CHAPITRE VI
LES MONUMENTS DU FORUM Suite
Le temple des dieux Lares. — Le temple de Vespasien. — L'ICdifice d'Eumachia. — Le Comitium. —La Curie. — Les latrines publiques. — Trésor ou prison ? — Les arcs de triomphe.
Le soi-disant temple des Lares 1\', y, ,, . - Le momimenl voi.sin du marché a été découvert pendant les années 1812-1817. Kien, dans les débris ([u On \' a trouvés, aucune ins(Ti])lion n'ont ])iTinis de lui assigner une attribution certaine. Aussi, comme le marché, il a tour à tour reçu les noms les plus divers : comitium, curie, senaculum, temple de .Mercure. U'opinion qui en fait le temple des Uares publici est purement hj'pothétique et ne rejiose sur aucune jireuve. Je lui laisse ce nom faute d"cn irouxer un autre et parce que c'est celui sous l((iuel il est maintenant connu. Il y avait peut-être quelcjuc part à Pompéi un sanctuaire dédié aux Lares et au Génie de l'empereur. Auguste avait complètement réorganisé, entre les années 14 et 7 avant J.-C, le culte des dieux Lares dans tout l'empire. A leur nom île Lares piihliei'û avait substitué celui des Lares Augiisti\ dès lors dans les temples, dans les carrefours de Rome, l'image du Génie de l'empereur figura entre celle des Lares. Auguste, tout en refusant ciu'on lui élevât des temples de son vivant, sut ainsi, par le culte le plus étendu et le plus populaire, répandre dans le peuple l'idée de la consécration divine de son autorité.
En face de ce temple, sous le portique du T'orum. se dressaient surdes bases, sept statues.
A l'intérieur, une grande cour rectangulaire pavée en marbre, de iS mètres sur 20, forme l'aréa d'un autel dont on voit encore, au centre, le soubassement. Au fond, une abside voûtée et surmontée d'un fronton abrite une base assez large pour que plusieurs statues aient pu y trouver
place. De chaque côté, une niche ornée d'une statue flanque l'ab.side. Les murs latéraux sont percés chacun de trois niches. A la suite près de la porte d'entrée, dans une chambre peu profonde abritée sous un fronton à colonnes, un haut piédestal supportait une statue de grandes proportions. Près du piédestal de droite, une porte communiquait avec les habitations des gardiens situées derrière le temple. Les .statues ont dispuru ; difficilement on peut leur donner des noms.
Ce monument, dont la construction a fermé une rue, est de l'époque impériale; ïopiis rctiatlatilin et les briques qui entrent dans sa construction en sont une preuve suffisante.
Ce vaste espace découvert, avec la haute voûte de l'abside qui le termine, ses deux chapelles latérales, ses niches ornées de statues et le revêtement en marbres précieux de ses murs devait être d'un aspect imposant.
Le temple de Vespasien (IV, g, 2). — C'est M. 3Iau c^ui a donné à cet édifice découvert en 181 7-18 18, le nom qu'il porte aujourd'hui. Les preuves sur lesquelles il appuie son opinion me paraissent la rendre certaine.
Après avoir franchi la porte qui ouvre sous le portique du Forum, on se trouve sous un autre portique autrefois soutenu par quatre colonnes corinthiennes devant lequel s'étend la cour à peu près carrée qui sert daréa à l'autel et au temple de Vespasien. Pendant un certain temps cet édifice a été utilisé par l'administration comme dépôt de marbres antiques
Adossé au mur de fond de la cour, le petit temple de Vespasien s'élève sur un haut podium auquel donnent accès deux petits escaliers latéraux, dissimulés. Ouatre colonnes seulement en supjDortaient le fronton. La base de la statue est tout au fond de la cella.
