terre ,
)) couvre la mer , dérobe h nos yeux l'île de Ca-
» pree qu'elle environne, et nous fait perdre de
» vue le promontoire de Misène. Ma mère me
)) supplie, m'ordonne de chercher un moyen pour
» me sauver. Elle me démontre que cela est facile
)) à mon âij^e ; mais qu'elle , au contraire , ap-
Ti) pesaniie par les années et par sa corpulence,
» elle ne pourroit me suivre ; qu'elle mourroit
» conlente si elle n'ctoit pas la cause de ma
)) mort. Je lui déclare qu'il n'y a de salut pour
» moi qu'avec elle : je la prends par la main, et je
» la force à m'accompagner. Elle cède malgré
» elle, en se reprochant de me retarder, »
)) Déjà la cendre commençoit à tomber sur » nous , quoique en petite quantité. Je détourne la » tête , et je vois derrière moi une fumée épaisse y> qui nous poursuivoit, en se répandant sur la » terre comme un torrent. Pendant qu^ony voyoit » encore , je criai à ma mère : abandonnons la » rue; la foule nous opprime. A peine l'avions » nous abandonnée , que les ténèbres augmen- )) tèrent à un tel point, qu'on auroit cru se trou- )) ver dans une de ces nuits ténébreuses, et sans » lune , ou dans une chambre , où les lampes se » seroient éteintes. On n^cntendoit que les lamen- )) tations des femmes , les gémissemens des eufaus
. 3o PRÉCIS
T> et les cris des hommes. Qui appeloit son père; )) qui son filsj qui sa femme: ils ne se reconuois- )) soient qu'à la voix. Il y en avoit que la crainte y) de la mort faisoit invoquer la mort même. Les )) uns imploroient le sccoursd.es Dieux; les autres )) croyoient qu'ils n'exisioient pas, et regardoient » cette nuit comme la dernière , comme la nuit
?) éternelle qui devoit engloutir l'univers!
)) Et moi, je me consolois de mourir en m' écriant: » l'Univers périt. »
L'éruption dura trois jours. Dion Cassius lious rapporte , que les esprits épouvantés croyoient qu'ils étoient rentrés dans le cahos , que les Géans reparoissoient , et que toute la terre devoit s'embraser. Au milieu de cette désolation universelle, les mortels oublioient leurs passions, et tournoient leurs regards inquiets et éionnés vers le sombre voile des cieux , qui sembloit un drap mortuaire jeté sur le cadavre du monde.
A la fin de l'incendie , dont les cendres furent portées jusqu'en Egypte et en Sirie , on s'aperçut que la côte voisine avoit disparu , et que dés montagnes de pierres et de cendres occupoient la place où avoient existé Pompéi , Stabia , Herculanum , Kétine , Oplonte , Tegianum, Tauranie y Cose autrefois dévastée par Sparlacus , et Véséride , où Décius se dévoua au Génie de Rome, et au salut des siens.
Les Pompéiens ayant j->erdu leur patrie , eurent bieutôt fait d'en fonder une autre noû loin
HISTORIQUE. 3i
de h\ première. Leurs plus cliers souvenirs , leurs longues habitudes , leurs ciiamps rendus plus fertiles par les matières que le Volcan avoit vomies; enfin le nom même de Porapéi, tout dut contribuer à les inviter à revenir de nouveau sur le lieu qui les vit naître, et qu'un seul jour de malheur ne pouvoit leur faire oublier. Des maisons furent construites d'abord pour les seuls agriculteurs; elles formèrent dans la suite un village, qui continua de porter le nom de Pompéi, et qui fut habité pendant long-temps ; enfin une catastrophe semblable à celle qui avoit fait disparoître la mère, fît aussi pour toujours disparoître la fille (12). Malgré cela, Pompéi ne resta pas long-temps tranquille dans son tombeau. Un grand nombre de ses habitans y retournèrent la hache à la main, pour pénétrer dans les étages supérieurs , et y arracher ce qu^ils n'avoient pu sauver clans leur fuite.
De nouvelles recherches et de nouvelles profanations l'attendoient dans les temps postérieurs. Suivant ce qu'on relève d'une antique inscriplion (i3), il est vraisemblable que l'Empereur Alex: iSet'é/'e y fit déterrer une grande quantité de marbres, de colonnes et de statues d'un travail admirable.
Dans les siècles suivans, le nom de Pompéi rentra dans l'oubli. Mais vers Fau 1092, Mutlus Tuttavilla^ Comte de Sarno, ayant iait creuser un aqueduc sous la direction de Dominique Fou-
tana (14) pour poler l'eau à la Torre , dut lt*averser toute la plaine de Pompéi ; il y découvrit des temples, des maisons, des rues , des portiques et d'autres monumens; il dut même, pour ne pas les endommager, continuer l'excavation en forme de longs fossés, et les recouvrir à mesure qu'une partie du canal étoit faite (i5). Enfin, peu de temps après, à l'époque de Sannazare, Pompéi étoit peut-être aussi bien connue, recherchée et découverte , qu'elle peut l'èire de nos jours. Voici ses paroles, (Aucad: piiose 12. ) « Cette ville , qui se présente à nos yeux , apy> pelée Pompéi , sans doute célèbre autrefois , » arrosée par les eaux très-froides du Sarno , y> fut lout-à-coup engloutie par un tremblement )) de terre ; la terre ayant , comme je pense , D) manqué sous ses pieds ; genre de mort assùré- )) ment étrange et horrible, de voir des nations » vivantes, ravies en un instant du nombre des
)> vivans! En disant ces paroles nous étions
)) déjà bien proche de la ville en question , car y> on pouvoit distinguer les tours, les maisons, les » théâtres: et les temples presque intacts.»
Or, ces derniers traits sont si bien particularisés, que nous ne saurions les croire la production d'une imagination exhaltée , ou Teffet du songe de Sincère.
Environ deux siècles après, Joseph Macrini ( de Vesuvio^ pag. 33 ) , conjectura que dans l'endroit appelé la Chita, ( c'est-à-dire l'antique ville, ) on
(levoit reconnoîlrc Ponipéi, et que ce n'dloit pas seulement le nom de l'endroit qui l'induisoit à le croire, mais encore parce que lui-même y avoit reconnu des maisons entières , des ruines de grandes murailles , et quelques portiques de brique en partie déterrés.
Malgré tout cela, nos Savans ne voulurent jamais reconnoître Pompëi. Un jour, ( l'an 1748, ) des paysans creusent un fossé : quelque chose leur résiste; ils redoublent leurs coups, et découvrent des nionumens, des statues, et des objets de tout genre et de différentes formes. — Le Roi Charles III ordonne que Pon continue les fouilles. Elles ont été poursuivies jusqu'à nos jours; et la cinquième partie de Pompéi revoit à présent la lumière, comme <aux temps des Etrusques et des Césars.