‹ Pompéi (volume 2)Chapitre 14 sur 33 · SV · texte numérisé non relu

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Fig. 40. — Statue d'Isis (p. 72).

Au pied de l'escalier, mais non dans l'axe de la cella, se dresse l'autel principal sur lequel on a trouvé les débris du dernier sacrifice ; d'autres autels existent çà et là sous le portique.

En arrière du grand autel, un petit édifice rectangulaire avec un sous-sol auquel descend un escalier, dont le fronton triangulaire et la façade présentent encore des stucs d'une extrême élégance, a vivement excité la curiosité. C'était peut-être un lieu destiné aux purifications où, dans un bassin, on venait puiser l'eau sainte et problématique du Nil; peut-être aussi une salle souterraine où, pendant le sommeil, on recevait les communications de la divinité. Les stucs de la façade représentent

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des divinités, des cérémonies religieuses procédant du symbolisme égyptien. Sur les côtés, les sujets appartiennent à la mythologie gréco-romaine : à droite, .Mars et Vénus, à gauche, Andromède et Persée (fig. 41. p. 75^ En haut du mur court une frise ornée de dauphins, de génies, de personnages divers, l.e mur de fond n"a d'autre ornement que l'imitation dans le stuc des joints de la pierre.

Contre le mur extérieur du temple un petit escalier conduit à une porte qui ouvre sur la cella, près de l'ouverture ménagée sous la base du fond. On a dit que, par cette voie, les prêtres se glissaient sous l'autel pour répondre aux fidèles à la place de la divinité. .M. Breton fait observer iiuc. l'entrée étant exposée à tous les regards, la supercherie aurait été de suite éventée. Il est bien é\ident que les prêtres n'allaient pas rendre les oracles dans cet endroit où, en vue des fidèles, ils n'auraient pu entrer qu'en se traînant sur les mains et sur les genoux; c'était une vulgaire armoire. .Mais le fait ([ue le passage n'est pas dissimulé ne fait rien à l'affaire. Les prêtres païens ne j^raliquaient jias une supercherie : ils croyaient, et avec eux ceux qui interrogeaient les dieux, que le prêtre consulté entrait en communication avec la divinité qui lui dictait la réponse. Ils cherchaient non à faire croire que c'était la statue qui parlait, mais le dieu ))ar leur bouche; la statue pouvait jjarfois servir de canal, mais les paroles cjui semblaient sortir de ses lèvres devaient avoir été inspirées parle dieu et on n'ignorait pas que c'était le prêtre qui les redisait.

En face du grand autel, un petit édifice dans lequel on a trouvé des débris et r^uelques statuettes a été complètement dénaturé; il sert maintenant de regard au canal de Fontana dans lequel ])asse l'eau du .Sarno.

Les mystères c|ui se célébraient, les cérémonies qui avaient lieu en dehors du temple, les séjours que venaient faire les initiés, les réunions nombreuses rendaient nécessaires des dépendances assez considérables. Sous le portique, à l'angle n(}rtl-ouest, cinc] grandes arcades ménagées entre des piliers carrés ouvraient sur une vaste salle. La mosa'ique qui en formait le sol portait les noms de P. Popidius Ampliatus, X. Popidius Celsinus, Cornelia Celsa. c'est-à-dire, avec les noms de l'enfant qui avait fait reconstruire le temple, ceux de son père et de sa mère. Une table en marbre y était restée. Des peintures couvraient les murs : des paysages égyptiens, l'histoire d'Io en plusieurs tableaux, sujet fréquemment reproduit par les Alexandrins et en rapport avec le mythe d'isis, des figures symboliciues. Tout a été enlevé et transporté au musée de Naples.

A la suite, vers le fond et du même côté, ouvrent ])lusieurs ])ièces où

l'on a trouvé, outre un très grand nombre de lampes, des peintures représentant Isis, Osiris et des figures symboliques et mystérieuses.

Cet ensemble de dépendances devait, sans aucun doute, servir à la célébration des mystères. La plus grande des trois salles semble bien appropriée à la représentation du mythe d'Isis et d'Osiris auquel devaient assister des adeptes nombreux. Là aussi pouvaient avoir lieu les réunions, les festins assez fréquents dans le culte d'Isis après les fêtes qu'avaient préparées le jeûne et la prière.

Fig. 41. — Andromède et Persée; stuc du temple d'Isis (p. 74).

Quelqu'une des pièces plus petites était sans doute réservée aux mystères de l'initiation. Les lampes nombreuses qu'on a trouvées indiquent qu'on célébrait des cérémonies nocturnes. C'est sans doute au sortir d'une chambre de ce genre qu'x\pulée, après les cérémonies de l'initiation, s'exprimait en ces termes : « J'approchai des limites du trépas ; je foulai du pied le seuil de Proserpine et, à travers tous les éléments, je revins à la vie. Au milieu de la nuit, je vis le soleil briller d'un éclat éblouissant ; je vins en la présence immédiate des dieux d'en bas et des dieux d'en haut ; je les vis, je les adorai face à face. »

Cette initiation expliquée par les prêtres à Apulée avait pour but d'amener l'initié, par l'image d'une mort volontaire, à recevoir de nouveau la vie comme un don de la divinité.

Il n\- avait pas tous les jours des fêtes et des initiations au temple d'Isis. Mais, tout différent des autres temples païens, celui d"Isis abritait un rulte quotidien. On y célébrait même deux offices par jour.