Si nous examinons le bas-relief qui décore la face de l'autel dressé au milieu de la cour, nous y vovons la représentation du temple dont nous avons les ruines sous les veux fig. 33, p, 55 . Quatre colonnes au milieu desquelles ouvre la porte soutiennent le fronton. C'est un jour de fête ; une guirlande déroule son feuillage ; au-dessus de l'entrée une draperie qu'un bouclier divise en deux festons orne l'architrave. En avant, sur un autel i^rovisoire en forme de trépied, on célèbre un sacrifice. C'est le sacrifice c[ui fût offert le jour de la dédicace du temple. Le prêtre, un pan de sa toge ramené sur la tète, verse avec une patère l'offrande sur l'autel.
Dc\ant lui un \ icliinaire arme- du niaillel cl ses deux aides amènent le taureau qui doit être immolé à lemjjereur vi\ant ou à son Génie. Derrière le prêtre, deux jeunes servants portent les choses nécessaires au sacrifice. Dans le fond, on voit le joueur de flûte et les licteurs reconnaissables à leurs faisceaux.
Sur une des faces latérales de l'autel, celle de gauche, figurent les vases sacrés (|ui ont servi au sacrifice : le \ase en forme d'aiguière, le sim-
Fig. 32. — Le temple de Vespasien et le dépôt de marbres antiques (p. 53).
pllllliu, cuillère à manche vertical, la i)atère ronde; de l'autre coté, à droite, Vaccrra, boite à encens, le iiiûii/clii/iii, serviette, le tiliiits, bâton recourbé. La face postérieure offre une couronne de chêne entre deux branches de laurier. ]^a couronne civique et le laurier figurent sur les uKjnnaies d'Auguste; le laurier, (jue n'avaient ])as conservé les successeurs d'Auguste, reparaît pour la première fois sur les monnaies de Vespasien et de Titus. C'est le principal argument sur lequel M. .Hau appuie l'attribution du temple à Vespasien ou à son Génie.
Il est certain, puisque la dédicace à été célébrée, que le temple proprement dit était achevé au moment de l'éruption. Mais le mur d'enceinte
de la cour n'avait pas encore reçu son revêtement de stuc ou de marbre La décoration de ce mur, uniforme sur tout le pourtour, consistait en panneaux rectangulaires, encadrés dans des moulures surmontées de frontons alternativement triangulaires et cintrés et séparés par des pilastres à faibles saillie (voir fig. 32, p. 53).
Au fond de la cour, une porte ouvre sur des pièces qui communiquent avec les dépendances du temple voisin, pièces ayant sans doute appartenu
F'o- 3 3- — L'autel du temple Je Vespasien (p. 2;, 54).
à des maisons expropriées quand la construction de ces édifices condamna une partie des rues où elles s'élevaient ; on les utilisa pour loger les gardiens du temple. De ces dépendances, on peut à gauche entrer dans le soi-disant temple des Lares, à droite longer le côté sud du temple de Vespasien pour aboutir sous la porte du monument voisin appelé édifice d'Eumachia ; de sorte que, sans passer par le Forum et sans traverser les édifices, il était possible d'aller du temple des dieux Lares au monument d'Eumachia et d'en sortir par la rue de l'Abondance en suivant le cryptoportique de ce dernier édifice.
L'édifice cVEiiniacliia (IV, 9, i}. — Une inscription deux fois répétée indique par <[ui fut construit cet édifice et quelles étaient ses différentes
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]Kirties. Ses hautes et belles lettres profondément gravées occupaient, (levant 1 "édifice, larchitrave du jiortique du Forum ; on en a retrouvé la plus grande partie. Elle se voit aussi en place, au-dessus d'une porte latérale du même édifice, du côté de la rue de l'abondance. 11 y est dit (lUc, en son nom et au nom de son fils, .M. Xumistrius Fronto, Kumachia, prétresse publique, a fait construire à ses frais le chalcidicum, le portique couvert, les portiques intérieurs et les a dédiés à la Concorde Auguste et à la Piété.
Le chalcidicum est la partie du portique du Forum transformée par Fumachia en vestibule de l'édifice qu'elle restaurait si magnifiquement. Aussi long que l'édifice est large, il occupe tout le trottoir compris entre la façade et laréa tUi l"<iruin. Sans leur être entièrement semblables, les colonnes s'harmnnisaicnl jiar la matière et par la forme avec celles du Forum. Fes l)eaux caractères de l'inscriptiem dont nous avons déjà parlé garnissent complètement l'architrave. A l'intérieur de ce chalcidicum, comme devant le marché, seize bases disposées en avant des colonnes jiorlaicnl des statues qui faisaient face au monument. Ce p()rlii|ue ])ouvait être fermé à laide d'une grille scellée dans les cohjnnes. La façade de l'édifice qui en formait le fond était ornée, de chaque côté de la ]iorte, d'un hémicycle, d'une niche et, dans un enfoncement, d'un terre -plein aii(|iicl iiioiUail un escalier latéral. L'hémic\'cle et les niches renfermaient des statues : celles d'Fnée et de Romulus, ]K'ut-ètre aussi celles de César et d'Auguste. Quant aux terres-pleins et à leurs escaliers, il est plus difficile d'en expliquer l'usage; il en existe un semblable à la suite des bnuliriues appliquées sur la façade du nuirché. Était-ce un endroit d'où l'on haranguait la foule? un tribunal jxjur les ventes aux enchères ? N'était-ce pas plutôt des places réservées à quelques statues ]irès desquelles il était nécessaire qu'on pût monter parce qu'il était d'usage, à certains jours et dans certaines circonstances, de les parer et de les couronner 'i \ la ])alestre aussi un escalier de six marches jiermellait aux \ainqueurs de déposer leur couronne sur la tète de la statue vo\-. fig. 50, p. 92 . Toute la façade était couverte de marbres précieux dont quelques débris ont subsisté. Au centre, un beau chanil)ranle élégamment sculiili- orne la ijorle large de 4 mètres; le seuil est encore en place.
La porte franchie, on se trouve sous un portique à deux étages, d'ordre corinthien, surélevé de deux marches et entourant une aréa longue de trente-huit mètres sur vingt. .Son mur de fond, percé de nombreuses ouvertures, était orné d'une plinthe en marbre africain avec moulure
en marbre blanc que surmontaient des peintures d'un beau style aujourr d'hui disparues. Un fragment de corniche orné de feuilles d'achante et d'animaux, conservé au Musée de Xaples, prouve la beauté de l'ornementation disparue .
Au fond de l'aréa, en face de la porte principale, une avancée du portique formait une entrée monumentale à une abside semi-circulaire dont la voûte, soutenue par deux pilastres carrés, abritait une statue posée sur un haut piédestal, sans doute celle de la Concorde, dont on a trouvé quelques débris. A droite et à gauche une niche renfermait d'autres statues.
Tout autour, sauf du côté de la façade, le portique se doublait du cryptoportique mentionné dans l'inscrijition, et lui donnait le jour par les nombreuses fenêtres de son mur de fond, dix pour chacun des côtés longs. On y pénétrait par deux portes percées dans le mur du portique, à droite et à gauche de l'entrée principale. Au centre du petit côté du cryptoportique, derrière l'abside de la Concorde, on a trou\é, dans sa niche, encore en place sur son piédestal, la statue de la prêtresse Eumachia, un peu plus grande que nature fig. 34, p. 57). Elle garde cjuclques traces de peinture. ],a tête n'est pas idéale, c'est bien un portrait d'Eumachia avec son expression mélancolique et douce ivoy. Hist. Vie publ., p. 139;-
Sur le socle est gravée l'inscription suivante : à Eumachia, fille de Lucius, prêtresse publique, les foulons. Si Eumachia a fait restaurer ce monument et si, dans ce monument même, les foulons ont élevé une statue à lùimachia, c'est, sans aucun doute, parce que le monument était à l'usage des foulons.
Il y avait à Pompéi plusieurs fouleries ; la corporation des foulons était nombreuse et puissante. Probablement Eumachia elle-même était proprié-
Fig. 34. — La statue d'Eumacluii Ip. 57)