Le matin, avant le lever de l'aurore, le prêtre ouvrait les portes du temple où entraient les fidèles; puis, il appelait le dieu. Tadorail, faisait des aspersions autour des autels et tous ensemble, par leurs chants, célébraient la naissance de la première heure du jour.

Dans l'après-midi, on offrait l'eau sacrée, principe de toutes choses, à l'adoration des fidèles. Une peinture d'Herculanum représente cette cérémonie. Un haut îles degrés du temple, le prêtre assisté de deux acolytes qui tiennent un sistre, élève le vase plein d'eau au-dessus de l'assistance. Au pied des degrés un ministre présente un fer de lance la pointe en l'air, tandis que, rangés à droite et à gauche sur deux lignes, les adorateurs agitent le sistre. Au milieu de l'espace libre, entre les deux rangs des fidèles, on l)riile des offrandes sur un autel.

On célébrait aussi au temple d'Isis des fêtes qui revenaient chaciue année, précédées souvent d'une retraite de dix jours passée dans le jeune et la prière. Les deux principales étaient celle du vaisseau d'Isis et les Isia.

Apulée nous a laissé une longue description de la procession du vaisseau d'Isis. Elle avait lieu le 5 mars; c'était la fin de la mauvaise saison pour la navigation et cette fête était très en honneur dans les régions maritimes. La longue procession, précédée de personnages déguLsés, partait du temple emportant la statue d'Isis vêtue comme aux plus beaux jours de fête. On se rendait au liord de la mer et là, avec le cérémonial prescrit, on lançait, en grande pompe, un vaisseau neuf appelé L'Isis. Et aussitôt tous les vaisseaux qui avaient été tirés à sec pour la saison d'hiver reprenaient la mer.

La fête des Isùi commençait le 12 novembre. Des cérémonies funèbres avec un appareil de deuil et des chants pleins de tristesse représentaient la douleur d'Isis à la recherche du corps de son époux Osiris. Le 14, Isis avait retrouvé Osiris et à la tristesse faisaient place une joie, des cris dont le bruit emplissait toute la ville : « Nous l'avons retrouvé I nous l'avons retrouvé ! » Puis des congratulations mutuelles, des jeux, des festins prolongeaient la fête.

Ce culte exerçait, grâce à ses origines lointaines, à l'ardeur de ses croyances, à son mysticisme envahissant un monde las du scepticisme religieux et philosophique, à son mystérieux symbolisme, à ses vues sur l'au-delà et aussi à l'habileté de la mise en scène, une grande puissance sur les cœurs et, sur les imaginations, une grande force de séduction.

Quoi qu'il ne se soit pas séparé du pol3théisme et malgré les désordres qui, au temps de la décadence, se glissèrent dans ses pratiques, sa doctrine était pure et tendait à rapprocher l'homme de la divinité par la contemplation et par l'amour. C'est ce qui explique son succès et que souvent, il ait pu être, par le côté élevé de sa doctrine, un obstacle à la diffusion du christianisme ; il faut reconnaître aussi qu'en répandant les idées de purification nécessaire, il prépara certaines âmes à l'accueillir et fut pour elles une étape entre le paganisme qu'elles fuyaient et le christianisme encore inconnu.

A l'angle sud-est de l'aréa du temple, trois portes cintrées ouvrant sous le portique donnent accès dans un appartement composé de plusieurs pièces et d'une cuisine. Là sans doute demeurait un gardien. Dans la cuisine restaient des œufs et des poissons. La pièce qui communiquait avec cette cuisine devait être la salle à manger; sous la table en marbre traînaient des os de poulets. Les autres chambres servaient à l'habitation.

Les prêtres du temple d'Isis s'attardèrent trop à rechercher, pour les emporter, les choses précieuses de leur temple et la mort les surprit. On en trouva plusieurs tombés sur les degrés d'un escalier situé derrière la cuisine dont nous venons de parler. Dans une pièce voisine, un malheureux, enfermé, s'était armé d'une barre de fer pour percer la muraille. On retrouva son squelette étendu près de son outil et du mur entamé derrière lequel, s'il avait pu sortir, la mort sans doute le guettait encore. Un autre avait réussi à se sauver plus loin avec une partie des vases sacrés; mais, arrivé au coin de la rue de l'Abondance, il était tombé tenant à la main un sac de toile contenant 6 monnaies d'or, 360 d'argent, 42 de bronze; près de lui avaient roulé des statuettes du culte d'Isis, une fourchette d'argent, des coupes, des patères en argent, un camée représentant un satyre jouant du tambourin, un anneau orné d'une pierre, des vases de cuivre et de bronze. Quelques-uns crurent mieux faire en fuyant par le Forum triangulaire sur lequel les dépendances du temple avaient une issue. Mais une secousse de tremblement de terre en renversa sur eux les colonnes. Aucour d'eux gisaient igy pièces de monnaie, une lame d'argent sur laquelle sont gravées les figures d'Isis et de Bacchus, des vases d'argent, un sistre et la célèbre situle en argent sur laquelle figurent des représentations relatives au culte d'Isis'.

I. Nous aurions à mentionner beaucoup d'autres objets trouvés dans le temple d'Isis : un magnifique trépied en bronze ; dans une caisse en bois, deux chandeliers de bronze et une tasse en or; un autel portatif, ime fontaine lustrale et une table en marbre, une inscription hiéroglyphique, des candélabres de bronze, une lampe en bronze à deu.\ becs, un sistre en bronze.

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